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Ib., Supplément de Colson, p

3. M. A. Werner, dont on connaît l'autorité dans ce domaine, déclare que « l'examen de l'évolution des formules structurales nous apprend que les transformations qu'elles ont subies graduellement ont eu pour conséquence un perfectionnement constant de leur représentation spatiale » (.Venere Anscluaungen, etc., Brunswick, 1913, p. 14),

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(lensations dans deux clmtncs latérales, qui ont, vis-à-vis Tmie de l'aiilie, la position orfho, pat- le « voisinage », et l'on explique la plus ou moins grande aisance avec laquelle loi ou tel atome se prùte à être substitué, par l'intlucncc (pie tel ou tel groupe « voisin » est à même d'exercer sur lui.

Mais peut-être l'intime parenté de ces explications par ligures avec celles d'autrefois éclatera-t-elle d'une manière plus manifeste encore, si nous nous adressons à la phase la plus récente de la « théorie atomicpie » des chimistes, aux conceptions connues sous le nom de stéréochlmie. Dès l'admirable travail par lequel, tout au début de sa carrière scientitique, il avait démêlé l'isomérie des deux acides tartricpies, Pasteur avait constaté que l'asymétrie observée dans les cristaux hémiédriques des deux variétés persistait dans l'état liquide, et en avait déduit qu'elle devait être d'origine moléculaire. « Ce qui ne peut être l'objet d'un doute, disait-il, c'est cpi'il y a groupement des atomes suivant un ordre dissymétricpie à image non-superposable. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que les atomes de l'acide gauche réalisent précisément le groupement dissymétrique inverse de celui-ci » [c'est-à-dire de l'acide droit ]^ Pasteur pensait plutôt à des figures dans le genre de deux spirales, droite et gauche *. D'autre part, la théorie de la liaison atomique de Kékulé était édifiée sur cette supposition fondamentale que le carbone est quadrivalent et que les quatre valences sont, à tous les points de \Tie, de même nature. Donc quatre atomes liés à un atome de carbone devaient se placer autour de lui de manière symétrique, c'est-à-dire aux quatre coins d'un tétraèdre. Pour relier ces deux courants d'idées, il suffisait de remarquer que si, dans

1. J.-H. Van't IIoff, Dix années dans l'histoire d'une théorie, Rotterdam, 1887, p. 29.

2. Ib. — Il estcurieuxde constater que, dans ce passage, Pasteur, concuremment avec la conception de deux spirales, met en avant l'idée que les atomes pourraient se trouver placés « aux sommets d'un tétraèdre irrégulier ». Bien qu'il soit pour le moins douteux qu'il ait pensé à l'image même que M. Le Bel et Van't Hoff ont proposée plus tard, on voit, en tout cas, combien il s'en rapprochait.

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ce tétraèdre, les quatre atomes ou groupements reliés au carbone étaient tous différents les uns des autres, il en résultait une figure qui satisfaisait aux exigences de l'asymétrie pasteurienne. On ne saurait donc s'étonner que deux hommes de science, M. Le Bel et feu Yan't Hoff aient conçu simultanément cette idée ^ On sait d'ailleurs que cette conception s'est montrée, dans la suite, particulièrement féconde. Sans doute, comme toute théorie, elle a rencontré des obstacles sur sa route et, comme l'immense majorité au moins d'entre elles, elle n'a pas toujours réussi à en triompher. On a relevé des anomalies, et l'isomérie « physique » ne paraît ni ne disparaît absolument là où l'exigerait la formule. N'empêche qu'elle a été et reste, pour le chimiste et le physicien, une acquisition d'un prix inestimable, qu'elle a permis de réaliser des séries de découvertes des plus importantes et notamment celles de M. E. Fischer sur la synthèse des sucres, qu'elle en promet de nouvelles par son extension aux combinaisons d'éléments autres que le carbone, tels que l'azote pentavalent et l'étain et le soufre quadrivalents. Très certainement, le savant moderne a l'impression qu'il y a là une vue profonde sur la structure intime de la matière.

Un historien récent des sciences, en parlant du tétraèdre qui d'après les pythagoriciens et Platon caractérisait le feu élémentaire, déclare que c'est là l'idée fondamentale de la « stéréochimie » dé M. Le Bel et de Van't Hoff \ C'est

1. Est-il nécessaire de faire ressortir que, par cet historique sommaire^ nous n'avons nullement l'intention de rabaisser le mérite de ces deux hommes de science ? Ce qu'il y a de plus admirable dans l'évolution de la science, c'est sa continuité. Quiconque étudie d'un peu plus près l'histoire de la pensée humaine et, en particulier, de la pensée scientifique, ne peut manquer d'être saisi d'une sorte de respect religieux devant l'unité fondamentale de l'intelligence en son effort persistant vers la pénétration de l'inconnu qui nous entoure. Mais les esprits individuels par lesquels cette intelligence universelle se manifeste, pour n'être que des chaînons particuliers d'une chaîne fortement rivée, n'en sont pas moins dignes de la plus haute admiration que l'humanité est capable de concevoir. — En ce qui concerne Van't Hoff en particulier, il est curieux de noter que disciple, en premier lieu, de Kékulé à Bonn, il a travaillé plus tard au laboratoire de VVurtz, à Paris, où il s'est fortement imprégné des idées de Pasteur (G. Bruni, L'œuvre de J.-H. Van't Hoff, Scientia, X, 1911, p. 35).

2. Max Simon, Geschichte der Maihemalik ini Alterthum, Berlin, 1909, p. 13K

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évidemment aller un peu loin. Mais on se rend compte, en y regardant de plus près, que le rapprochement n'est cependant pas entièrement t'aelice. Du moment où l'on entend expliquer la diversité des substances par des arrangements dans l'espace, on est forcément amené à se servir de ligures stéréométriqucs ; et comme le tétraèdre est la plus simple de ces ligures, il jouera toujours dans un système de ce genre un rôle considérable. Sans doute, on ne se sert pas, dans les deux cas, des mêmes propriétés. Platon est frappé du fait que le tétraèdre est pointu et il lui paraît donc convenir, de ce chef, à un élément qu'il doue d'une grande force de pénétration ; alors que les stéréochimistes utilisent sa propriété de fournir, dans certaines conditions, des ligures asymétriques. Mais, ici et là, on tend à expliquer des phénomènes en les ramenant aux propriétés d'une figure géométrique dans l'espace. Il n'est pas dit d'ailleurs que la propriété dont se sont servis Le Bel et Van't Hoff doive rester la seule que la stéréochimie utilisera : on peut voir au contraire que dans les conceptions modernes où l'on se préoccupe de l'architecture des atomes, comme par exemple dans celle mise en avant par Baeyer, on calcule la direction que doivent prendre deux valences du carbone (que Baeyer suppose sortant de l'atome comme des tiges rigides) et l'inflexion que devront subir, en cas de liaisons doubles, ces tiges, cpii dès lors se courberont comme des ressorts ^ De même, les chercheurs qui cultivent le domaine de ce que l'on désigne comme la « cristallographie nouvelle » et qui espèrent parvenir à connaître, par leurs méthodes, non seulement l'arrangement réel des particules dans un cristal, mais encore la structure moléculaire et atomique des corps, après avoir abouti à des constatations confirmant la théorie chimique du tétraèdre du carbone, ont construit des mo-

1. Cf. Job, Les progrès des théories chimiques. Bull, de la Soc. fr. de philosophie, 13= année, n^ 2, fév. 1913, p. 54, et Werner, L c, pp. 79 et suiv. — M. Werner, d'ailleurs, parle également de « la direction de l'action de la force d'attraction » et des « directions privilégiées au point de vue de l'affinité chimique, qui détermineront la place » où s'opérera la transformation {ib., p. 313).

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dèles à l'aide desquels, dit un des savants autorisés de ce domaine, « il est intéressant d'observer avec quelle aisance les atomes de carbone se lient les uns aux autres dans des chaînes de six atomes ' », particularité évidemment destinée à expliquer la fréquence et la solidité particulière que présente le noyau benzénique.

On sait d'ailleurs que la conception du tétraèdre de Le Bel et Van't Hoff n'est pas restée à l'état de conception isolée dans la science. M. A ^Yerner a éditié sa théorie des complexes inorganiques parfaits, dont nous avons parlé dans notre troisième chapitre (p. 67), sur cette hypothèse fondamentale que les six atomes ou groupes dont le principe de « l'hexacoordination » des complexes cobaltiques rend nécessaire la présence, sont placés aux coins d'un octaèdre. Et l'on peut se rendre compte que la raison qui lui a dicté cette hypothèse est strictement analogue à celle mise en avant, en faveur du tétraèdre, par M. Le Bel et par Van't Hoff, à savoir le fait que l'asymétrie que produirait dans un octaèdre la présence, aux coins, de substituants dissemblables, serait précisément de nature à rendre compte des isoméries constatées '. Il n'est pas inutile dénoter que l'analogie, dans ce cas, n'est pas, à beaucoup près, aussi stricte que pour l'atome de carbone tétraédrique. L'expérience est loin d'indiquer la présence d'isomères partout où le modèle en indique l'existence ; les partis^ms de la théorie supposent alors cpion se trouve en présence de racémiques (c'est-à-dire de mélanges, en proportions égales, des deux composés ayant une activité optique égale, mais en sens inverse) indédoublables ^ Les faits comme celui qui a été considéré comme décisif en faveur de la théorie, à savoir l'explication de l'isomérie des sels violéotétrammoniés et praséotétrammoniés, qui ne rentrait pas dans le cadre de l'ancienne théorie de Jœr-

1. VV.-H. Bragg, The New CrystaUography, Scientia, vol. XVIII, déc. 1915, pp. 375, 381.

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