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TOME I

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déjà fait l'observation, ressemble quelque peu aux explications par la réduction de l'échelle dont nous avons parlé antérieurement et dont les hypothèses préformistes nous ont offert un exemple ; alors que pour ce qui concerne la transmission du mouvement, elle offre (comme nous l'avons fait ressortir tout à l'heure) des points de contact avec le passage d'un principe immatériel : ce sont là des rapprochements tout naturels, car dans tous ces procédés il s'agit au fond d'une seule et même chose, à savoir d'utiliser la fonction spatiale en vue de l'explication des phénomènes. La classe d'explications dont nous venons de parler présente cependant ceci de particulier et de caractéristique, qu'il est question de corps en mouvement, dont on explique les propriétés en supposant un état de mouvement de leurs particules. La théorie que l'on avait d'abord proposée pour les corps radioactifs — celle de la captation des ondulations éthéréennes — de même que celle qui a pré\ alu dans la suite, relèvent toutes les deux de ce point de vue, puisque l'une et l'autre transforment un mouvement invisible en un mouvement visible. Mais la seconde de ces deux théories ressemble davantage à celle qui explique la transformation de la chaleur en mouvement, tout en poussant à bout, en quelque sorte, ce que cette théorie présentait de particulier. En effet, dans le cas des corps radioactifs, le mouvement occulte, source de la prodigieuse énergie qu'ils manifestent sans cesse, est censé se passer dans l'intérieur de l'atome, c'est-à-dire dans les limites d'un espace ayant à peu près le même rapport aux distances moléculaires dont traite la théorie cinétique des gaz, que le diamètre de notre terre aux dimensions de l'espace stellaire.

De toute évidence, nous nous trouvons, en ce moment, dans la période de plein épanouissement des explications de ce type, si caractéristiques de la physique moderne et qui sont sans doute destinées à devenir de plus en plus fréquentes dans l'avenir le plus rapproché. Il en sera surtout ainsi si la physique, ce qui ne paraît pas impossible, revient à la tradition du cinétisme pur (si l'on ose se ser-

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vir de ce lermo) qui a paru la dominer pendant une période assez lonj^ue et qui s'efforçait de la débarrasser de tout ce qui ressortit au concept de force, lefjuel pose l'existence, comme d'un être réel, d'une tendance au mouvement ou (comme on le dit le plus souvent) d'un mouvement en puissance ou potentiel. C'est un concept dont nous tAcherons de mieux éclaircir tout à l'heure la véritable nature. Mais il est clair que toute théorie visant à remplacer un étal potentiel, une tension, par une vis a ter go dont cet état serait la conséquence apparente, devra faire appel à des mouvements préexistants de particules infimes. Ainsi toutes les explications mécaniques possibles de la gravitation newtonienne seront forcément toujours de ce type, on sera amené à composer l'attraction de petits chocs moléculaires (comme l'a fait, nous l'avons vu. Le Sage). Dans un écrit récent, une note fort intéressante qui se trouve annexée à l'ouvrage si vite et si justement célèbre de M. Arthur Balfour intitulé : Theism and Humanism, Sir Oliver Lodge expose avec une force et une clarté singulières ce point de vue purement cinétique ' et très certainement, étant donnée l'autorité de l'illustre physicien anglais, son point de vue, si conforme aux principes de Descartes et de Leibniz, est destiné à rallier beaucoup de suffrages.

Il semble bien, cependant, que même en supposant les conjonctures les plus favorables, les développements les plus récents de la physique tendent à limiter, au moins d'un côté, l'emploi de ce mode d'explication. Nous n'avons qu'à nous rappeler à cet égard le rapprochement que nous venons d'établir entre les explications par les mouvements des infiniment petits et celles par la simple réduction de l'échelle. Si, comme semblent l'indiquer les résultats du Co/isefZ de Bruxelles, nous sommes forcés d'accepter l'idée d'un monde atomique foncièrement différent de celui qui nous est familier et où le mouvement même serait

1. A.-J. Balfour, L'idée de Dieu et l'esprit humain, tr. Bertrand, Paris, 1916, pp. 329-331.

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disconlinu, on peut prévoir que le mouvement de ces atomes n'aura plus, à l'égard des phénomènes qui se passent à notre échelle, le même pouvoir explicatif que le mouvement tout court, auquel nous étions habitués ; c'est-à-dire que les phénomènes nous sembleront moins expliqués dès que nous serons forcés d'user, dans notre explication, de ce mouvement atomique. Mais c'est là, peut-èlre, vouloir prévoir les choses d'un peu loin.

Est-il besoin de faire ressortir qu'en énumérant, comme nous venons de le faire, les diverses modalités de l'explication spatiale, nous n'avons aucune prétention d'avoir été complet, ni même d'avoir établi une classification durable, dans une matière qui peut-être n'en comporte pas, puisqu'il s'agit au fond d'un seul et même concept, celui de l'espace ? Nous avons voulu simplement donner au lecteur une idée de la manière dont s'accomplit ce processus de. l'explication et des ressources qu'il met à la disposition de la science.

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