‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 15 sur 123 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

donnée par l'aiguillon de l'inconnu » et de la « soif seientilique sans cesse renaissante * ». De toute évidence, ni Cuvier ni Claude Bernard ne pensent à Vutiiilé, même dans un sens très général, d^s recherches qu'ils vont entreprendre, et ce qui les pousse, c'est la pure curiosité scientilique. De même H. Poincaré déclare que non seulement nous ne nous résignons pas aisément à « ignorer le fond des choses », mais qu'à son avis ce sentiment prime celui qui nous pousse à agir: « A mes yeux, c'est la connaissance qui est le Lut et l'action qui est le moyen -. » Ce désir de connaître devient, chez le savant, une véritable passion. Au moment où Pasteur, encore élève à l'Ecole Normale, arrivé à la phase terminale de ses recherches sur les acides tartriques, va procéder à la constatation décisive, l'émotion l'étreint si fort, qu'il ne peut plus regarder dans le polarimètre ^ Or, il est à peine besoin de le faire ressortir, ce travail, d'une importance théorique de premier ordre, ne visait aucun résultat pratique.

Il n'est pas vrai que notre intelligence se déclare satisfaite de la simple description d'un phénomène, si minutieuse soit-elle. Même si la science est en mesure de soumettre un phénomène, dans tous ses détails, à des lois empiriques, elle cherche au delà ; elle l'a toujours fait et elle continue à le faire à l'heure actuelle. Si l'on affirme le contraire, la marche entière de la science, dans le passé et dans le présent, devient une énigme, ou plutôt une sorte de gigantesque et monstrueuse absurdité. Nous avons cité autrefois à ce propos ce qui s'est passé pour l'attraction newtonienne ^ La loi qui régit les phénomènes de cet ordre est dune clarté et d'une simplicité qu'on ne saurait surpasser ; comment se fait-il que les astronomes et les physiciens, à partir du moment même où elle fut formulée, aient cherché au delà, comment se peut-il qu'ils aient

1. Claude Behnard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, éd. Sertillanges, Paris, 1900, p. 353.

2. H. Poincaré, Lascience et l'hypothèse, Paris, s. d., p. 258. Sur la valeur objective de la science, Revue de métaphysique, 1902, p. 206.

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