‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 16 sur 123 · Identité et Réalité, pp. 46 et suiv · texte numérisé non relu

Identité et Réalité, pp. 46 et suiv

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considéi'é cette atlraclioji comme une éiiii^me ? A cet exemple topique, ou poui'i'ait eu ajoulei' d'autres. .Ainsi, à l'autre bout en quelque sorte du domaine de la science (puisqu'il s'ag^it d'une réii^ion où, à l'enconlre de ce qui a eu lieu en astronomie, les malliématiciues n'ont presque pas encore pénétré), à savoir dans les sciences biologiques, on constat« (|ue la recherche de ce qui dépasse la règle pure et simple, la loi empirique, est lout aussi active. Les uns voudraient établir des explications modelées entièrement sur le type de celles usitées dans les sciences physiques ; les autres déclarent cette tâche irréalisable et ibnt intervenir la finalité ; mais les uns et les autres paraissent d'accord pour admettre que la loi empirique ne sut'tit en aucune façon à l'explication des phénomènes. Dans cet ordre d'idées, les discussions qui se poursuivent sans cesse entre les deux partis sont même particulièrement intéressantes ; on y peut voir en effet de combien près les deux genres d'explication se louchent, au pomt que l'un semble saisir immédiatemL'ut C3 qui échappe à l'autre. Les démonstrations du linaliste se ramènent toutes à ce type : tel phénomène ne peut être réduit à l'action exclusive de causes antécédentes : donc, il est nécessaire de l'aire intervenir le concept de Im. Alors que l'anti-tinaliste même, parlant d'un organe^ raisonne instinctivement, chaque fois qu'il ne fait pas intervenir expressém3nt des considérations mécanistes, etc., comme si cet organe avait été créé en vue de ses fonctions. Le physiologiste, comme l'a constaté Claude Bernard, si peu favorable cependant lui-même au tinalisme, est, pour ainsi dire, en dépit de lui-même poussé à se servir des conceptions finalistes ^

Ainsi les biologistes semblent attirés pour ainsi dire invinciblement par l'un ou par l'autre système. Est-il nécessaire d'indiquer combien cette situation apparaît paradoxale, si l'on adopte le schéma positiviste ? La loi devant

1. Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale , éd. Sertillanges, Paris, 1900, p. 140. Les finalistes, non sans quelque raison, triomphent de ces aveux du créateur de la physiologie moderne, cf. par exemple Driesch, Der Vitalismus als Geschichte nnd Lehre, Leipzig, 1905, p. 121.

contenter notre esprit, on ne s'explique point cette intrusion du concept de fin, si étranger manifestement à l'esprit de la science moderne. A supposer que, par une sorte d'entraînement traditionnel (vicieux évidemment) ou par le désir (plus légilime celui-là selon le credo comtiste) d'uuiiier la nature, le biologiste fût poussé tout d'abord à rechercher des explications physiques, il devrait, aussitôt après avoir constaté son impuissance à cet égard dans un cas précis, revenir pour ainsi dire automatiquement à la règle empirique pure. Mais, en fait, il agit la plupart du temps très différemment. Sans doute, il ne serait pas impossible de citer des exemples où, devant le saugrenu évident d'une conception téléologique, on est revenu à la loi empirique. Mais dès que la théorie finaliste présente réellement une consistance quelconque, elle ne cède généralement que devant l'explication physique et, inversement, dès que celle-ci fait défaut, l'idée d'une lin semble s'imposer impérieusement à l'esprit du biologiste. C'est là évidemment la source des accusations incessantes de linalisme occulte, que l'on entend formuler contre des hommes qui, cependant, à juger grosso modo, devaient paraître à l'abri de ce reproche, tels que par exemple les protagonistes de la théorie évolutionniste et, en première ligne, Charles Darwin lui-même \

On peut citer, dans le même ordre d'idées, l'exemple d'Auguste Comte qui, hostile par principe, on vient de le voir, à toute explication allant au delà de la loi, l'était davantage encore à toute conception tinaliste. Cependant, il n'hésite pas à définir en ces termes le but de la biologie : « Etant donné l'organe ou la modification organique, trouver la fonction ou l'acte, et réciproquement \ » 11 est certain que le concept d'une/o/ic^to/i à laquelle un organe

1. Cf. s. BoHN, Idées nouvelles sur l'adaptation et l'évolution, Scicntia, vol. XVIII, 4 août 1915, p. 86, et Henri Piéron, Les intérêts nuisibles à l'espèce devant les théories transformistes ; ii.,vol.lX, 1911, p. 203. —Des accusations analogues ont été formulées contre E. Ilacckel, cf. L. Roth, Schelling und Spencer, Herne, 1901, p. 33.

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