‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 17 sur 123 · Cours, III, p · texte numérisé non relu

Cours, III, p

1>A SCIliNCl.: RIX'.HKRCIIK i/k.VPLICATION 30

so (pouvo (Ml ([lU'Iqiic soric pirdcsliné est un concept finaliste au premier cliel".

C'est donc qu'en réalité finalistes et anli-finalistes se placent sur un terrain commun, professent une foi qui leui' est commune : ils croient manifestement les uns et les autres ([u'il faul, aux phénomènc^s, une explication en dehors de la loi, au delà de la loi.

Bien enlendu, ce (ju ' nous venons de constaler pour l'astronomie et la biologie vaut pour le vaste champ intermédiaire des sciences physico-chimiques tout entier. Partout la recherche de l'explication s'établit en maîtresse. Voici un exemple entre mille. En octobre et novembre 11)11, un « Conseil de physique » se réunissait à Bruxelles, qui comprenait dans son sein, on peut le dire, les sommités de la science physique de l'Europe entière. Il suffira d'indiquer qu'il y avait là, pour la France, Henri Poincaré, jNI. Brillouin, M""' Curie, MM. Langevin et Perrin et, parmi les étrangers, ^IM. H. -A. Lorentz (qui a présidé l'assemblée), Nernst, Planck, Jeans, Rutherlbrd, Kamerlingh Onnes et d'autres encore, presque aussi célèbres. Or il suffit de jeter un coup d'œil sur le recueil publié par le Conseil et qui rend compte des communications qui y ont été faites et des discussions qu'elles ont provoquées, pour constater que le but unique de tout ce travail consistait dans la rechercha d'une véritable théorie physique, d'une supposition relative au mode de production (si odieuse à Auguste Comte et si inadmissible, en effet, d'après sa conception de la science). On veut une hypothèse susceptible d'expliquer toute une série de phénomènes constatés d'une manière indubitable par des savants autorisés et qui contredisent nettement toutes les théories qu'on avait formulées jusqu'à ce jour. Rien n'égale l'ardeur avec laquelle ces éminents savants poursuivent la recherche de cette conception, si ce n'est le profond dépit (le terme n'est pas trop fort) qu'ils manifestent devant l'impossibilité de construire une image cohérente, vraisemblable, de ce qui se passe en réalité.

Qu'il s'agisse véritablement de cela, et non pas de la

recherche de lois, c'est ce dont, semble-t-il, aucun lecteur attentif et impartial de ces paires de haute science ne saurait douter. Les règles empiriques, on les a, et l'on sait aussi dans quel cas chacune d'elles doit être appliquée. Le malheur est que si, d'après une série de ces lois, on s'est formé une image de la réalité qui pourrait produire ces rapports, cette image est contredite par ce qui résulte d'autres lois, valables en d'autres circonstances. Voici au surplus quelques passages probants. M. Einstein constate que Ihypolhèse faite par M. Planck (il s'agit de l'hypothèse des quanta d énergie), « si simplement qu'elle permette d'obtenir la formule de Planck, n'en^parait pas moins singulière et déconcertante quand on l'examine de plus près ». En effet « nous devons nous faire une image de la manière dont circulent les éléments d'énergie. Puisqu'ils sont si éloignés les uns des autres aux basses températures, ils doivent circuler de manière tout à fait indépendante. De plus, un quantum, si l'on veut pouvoir parler d'une oscillation périodique simple des atomes, doit rester lié au même atome pendant au moins la durée dune demi-oscillation. S'il passe ensuite à un autre atome, ce ne peut être qu'à un atome voisin du premier, et naturellement selon les lois du hasard... Pour échapper à cette conclusion on devrait faire sur le déplacement des quanta des hypolhèses tout à fait invraisemblables. » Ce sont là des circonstances qui font fjue la théorie de M. Planck « ne constitue pas véritablement une théorie au sens ordinaire du mot, en tout cas, pas une théorie qui puisse être, dès maintenant, développée de manière cohérente ». Le célèbre physicien déclare encore qu'il « faudrait se former une image » du « mécanisme qui produit une accumulation de l'énergie rayonnante », et regrette d'avoir à admettre une propriété « bien que nous ne voyions pas par quel mécanisme elle pL'Ut être expliquée ». Il constate que les « diflicultés que rencontre une théorie satisfaisante de ces phénomènes fondamentaux paraissent actuellement insurmontables. Pourquoi un électron prend-il, dans un métal frappé par les rayons de Rœntgen, la grande énergie cinétique obser-

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véc pour les rayons cathodiques secondaires ? Tout le mcHal se Imiivc dans le champ des rayons de Rœntgen, |>ourquoi seulement; une petite partie des électrons prendelle cette vitesse de rayons cathodiques? D'où vient; que l'énergie n'est absorbée qu'en des points extrêmement peu nombreux? En quoi ces points diffèrent-ils des autres? Nous restons sans réponse devant ces questions, comme d^'vant beaucoup d'autres *. » Il loue M. Nernst d'avoir « beaucoup l'ail; pour présenter ces questions sous une l'orme concrète », c'est-à-dire d'avoir essayé de concevoir une véritable image de la réalité, et refuse d'accepter pour la probabilité qu'on l'ait intervenir dans ces phénomènes une détinition purement mathématique, en réclamant une « délinilion physique ^ », c'est-à-dire encore se rattachant à une image réelle.

Nous avons cru devoir particulièrement insister sur ces déclarations de M. Einstein, parce qxi'il s'agit d'un des protagonistes de la phase la plus récente de la physique : on sait en effet que ce savant est, avec Minkowski, l'auteur du célèbre « principe de relativité » (ou plutôt, des principes de relativité, car il eh a proclamé successivement deux, entre lesquels il y a divergence) qui menace de bouleverser si profondément la physique traditionnelle, et sa part dans l'étude des phénomènes dont s'est occupé le Conseil de Bruxelles a été également des plus considérables.

D'ailleurs, il est aisé de relever, chez les autres participants de cette assemblée, des phrases cpii montrent que ces savants pensent, en cette matière, tout à fait comme M. Einstein. Ainsi jNI. H. -A. Lorentz, l'illustre physicien hollandais, déclare, dans son discours d'ouverture présidentiel, qu'on « ne saurait se contenter d'admettre qu'un vibrateur moléculaire, exposé au bombardement des ato-

1. La. théorie du rayonnement et les quanta. Rapports, etc., publiés par P. La>jgevin et M. de Broglie, Paris, 1912, pp. 420, 429. 431, 436.

2. Ih., p. 438, ci", ib., p. 115 : Une définition purement matliématique de la probabilité est « choquante », car dès lors « l'équation de Boltzmann n'a pas do contour physique ».

mes d'un gaz, ne puisse prendre l'énergie rpie par des portions finies d'une grandeur déterminée; nous avons le droit d'exiger qu'on imagine entre les molécules gazeuses et le vibrateur un mode d'action qui conduise à ce résultat », ce qui est évidemment exiger une théorie relative au mode de production et une image ; dans le cours de la discussion, il mentionne divers « arlilices » qu'il avait imaginés, concernant ce mode de produclion et qui, malheureusement, n'ont donné aucun résultat. M. Planck estime qu'il « serait sans doute désirable qu'on puisse donner de la probabilité thermodynamique une définition physique valable dans tous les cas », mais qu'il « n'est efîectivement pas possible d'en trouver une dans l'état actuel de nos connaissances » et c'est pourquoi cette définition physique doit rester, pour le moment, indéterminée. M. Brillouin parle d'un modèle qui ramène les discontinuités d'énergie à des discontinuités de structure (c'est-à-dire encore, qui substitue à la constatation physique une image censée l'expliquer) et Lord Rayleigh, qui n'assistait pas aux séances, expose dans une lettre que la théorie des éléments d'énergie a, sans doute, « déjà conduit à des conséquences intéressantes, grâce à l'habileté de ceux qui l'ont appliquée », mais qu'il est néanmoins « difficile de la considérer comme donnant une image de la réalité * ». Il est remarquable que, devant l'échec dûment enregistré de toutes les tentatives d'explication, aucun des assistants n'ait eu l'idée de proclamer qu'il fallait renoncer aux efforts de ce genre et se contenter de formules purement empiriques. M. Planck a bien constaté que deux physiciens, ]M. Larmor et ^l. Debye, paraissaient vouloir « se placer à ce point de vue phénoménologique ». Mais l'auteur de la théorie des quanta a aussitôt ajouté cpi'il lui paraissait impossible d'en rester là " et les assistants ont paru acquiescer complètement à cette manière de voir : ils ont continué à parler théorie, image réelle et mode de

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