‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 18 sur 123 · Ib., pp. 6, li, 49, 115-116, 123-124. 2 Ib., p · texte numérisé non relu

Ib., pp. 6, li, 49, 115-116, 123-124. 2 Ib., p

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produclioli, commo si Ic^ poiiil de vik^ piiicmonl pliônomôiiislc ne leur avait jamais élc siigu;i''i'c.

Il est vrai que M. Planck, tout en rejetanl les ()j)inions (le MM. Larinor el Dehye, a cru devoir inolivei- sou alliliuh; de manière à ne pas heurter de (Vont lorthodoxie posiliviste. Il est, a-t-il dit, « de la plus haute imjiortance de chercher les relalions qui ])euvent exister entre le r/aa/itiim d'action et d'autres constantes physiques, à la l'ois pour lixer et élarsçir sa sij^nilication». Il est certain, en effet, que toute théorie physique, tant soit peu adaptée aux observations, a une importance énorme au point de vue du développement de la science, même imrement légale, J)ornée à la prévision des faits. Une science privée de théorie apparaîtrait en quelque sorte comme entièrement achevée, statique, alors que la vraie science, nous le sentons, doit être en flux, évoluer, progresser. Mais cela n'empêche que des considérations de cet ordre paraissent d'une insufiisance lïagrante pour expliquer l'attitude de curiosité passionnée des participants du Conseil de Bruxelles. Pour ne parler que de M.Einstein, comment motiver '»e^ pourquoi? ses d'où vient ? Comment expliquer l'intervention constante de l'image, du modèle physique et l'ardeur avec laquelle il le réclame ? Et quel sens pourrait présenter le reproche d'invraisemblance s'il ne s'agissait d'une véritable hypothèse sur le mode de production, sur ce qui se passe réelleinent ? Dans le domaine des lois purement empiriques, tout est d'une vraisemblance égale. Il faudrait, semble-t-il, en général, une interprétation singulièrement astucieuse pour faire rentrer tout cela dans le schéma positiviste. La vérité est que, si un vrai positiviste avait été là, il se serait sans douie levé dès les premières paroles pour protester vivement : Vous vous donnez une peine inutile, vous poursuivez une chimère, ou plutôt vous faites œuvre anti-scientifique, puisque vous recherchez manifestement une hypothèse sur ce qui se passe dans l'espace, sur les dessous réels des phénomènes, alors que vous devriez vous borner à rechercher des lois et à ne formuler que des suppositions relatives à des lois.

PoiuTa-t-on prétendre qu'il s'agit, en l'espèce, d'une tournure d'esprit propre aux savants, d'une sorte de propension vicieuse que leur inspirerait le genre particulier d'occupation auquel ils s'adonnent, à rencontre du commun des hommes ? Il est à remarquer qu'Auguste Comte lui-même a été d'un avis contraire, qu'il a considéré que la tendance à chercher au delà de la loi, à s'enquérir des causes, était l'attribut de l'intelligence dénuée de culture scientitique, alors que le véritable savant réagissait contre ce penchant MNIais il est aisé de se convaincre à quel point le fondateur du positivisme avait raison dans la première partie de son aftirmation (sinon, nous l'avons vu, dans la seconde). Il suftit de discuter avec un homme instruit, mais n'ayant qu'une culture scientifique peu approfondie, pour voir aussitôt surgir des questions telles que : « Qu'estce, au fond, que l'électricité ? » ou bien des objections comme : « Mais on ignore ce qu'est véritablement l'électricité ! » Or, sous l'une ou l'autre forme, ce que l'on demande, ce n'est évidemment pas un ensemble de lois (que l'interlocuteur suppose connues), mais une théorie, théorie qu'on voudrait conçue en termes du sens commun ou du moins de la théorie mécanique. On peut aussi poser directement la question de la conception positiviste de la science, en demandant par exemple à un tel interlocuteur de reconnaître qu'une pratique magique quelconque, si elle était constamment suivie de résultats heureux, suffirait pour établir une loi, à l'égale de n'importe quelle expérience physique. Cela est strictement exact d'après la définition d'Auguste Comte, puisqu'il est entendu qu'on doit s'abstenir de toute recherche portant sur le « mode

1. Cf. par exemple Cours de philosophie positive, 4= éd., Paris, 1877, vol. H, p. 169 : « Nous ne pouvons évidemment savoir ce que sont au fond cette action mutuelle des astres et cette pesanteur des corps terrestres... les esprits entièrement étrangers aux études scientifiques peuvent seuls s'en occuper aujourd'hui. » //)., p. 268 : « Tous les bons esprits reconnaissent aujourd'hui que nos études réelles sont strictement circonscrites à l'analyse des pliénomènes pour découvrir leurs lois efTcctives... et ne peuvent nullement concerner... leur mode essentiel de production. » Il est clair que Comte, ici et là, fait appel au sentiment des savants, qu'il oppose à celui de la foule.

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<\c produclion ». Mais très cerlainomeni, noire intcrlocu- Iciii' n'admcllra pas eo poiiil de vue ci l'on esta peu près sùi' d'alumlir à cette objection : « Je ne puis pas m'imaginer coiuinciil, cela se serait fait, alors que, pour toute expérience physique, je conçois parfaitement (fue l'intervention d'une matière, d'une force, etc., a pu produire ce chanicemenl. » On peut encore s'assurer que les personnes qui croient à l'efficacité de pratiques magiques font sans doute valoir les succès obtenus dans des expériences précédentes, mais ne manquent jamais d'appuyer cet argument par une théorie, prétendant expliquer comment, par l'action d'un agent ou d'une force mystérieuse, dont le commun des hommes a tort de méconnaître le pouvoir, et qu'il est d'ailleurs incapable de mettre en mouvement, les phénomènes constatés ont dû être immanquablement produits.

C'est qu'en effet le rôle prépondérant de l'explication dans la science ne se constate pas uniquement par l'ardeur avec laquelle nous la recherchons, mais encore par la satisfaction intime et profonde que nous éprouvons quand nous croyons l'avoir atteinte ou du moins avoir atteint quelque chose qui ressemble de près ou de loin à une telle explication. Chacun peut en faire directement l'expérience sur lui-même, en s'initiant'à une théorie mécanique qu'il ignorait précédemment ; si cette théorie est peu ou prou adaptée aux faits, il aura certainement le sentiment de comprendre le pourquoi des faits en question. De grands savants, sans aucun parti pris anti-positiviste, par simple souci de préciser leur méthode, l'ont constaté : « Si je puis faire un modèle mécanique, dit Kelvin, je comprends ; si je ne peux pas en faire un, je ne comprends pas » — et l'évolution tout entière de la science contirme cette assertion. Il suffit en effet d'ouvrir un manuel quelconque, à n'importe quel chapitre, pour se convaincre que la science est remplie de ces théories explicatives, et il n'est pas besoin de pénétrer bien profondément dans l'histoire de la pensée scientifique pour constater qu'il en a été ainsi à toutes les époques, que jamais il n'a existé quoi que ce

fût méritant véritablement le nom de science et ressemblant de près ou de loin au schéma positiviste. Ainsi l'existence de la science explicative est un fait, lait que l'on aurait presque envie de qualilier de brutal, à tel point sa matérialité ressort en face 'des chétifs artitices que l'on a mis en œuvre pour tenter de le faire rentrer dans le cadre de la théorie ou, au moins, d'en atténuer l'importance. Comte cependant, on le sait, a été à ce sujet d'une franchise parfaite, du moins dans les passages où il expose sa doctrine sous la forme la plus complète : tout ce qui a trait au mode de formation d'un problème, c'est-à-dire toute théorie explicative, doit être impitoyablement chassé de la science. Un autre penseur encore, dont on n'est pas habitué à voir le nom accouplé à celui du fondateur du positivisme (bien que son attitude envers la science fût, nous le verrons dans le cours de ce travail, à maints égards analogue) a rejeté en bloc la science explicative tout entière : c'est Hegel. Sans doute ce philosophe n'entend-il pas condamner toute explication en général ; au contraire, il a tenté de réaliser un système complet de ces explications, mais conçu dans un esprit entièrement différent de celui ([ui dirige les efforts de la science dans ce domaine, efforts qui lui apparaissent comme entièrement vains et absurdes, au point qu'il estime qu'il n'y a rien à en retenir. — Il faut évidemmtMit une grande audace et une confiance illimitée dans la certitude des déductions que l'on opère pour heurter de front ce fait indubitable de la science explicative, comme l'ont fait ces deux philosophes.

En ce qui concerne Comte, il convient cependant d'ajouter que parfois, cédant sans doute dans une moindre mesure à la rigoureuse logique de ses idées préconçues et davantage à son puissant instinct scientilique, il s'est exprimé d'une manière moins tranchante ; sa conception revient alors à celle qui reconnaît aux théories tigurativcs une certaine utilité, en tant que destinées à relier les phénomènes provisoirement, là où une liaison légale fait encore momentanément défaut, et à préparer ainsi l'éta-

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l)lisscmoiil de cette liaison, c'est-à-dire la découverte de iiouvolles lois, qui reste, en délinitive, l'unique, le vériluhle l)ul (le la science. C'est ainsi q«ie, ne pouvant pas entièrement méconnaître la tendance irrésistible de notre es[)rit à dépasser les conslatatiojis résultant d'une généralisation pure el simple de données expérimentales, il cherche à l'expliquer par le penchant que nous éprouverions à préparer les voies à des progrès ultérieurs. Il arrive même à déclarer que « quoi qu'on en puisse dire, l'empirisme absolu serait non seulement tout à l'ait stérile, mais même radicalement impossible à notre intelligence, qui, en aucun genre, ne saurait évidemment se passer d'une doctrine quelconque, réelle ou chimérique, vague ou précise, destinée surtout à rallier et à stimuler ses efforts spontanés, alin d'établir une indispensable unité spéculative, sans lacjuelle l'activité s'éteindrait nécessairement S>, Mais toujours il maintient qu'au fond c'est la conception positive seule, c'est-à-dire l'établissement d'un rapport purement légal, qui pleinement satisfait ou du moins devrait satisfaire notre esprit, les explications n'intervenant que là où les conceptions positives font défaut : « Ce besoin de disposer les faits dans un ordre que nous puissions concevoir avec facilité (ce qui est l'objet propre de toutes les théories scientifiques) est tellement inhérent à notre organisation, que, si nous ne parvenions pas à le satisfaire par des conceptions positives, nous retournerions inévitablement aux explications théologiques et métaphysiques auxquelles il a primitivement donné naissance. »

Après Comte, on s'en est naturellement tenu plutôt à cette sienne seconde manière, d'apparence moins paradoxale que la première. On a sans doute continué à développer les anciennes hypothèses et à en créer sans cesse de nouvelles et l'on a, comme de tout temps, subordonné tout dans la sciencs à la recherche et à l'établissement de ces hypothèses, mais on a fait le possible pour dissimu-

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