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Cours, vol. IV, p

48 LES deux: constatations fondamentales

1er ce fait, pour traiter, au moins en apparence, le.s conceptions iiguratives comme quelque chose de secondaire, comme une sorte d'appendice dont on regrettait ne pas pouvoir se passer provisoirement et dont il fallait se débarrasser au plus tôt. Ainsi Rankine, dans un travail théorique qui a fait autorité, demandait qu'en formulant des théories on s'appliquât, dans la mesure du possible, à étendre le processus d'abstraction. On parviendrait ainsi à un « corps de principes » qui, édiiiés uniquement par l'induction, « seront dégagés de l'incertitude qui forcément s'attachera toujours même à celles d'entre les hypothèses mécaniques dont les résultats sont le plus complètement confirmés par l'expérience ». Rankine n'entend cependant pas écarter complètement, dans les théories, la méthode hypothétique, il reconnaît que « dans presque toutes les branches de la physique moléculaire une théorie hypothétique est nécessaire », mais il n'y voit qu'une « phase préliminaire en vue de réduire l'expression des phénomènes à de Tordre et à de la simplicité, avant qu'il ne soit possible d'accomplir quelque progrès, en formulant une théorie abstraite ' ». On est même allé jusqu'à prétendre qu'il n'y avait là qu'une exigence particulière à certains esprits individuels, d'autres (évidemment supérieurs) n'éprouvant pas le besoin d'y avoir recours. C'est l'illustre Glerk ^Maxwell qui s'est exprimé en ces termes ' et l'on ne saurait, cartes, trouver de preuve plus frappante de l'inlluence vraiment prodigieuse que le puissant esprit d'Auguste Comte a exercée sur les générations qui ont suivi, qu'en constatant que cette opinion émane de l'homme rpii a consacré une grande partie de ses efforts à l'établissement de théories mécaniques et dont l'œuvre principale, le Traité de i électricité, est toute entière dominée par cette préoccupation de l'explication mécanique des phénomènes électriques.

Il semble que toute la série d'observations que nous

1. VV.-J. Macqorn Rankine, Owi^Hies of Ihe Science of Enenjetics, The Edinburgh New Philosophical Journal, July-Oct. 1855, p. 124.

2. Cl. Maxwell, Scientific Papers, Cambridge, 1S90, vol. II, p. 219.

LA SCIENCE RKCTIEIICHK t/kX1»L1(;.\TIO\ 'iO

venons de noter comporte cette conclusion inévitable : Pas plus chez le savant ([ue chez l'homme de sens commun, la loi ne sut'lit à expliquer le phénomène. Elle joue, certes, un rôle immense dans la science, puisqu'elle permet la prévision et, partant, l'action. INIais elle ne contente pas l'esprit qui cherche, au delà d'elle, une explication du phénomène.

(}ue si maint(Miant nous revenons à ce que nous avons constaté, dans notre premier chapitre, au sujet de la création de nouvelles choses par la science, il devient clair que ce qui pousse celle-ci à procéder ainsi, c'est justement ce l)esoin d'explication dont nous nous occupons en ce moment. Pourquoi le physicien, en parlant de la dilatation, etc., d'un barreau d'acier, ne peut-il le considérer simplement sous les espèces que lui fournit le sens commun ? Evidemment parce que ce phénomène de la dilatalion serait alors inexplicable, alors qu'il semble s'expliquer si nous supposons le barreau composé de particules séparées par des intervalles, censés s'agrandir quand le barreau se dilate.

Ainsi ces deux puissantes tendances, celle qui pose, comme substrat des phénomènes, un monde de réalités ontologiques et celle qui poursuit l'explication de ces phénomènes, se combinent et s'enchevêtrent dans la science. Elles s'enchevêtrent si bien, qu'il est pour ainsi dire impossible de parler congrûment des manifestations de l'une d'entre elles sans par là même aborder le domaine de l'autre. Il nous semble aller en quelque sorte de soi que la véritable explication soit en même temps une explication réelle, par ce qu'il y a au-dessous du phénomène, par ce qui est. Seuls, les habitants d'un asile d'aliénés, dit avec raison Hartmann, pourraient tenter des explications physiques à l'aide de concepts sciemment irréels'.

Nous verrons, dans un de nos chapitres ultérieurs (t. II, p. 261) qu'il est possible de concevoir les deux^tendances

1. Hartma:<n, Das Grundproblem der Erkenntnistheorie, Leipzig, s. d., page 22.

comme étant issues au moins partiellement de la même source et que sans doute même notre penchant ontologique, le fait que la sensation se transform,', instantanément, en perception n'est lui-même au fond qu'un produit du besoin d'expliquer ces sensations. jNIais, pour le moment, il vaut mieux que nous posions les deux tendances non seulement comme distinctes, mais encore comme antagonistes, ce qu'elles sont en un certain sens, puisque, comme nous le verrons dans notre second livre, la science, en menant ses explications jusqu'au bout, linit par détruire cette réalité ontologique qui, d'abord, paraissait lui être indispensable.

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