CHAPITRE III
Tout le monde sait que ce que le savant recherche au delà de la loi est fréquemment désigné par le vocable de cause, cfui devient, dans ce sens, à peu près synonyme du terme explication : quand on connaîtra la ou les causes du phénomène, ce dernier sera expliqué et l'esprit se déclarera satisfait.
« L'esprit de l'homme, dit Claude Bernard, ne peut concevoir un effet sans cause, de telle sorte que la vue d'un phénomène éveille toujours chez lui une idée de causalité. Toute la connaissance humaine — ajoute le p^rand biologiste — se borne à remonter des effets observés à leur cause ^ »
C'est l'affirmation de Platon : « Tout ce qui n^aît procède nécessairement d'une cause, car rien de ce qui est né ne peut être né sans cause ^ », et Aristote énonce de même : « La nature ne fait quoi que ce soit sans motif raisonnable ni en vain ^ »
Est-il possible de rattacher cette recherche de la cause au sens du mot expliquer que nous avons déterminé plus haut ?
Constatons d'abord que la cause, dans le sens pour ainsi dire le plus vulgaire (nous verrons tout à l'heure en quoi il est fautii', ou du moins incomplet), est quelque chose qui est antérieur, dans le temps, au phénomène
1. Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, avec des notes critiques, par le R. P. Sbrtillanges, Paris, 1900, p. 54,