Cf. Appendice II
des laits reconnus en des temps et par des hommes très différents... Mais c'est précisément la création de ce lien (|ui constitue la gloire incontestable de Lavoisier. Jusqu'à lui, les phénomènes particuliers de la chimie pouvaient se comparer à une espèce de labyrinthe dont les allées pro- Ibndes et tortueuses avaient presque toutes été parcourues par beaucoup d'hommes laborieux ; mais leurs points de réunion, leurs rapports entre elles et avec l'ensemble, ne pouvaient être aperçus que par le génie qui saurait s'élever au-dessus de l'édifice et en saisirait le plan d'un œil d'aigle '. »
Ainsi, contrairement à l'apparence, ce n'est pas de la solidité de la constatation ou de la supposition présumées fondamentales que les théories scientifiques tirent leur prestige. Le fait que, dans le choc, le rapport entre la cause et l'effet n'est pas plus clair que dans n'importequel autre phénomène, n'a pas empêché les explications mécaniques de dominer la science physique tout entière, de même que la nature contradictoire du tluide éthéréen et la faiblesse (jusqu'en ces derniers temps) des démonstrations en faveur de l'existence d'atomes n'ont nullement arrêté le développement des théories dans ces deux domaines, et que la nature fictive du fluide caloricpie ou du phlogistique n'a pas constitué un obstacle pour l'emprise exercée par l'une et l'autre conception sur des esprits scientifiques des mieux trempés. Pour le phlogistique, la situation est particulièrement nette (et c'est pourquoi nous avons traité ce cas avec un peu plus de détails) : A nous, qui sommes séparés par plusieurs générations de celle c[ui vivait sous la domination de l'hypothèse, cet être paraît à tel point fictif, que nous avons de la peine à concevoir que l'on ait cru à son existence, à comprendre même ce que c'était proprement que cet « élément », cet « oxygène négatif », comme on l'a appelé quelquefois, et quel rôle il devait jouer en telle ou telle circonstance.
Mais si l'autorité des théories, leur « force explicative »