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Donc, qui dit théorie (igurative dit déduction. Mais la réciproque, cela est évident, n'est pas vraie, puisque, nous l'avons vu, la science connaît;, en dehors de ces conceptions, des théories abstraites, fondées sur des principes (cf. plus haut p. 22). La science, en effet, se sert aussi de la déduction pour rattacher directement ses énoncés les uns aux autres, sans l'intervention de représentations figuratives. Ainsi, de par la découverte newtonienne, les lois de Kepler se déduisent de la loi d'attraction universelle, la même qui régit les phénomènes de la chute cpie nous observons sur la terre, et en vertu des travaux de Maxwell et de Hertz, les lois de l'optique se déduisent désormais de celles qui régissent les phénomènes électriques. Chaque pas fait dans cette voie constitue un progrès scientifique, puisque, réduisant le nombre des énoncés qu'il nous faut retenir, il produit une économie d'effori: intellectuel. Cet emploi de la déduction rentre dans le cadre de la théorie positiviste de la science, laquelle le considère par conséquent comme le seul emploi légitime : la déduction doit partir d'une loi pour aboutir à une autre loi, — l'hypothèse, si elle n'est pas elle-même une supposition relative à une loi, devant être, nous l'avons vu, rigoureusement bannie ou du moins considérée comme un simple bouche-trou provisoire. D'ailleurs la déduction ne modifie en rien le caractère des lois, qui restent des énoncés fondés uniquement sur l'expérience. Il ne saurait, par conséquent, dans ce système, être question à aucun degré de nécessité logique.
Cependant, telle est la force du penchant qui pousse la raison humaine à concevoir le monde extérieur comme nécessaire que cette tendance s'introduit parfois, en quelque sorte subrepticement, dans les exposés positivistes les plus orthodoxes. Cela date de loin. En effet, déjà Sophie Germain, après avoir cité le fameux passage où d'Alembert déclare que « l'Univers, pour qui saurait lembrâsser d'un seul point de vue, ne serait, s'il est permis de le dire, qu'un fait unique et une grande vérité » poursuit : « Ajoutons cfue, suivant notre conviction intime, ce fait unique
Si LA MARCHE DE l'eXPLICATION
doit être nécessaire. Et en effet, nous cherchons l'essence ou la nécessité de chaque chose et ces deux expressions sont équivalentes car, lorsque nous connaissons l'essence, nous voyons que l'être auquel elle appartient ne saurait ni n'être pas, ni être différent de ce qu'il est '. » Evidemment, le concept de la nécessité logique se trouve établi ici avec toute la clarté possible. Et pourtant l'auteur se montre, d'autre part, imbu de la conviction que les hypothèses telles que le* échafaudait Descartes et où « étayé par un petit nombre de connaissances certaines, l'homme de génie a essayé de suppléer, en admettant des suppositions gratuites, à ce qui lui manquait d'observations positives » ont abouti à établir entre les choses « des relations purement fantastiques » ; mais c'était là la « marque d'un temps qui venait de finir » et « les efforts de l'esprit humain changèrent-ils alors entièrement de direction ». En effet, « jusque-là on avait toujours cherché la cause des i)hénomènes. On commença alors à les considérer en euxmêmes. Au lieu du pourquoi, on voulut savoir le comment de chaque chose. » Ainsi « nous devons finir par amener les différentes branches de notre savoir à une harmonie qu'elles durent autrefois à notre seule imagination'.» C'est du positivisme très net et l'on comprend que Sophie Germain ait été reconnue par Comte et ses disciples comme un de leurs ancêtres spirituels.
On pourrait sans doute objecter qu3, précisémînt en sa qualité de précurseur, la célèbre mathématicienne a pu ne pas concevoir clairement toutes les conséquences qu'entraînait sa manière de penser. Voici donc un exemple tout à fait récent. M. Goblot s'exprime généralement, au sujet des hypo'.hèses et des lois, d'une manière cntièrcm?nt conforme à l'épistémologie positiviste. « L'hypothèse est
1. Sophie Germain, Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres aux différentes époques de leur culture. Œuvres philosophiques, Paris, 1878, p. 158. Le texte porte ni être, n'être pas différent, ce qui est un non-sens et une coquille évidente (l'édition en est remplie). L'édition originale (Paris, 1833 donne d'ailleurs (p. 57) la leçon correcte. — Sophie Germain semble avoir emprunté cette notion, en partie, à Laplace, cf. Appendice III.