Cf. à ce sujet plus bas, chap. XVII, p
LA IIATIONALITÉ DU KKKL 09
au coulraiiv, à ce que nous admettions que l'étal papliculiei' du système solaire est la consécjuence d'une évolution dont nous pourrons, un jour, découvrir les lois. Il n'en laul pas moins reconnaître qu'il y a là un état particulier, ainsi que cela résulte de cette simple réflexion mathématicpie (car il s'agit ici, évidemment, de la simplicité des ligures et des calculs mathématiques) que le cas simple constitue généralement, à l'égard du cas plus compliqué, une solution singulière et, dès lors, un cas infiniment moins probable.
Que si, maintenant, de la contemplation du système solaire, nous nous tournons vers celle de la nature en son ensemble, nous reconnaîtrons qu'il y a en elle des traits analogues à ceux que nous venons d'apercevoir. Tous les phénomènes s'enchaînent sans doute, mais ils ne s'enchaînent point inextricablement. Tout au contraire, ils semblent mystérieusement arrangés en des sortes de séries, de telle façon que notre intelligence, et même l'intelligence la plus rudimentaire d'un organisme de la série animale, en peut aisément extraire de quoi fabriquer des règles et des prévisions.
En effet, ces règles, nous le savons, ne peuvent avoir pour objet que des concepts généraux, des genres ; il faut donc que la nature soit faite de telle façon que nous puissions constituer de tels concepts. Ainsi — et ce n'est là évidemment qu'un aspect particulier de cette question — nous ne pouvons formuler des prévisions que si les phénomènes se répètent. Or, aucun phénomène ne saurait se reproduire exactement dans la nature, toujours il y aura des circonstances qui le diversifieront de celui que nous aurons observé antérieurement, ne fût-ce que le changement du lieu, par suite du déplacement continuel de la terre et du système solaire tout entier, ou la position des astres au ciel, qui ne peut jamais être la même à deux moments consécutifs. Si la configuration du ciel étoile exerçait une influence prépondérante sur la marche des phénomènes, les animaux et les hommes primitifs seraient incapables de rien prévoir dans la vie, et par conséquent
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de vivre ; et si une telle influence appartenait au lieu, nousmêmes, qui n'avons aucun moyen de reconnaître si nous en changeons, serions dans le même cas. Mais il n'en est rien et, qui plus est, nous en avons le sentiment immédiat, quoique imprécis. Nous savons sans doute qu'un phénomène est lié à tous les autres, qu'il est la conséquence de l'état de l'univers au moment précédent, l'univers entier, selon le mot de Leibniz, étant « -tout d'une pièce comme un océan ^ ». Mais nous sentons en même temps qu'il existe, en ce qui concerne l'ensemble des conditions qui influent sur le phénomène, une sorte de hiérarchie, les choses s'arrangeant de telle manière qu'un tout petit nombre seulement de ces conditions exercent une action vraiment notable et dont il est nécessaire de tenir compte en vue d'une première approximation, l'action des autres pouvant alors être conçue comme aboutissant à des « perturbations » de l'action principale. Ainsi, aucun gaz, sans doute, ne suit strictement la loi de Mariotte ; mais un certain nombre d'entre eux, dont celui que nous avons continuellement sous la main, à savoir l'air atmosphérique, la suivent cependant d'assez près et dans des limites suffisamment étendues pour qu'elle ait pu être formulée et pour que, ensuite, l'étude des « anomalies » (que Comte, on l'a vu, entendait proscrire) ait pu servir de point d'appui aux généralisations encore plus fécondes de la théorie cinétique.
Le puissant esprit de Montaigne déjà avait reconnu ce trait particulier, à la vérité difficile à préciser, mais néanmoins fort caractéristique, de notre réalité. « Gomme nul événement et nulle forme ressemble entièrement à une autre, dit-il dans le chapitre viii du livre III des Essais, aussi ne diffère nulle de l'autre entièrement. Ingénieux mélange de nature : si nos faces n'étaient semblables, on ne saurait discerner l'homme de la bête ; si elles n'étaient dissemblables, on ne saurait discerner l'homme de l'homme *. » M. Arthur Balfour a trouvé, pour désigner la