A. Comte, l. c, vol. 11, p
ports, à des suppositions sur des lois) à des hypothèses sur l'être, il n'a pas du tout l'impression, ainsi que le lui ordonne la théorie positiviste, de changer de domaine, de sortir de celui de la science pour aborder celui de la métaphysique, qu'il n'a même pas conscience, la plupart du temps, que son attitude à l'égard de la réalité s'est modifiée, qu'il fait désormais appel à un accord entre la raison et la réalité qu'il ne supposait pas tout à l'heure. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet en ce qui concerne les savants du passé. Duhem, dont la très grande autorité en ces matières se trouve ici doublée du fait de ses idées personnelles, diamétralement opposées à cette manière de voir, écrit : « Que plusieurs des génies auxquels nous devons la physique moderne aient construit leurs théories dans l'espoir de donner une explication des phénomènes naturels, que quelques-uns même aient cru avoir saisi cette explication, cela n'est pas douteux S » Il constate aussi que les grandes théories scientifiques, et notamment les doctrines des péripatéticiens, des atomistes, de Descartes, de Boscovich, étaient entièrement dominées par des conceptions métaphysiques et n'étaient par le fait que le prolongement de systèmes philosophiques ^ preuve évidente que les unes et les autres visaient le même but, à savoir l'explication de la réalité. Mais, même en parcourant les travaux de ceux qui se servent actuellement de ces concepts hypothétiques, sans excepter les plus prudents d'entre eux, on sent qpi'ils leur attribuent un tout autre degré de réalité qu'à un pur concept mathématique : le lecteur a pu s'en convaincre ample-
1. p. Duhem, La théorie physique, Paris, 1906, p. 46. — M. Planck est encore plus affirmatif ; il constate « que tous les grands physiciens ont cru à la réalité de l'image du monde » {Die Einheit des physikalischen Welthildes, Leipzig, 1909, p. 36). — M.Wukdt compare les théories de « l'économie » et de la « convention"» aux fictions légales qui abondent dans l'histoire du droit; ce sont des tentatives qui visent à établir la genèse de la connaissance indépendamment de toute son histoire réelle ; même le partisan le plus déterminé de ces conceptions est forcé de reconnaître que les principes de la science n'ont pas réellement été créés par cette voie {Die Prinzipien der mechanischen iVa<Jir/e/ire, Stuttgart, 1910, pp. '-8).