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P. Duhem, L c, pp. 11 et suiv

ment par ce que nous avons cité des débats du Conseil de Bruxelles.

Sans doute, les affirmations explicites de réalité sont devenues un peu plus rares tout récemment: Icsanathèmes de Comte et de M. Mach y sont certainement pour quelque chose, et nous verrons d'ailleurs, dans notre IV livre (pp. 157 et 189 et suiv.) qu'en effet, dans le courant des dernières générations, un changement notable s'est produit en ce qui concerne la véritable attitude de la science en cette matière, changement auquel le positivisme n'a pas été étranger. Mais la raison la plus apparente réside probablement dans le fait que les hypothèses scientifiques elles-mêmes sont en train de subir une transformation profonde, de « muer », si l'on ose se servir de ce terme, par suite de l'instauration de la théorie électrique de la matière, dont nous avons parlé au précédent chapitre (p. 73). Il n'empêche que les savants, dès qu'ils mettent en jeu les atomes et l'éther, raisonnent implicitement comme si c'étaient, non pas des concepts, mais des choses réelles, voire même les seules choses réelles, puisqu'elles doivent expliquer toute réalité *. Loin de limiter la science aux lois, ou de considérer les hypothèses comme un surrogat provisoire à des lois futures, les savants subordonnent manifestement et constamment les secondes aux premières. Duhem nous fournit d'excellents exemples de cette subordination ^ Ainsi, quand l'op-

1. M. Planck affirme expressément que les atomes ou les électrons sont aussi réels que les corps célestes ou les objets qui nous entourent et que les physiciens contemporains « parlent le langage du réalisme et non pas celui de M. Mach » (l. c, pp. 33, 37). — H. Poincaré déclare de même {Science et Méthode, Paris, 1908, p. 186) que dans les sciences physiques le terme « existence » n'a pas le même sens qu'en mathématiques, « il ne signifie plus absence de contradiction, il signifie existence objective ». On a vu plus haut (p. 26) que GouRNOT déjà avait reconnu clairement quelle est la véritable attitude de la science à l'égard du mécanisme.

2. P. Duhem, l. c.,pp. 33, 35. — Dans un opuscule récent, M. Planck a fait ressortir à quel point ce processus est général et caractérise le véritable sens de l'évolution de la science. Ainsi, nous classons maintenant Tacoustique avec la mécanique, et d'autre part le magnétisme et l'optique avec l'électrodynamique. Ce qu'on appelait autrefois la physique de la chaleur se trouve scindé, la chaleur rayonnante est rangée avec l'optique (et l'électrodynamique), alors que le reste est traité à propos de la mécanique et de la théorie cinétique {l. c, p. 6).

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tique range les phénomèDes du prisme et de l'arc-en-ciel dans la même catégorie, alors que les anneaux de. Newton sont classés avec les franges d'interférence de Young et de Fresnel, ou quand la biologie traite la vessie natatoire des poissons comme homologue du poumon des mammifères, l'une et l'autre de ces sciences obéissent à des considérations de pure théorie, à des conceptions hypothétiques. Et l'anomalie la plus flagrante qu'on découvrira dans l'application d'une loi (par exemple le phénomène de Gouy à l'égard de l'impossibilité du mouvement perpétuel) paraîtra expliquée dès que la théorie pourra en rendre compte.

C'est là aussi la raison de ce fait indubitable, mais qui, à la lumière de la doctrine positiviste, ne peut apparaître que comme une anomalie inexplicable et, d'ailleurs, blâmable au plus haut point : à savoir que si nous nous laissons aller à réfléchir aux lois véritables de la nature (dans le sens où, pour Comte, la loi de Mariotte devait être une telle loi), nous ne pourrons détacher notre pensée de considérations sur l'être véritable des choses. En effet, tout le monde sait que les lois physiques se présentent comme affectées en général d'une sorte de coefficient qualitatif, malaisé à définir sans doute, mais néanmoins fort réel ; ce ne sont pas ou ce ne sont que fort rarement des lois de la physico-chimie en général, mais ce sont des lois de tel ou tel chapitre de la science. Sans doute, des liaisons de plus en plus étroites ont été établies parmi ces divers chapitres, et la science a fait de grands efforts pour ramener tous les phénomènes à un modèle unique ; mais ce travail est loin d'être achevé. En faisant abstraction des phénomènes biologiques, dont l'étude à ce point de vue, on peut le dire, commence à peine, on constate qu'il reste, dans la science actuelle, trois grandes divisions nettement distinctes, à savoir la mécanique, l'électricité (à laquelle on rattache aussi tout ce qui concerne l'étude du magnétisme, de la lumière et de la chaleur rayonnante) et enfin la chimie. Eliminons encore celle-ci ; sa spécificité repose, en effet, sur cette constatation qu'il existe des matières indécom-

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posables, ultimes, des élémcnls, qualitativement différents. Or, c'est là une supposition que notre sentiment intime n'agrée qu'avec répugnance^ et (jui est, du reste, battue en brèche par toute une série de constatations et de considérations ', et cette siluation ne nous permet point de penser aux phénomènes chimiffues comme constituant le véritable fond des choses. Mais il n'en est pas ainsi pour les phénomènes mécaniques et les phénomènes électriques. Les uns ou les autres sont susceptibles de nous apparaître comme ultimes, comme constituant la trame réelle des choses et comme devant, par conséquent, servir à expliquer tous les autres phénomènes. Jusqu'en ces derniers temps, les physiciens ne doutaient point que ce rôle dût appartenir aux phénomènes mécaniques, mais, nous l'avons dit (p. 107), depuis quelques lustres la situation s'est modifiée à ce point de vue et à l'heure actuelle l'opinion scientifique, dans sa grande majorité, incline à considérer les phénomènes électriques comme fondamentaux. Cependant la conception plus ancienne compte encore bien des représentants autorisés et la physique se trouve plutôt, à cet égard, dans un état de transition ou, si l'on veut, de lutte entre deux courants opposés. Or, c'est là précisément une circonstance qui nous permet de constater ce fait remarquable que les lois se trouvent en quelque sorte dans un état de sujétion à l'égard des théories, en ce sens que leur connaissance, loin d'être indépendante (comme le suppose la doctrine positiviste) de celle de l'être, nous apparaît au contraire comme postérieure à celle-ci. En effet, si nous supposons que la nature est, en son fin fond, mécanique, ses véritables lois devront être toutes des lois de mécanique, alors que, si les phénomènes premiers doivent être des phénomènes électriques, toutes les lois que nous connaissons devront se ramener aux lois de l'électricité. Si Comte affirme (après Blainville) que « tous les effets naturels peuvent être conçus comme de simples résultats nécessaires, ou des lois de l'étendue, ou des lois du mouve-

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