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vc'C i)ar lui osl loul à fait commune : cela provienl, sans aucun (loulc, de ci? que le processus en question, qui tend à remonter d'un phénomène à sa cause, constitue la voie que notre raisonnement suit d'habitude, pour ainsi dire instinctivement, le proci'ssus opposé clant l'apanage d'une pensée scientifique plus réfléchie et plus mûrie.
Ainsi, le conséquent logique se présentant à notre esprit, de préférence, avant son antécédent, il devient tout à fait bizarre que l'on ait choisi précisément ces termes pour les désigner.
La véritable raison de l'anomalie est plus profonde ; elle tient, non pas à une circonstance extérieure, mais à l'essence même des deux concepts et à leur liaison intime : si la langue tend à les identifier, c'est qu'il y a véritablement identilication dans notre pensée, c'est que ces deux relations, au lin fond de notre conception du monde extérieur, n'en font qu'une seule. En vertu de la conviction irréfragable de la rationalité essentielle du monde, nous concevons, nous devons irrésistiblement concevoir que tout rapport de succession manifeste — et cache en même temps — un rapport de dépendance logique. L'antérieur ne peut être autre chose que la cause du postérieur ; il doit en contenir l'explication. Cela n'apparaît pas à première vue, mais il suffira de chercher, de bien regarder, pour voir apparaître cette liaison, on n'a qu'à bien développer, à expliquer tout ce qu'implique l'état précédent, pour que l'état qui lui succède se trouve ^.vpliqué.
Entin, ce qui prouve encore que l'homme a toujours cru la nature explicable, c'est que, dès ses premiers pas dans ce domaine, il a essayé de la deviner, ou du moins d'en deviner la trame essentielle, en considérant comme secondaire, comme devant être démêlé plus tard, voire même comme purement « accidentel », comme indigne de l'attention du véritable penseur, ce qui ne se laissait pas deviner ainsi — on a vu plus haut (pp. 90 et suiv.) comment, chez Platon et chez Aristote, une partie des phénomènes de la nature échappe à toute rationalité et, sans doute.
116 LA MARCHE DE l'EXPLICATION
leurs devanciers professaient-ils, en cette matière, des opinions analogues. Toujours est-il que ces philosophes essaient véritablement de déduire la nature. Le point de départ de ces « déductions globales » nous paraît à l'heure actuelle, la plupart du temps, plutôt bizarre ; même quand nous parvenons à saisir, tant bien que mal, l'observation physique (ou peut-être météorologique) qu'il y avait au fond, nous ne laissons pas d'être étonnés que l'on ait pu lui attribuer une importance suffisante pour en déduire l'univers entier. Mais il faut bien se rendre compte que ce n'est là, en réalité, que constater une fois de plus — de manière frappante pour nous parce qu'il s'agit de choses très anciennes, très éloignées de nous — l'éternelle faiblesse de tout point de départ d'une théorie explicative ayant la prétention d'embrasser une partie notable de la nature ; et celles-ci, on le sait, voulaient l'embrasser toute. L'essentiel, encore un coup, n'est pas ce point de départ, mais la déduction elle-même. Et d'ailleurs, du moment qu'on est fermement convaincu que la nature est tout entière compréhensible, n'est-il pas indifférent au fond de partir d'un phénomène ou d'un autre ? Pourvoi qu'il soit analysé avec justesse, nous devons atteindre, à travers lui, le vrai principe (ou les vrais principes) créateurs, et, dès lors, tout le reste doit se dérouler par le raisonnement : que ce soit la dent, l'omoplate ou le condyle que l'on tient, toujours on retrouvera le même squelette entier, Cuvier nous l'a dit, comme le géomètre retrouve la courbe, avec toutes ses propriétés, indifféremment par l'une quelconque de ces dernières.
La situation est encore analogue pour la théorie qui, pendant de longs siècles, a paru résumer pour ainsi dire aux yeux du monde tout le travail de l'intelligence grecque, à savoir la théorie d'Aristote. Infiniment plus parfaite, à bien des égards, que les cosmogonies ioniennes, puisque le Stagyrite a construit sur un terrain préparé par la critique d'Heraclite, par celle des sophistes et de Socrate, elle présente également un essai de déduction glol)ale de la nature. Comment s'opère effectivement cette déduction.
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par ({ucl moyen, à l'aide des concepts de matière et de forme, les phénomènes se constiUient, c'est ce que les manuels enseignent suffisamment pour cpie nous puissions nous abstenir de l'exposer ici. Contentons-nous de relever {{ue la déduel ion domine le système entier. Tout doit se ramener au syllogisme, et Aristote ne connaît de démonstration scientilicpie que par le syllogisme, cette démonstration, comme l'a juslem;'nt formulé Zeller, étant chez lui une conclusion résultant de prémisses qui sont ellesmêmes nécessaires \ C'est au point que l'on a pu dire que la science d'Aristote était, non pas une physicpie, mais une logi(jue. C'est là, en elfet, l'impression qu'en reçoit un homme élevé à l'école de la science moderne. Mais il est clair que, pour le maître du péripatétisme, aussi bien que pour ses sectateurs de l'antiquité et du moyen âge, les deux se confondent, puisque la nature ne peut être que logique *.
Il faut remarquer, à la vérité, qu'il y avait, dans la science péripaté tique, autre chose encore qu'un appareil purement logique. Gomma son point de départ se trouvait dans les quatre cpialités premières^ elle avait tendance à développer une véritable physique qualitative. Elle réunissait ainsi dans son sein deux tendances scientifiques distinctes et dont le conflit devenait parfois manifeste, comme dans les discussions sur le mixte \ JNlais d'autre part cette double nature était pour la doctrine une source de force considérable, en lui permettant souvent de mieux s'adapter aux circonstances : l'alchimie notamment, avec ses éléments qualitatifs, mais dont les qualités diffèrent de celles des quatre éléments d'Aristote, est bien sortie de cette conception qualitative de la nature. Mais c'est là un aspect du système que, pour le moment, nous laisserons
1. Zeller, Philosophie der Griechen, 3° éd., Leipzig, 1875, vol. Il, 2, p. 232.
2. M. HoEFFDiNG (La pensée humaine, Paris, 1911, p. 144) observe, avec justesse, que les catégories ne sont, pour Kant, que la forme de noire pensée, tandis qu'Aristote les comprenait, d'une façon immédiate, comme des prédicats de l'existence.