‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 62 sur 123 · Ih · texte numérisé non relu

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3. Le Monde \ouveau, n° 1 du 20 mars 1919. Nous citons d'après le Mercure de France du 1" mai 1919, p. 132, Avant M. Maeterlinck, Ernest Renan a été captivé par cette idée de la préibrmation de l'ctre organisé, qu'il

l'idiîntité en l'identification 101

Qu'y a-t-il donc de si tentant, pour notre entendement, dans ces conceptions ? M. E.-S. Russell ne fait que commenter la fameuse formule d'All)ei't de Ilaller, en déclarant (pie la raison fondamentale pour laquelle la préformation nous aiçrée, c'est que « l'idée d'un organisme actif et créateur répuu^ne à l'entendement et que nous essayons, par tous les moyens en notre pouvoir, de lui substituer une autre conception, quelle qu'elle soit '■ ». En effet, ce que nous présente la nature dans les organismes, ce sont des èlres (jui se modifient sans cesse. Or tout changement, Riemann nous l'a dit, nous force à rechercher une cause, c'est-à-dire nous paraît, jusqu'à ce que nous l'ayons trouvée, énigmatique. Comme, d'autre part, selon ce mathématicien, toute chose doit rester ce qu'elle est, si rien d'autre ne s'y ajoute, il s'ensuit que, dans un système véritablement fermé, tout changement, quel qu'il soit, est entièrement impossible. ^Mais un organisme paraît présenter, à certains égards, un système de ce genre. C'est un « individu » nettement délimité — nous le savons de connaissance immédiate, par la conscience que nous avons de nous-mêmes. Sans doute, cet individu a des rapports avec ce qui l'entoure, il se nourrit, il reçoit des sensations et il réagit, et ces rapports peuvent certainement être utilisés pour expliquer certaines particularités qu'il présente. M. E.-S. Russell a très justement fait ressortir que la théorie darwinienne (opposée en cela au lamarckisme) n'est autre chose qu'une tentative de rechercher les facteurs transformant l'espèce dans l'entourage de l'organisme, plutôt que dans l'organisme lui-même. Mais pour le trait le plus frappant qui caractérise l'être vivant, à savoir l'exactitude minutieuse avec laquelle il reproduit celui qui l'a

reliait aux spéculations sur l'hyperespace. Il supposait en effet que « les considérations de la géométrie moderne sur l'espace ayant plus de trois dimensions ont peut-être un lien avec la réalité >> grâce aux ressources qu'elles fourniraient pour faire comprendre comment « les types de la génération sont enfermés les uns dans les autres ». (G. Sorel, Vues sur le problème de la, philosophie, Revue de Métaphysique et de Morale, XVIII, septembre 1910, p. 610).

1. E.-S. Russell, The Influence ofthe Theory of Evoliilion on Morphology, Scientia XX, 11 nov. 1916, p. 355.

engendré, l'entourage ne peut nous être manifestement d'aucun service. Dès lors notre embarras est grand. D'où vient ce nouveau que l'organisme nous présente sans cesse, puisqu'il ne peut venir du dehors ? L'explication la plus simple (et il faut bien le reconnaître, la seule explication valable, si toutefois le phénomène doit comporter une véritable explication) consiste à dire : Mais il n'y a pas de nouveau ! Tout ce qui nous paraît tel se trouvait là de tout temps, dans l'organisme même ou dans celui dont il descend. Il est sorti de cet organisme, donc il s'y trouvait déjà, comme le dit excellemment M.Maeterlinck, et il est à peine besoin de faire ressortir que la formule du célèbre poète n'est que l'application stricte de l'assimilation entre le rapport temporel et le rapport logique dont nous avons parlé (pp. 65 et 113) et dont le terme suite, employé indifféremment dans les deux sens, offre une manifestation si palpable. Ainsi, en enchaînant sans cesse le conséquent à l'antécédent, on arrive à reconnaître que tout a été préformé, a préexisté. Toute la création doit être simultanée, comme l'a dit Bonnet.

Ce cpii nous montre encore qu'il s'agit bien, dans ce cas, d'une tendance éternelle et immuable de l'esprit humain, ce sont les termes mêmes par lesquels nous avons accoutumé de décrire les changements que le temps amène dans les organismes. Quand nous parlons de déi^eloppenient ou d'évolution (cette seconde expression étant équivalente à la première, puisque i'olvere signifie enrouler), nous faisons évidemment allusion à l'image même dont nous avons parlé à propos de la phrase de Bossuet, image nettement préformiste : ces parties se trouvaient, d'une manière quelconque, dans la graine, c'est-à-dire qu'elles préexistaient, elles n'ont fait que grandir, se développer, s'explicpier '.

Ainsi nous pouvons préciser ce que nous avons dit plus haut au sujet de l'explication scientifique. La satisfaction

1. Chez INicolas de Cusa qui, nous l'avons dit (chap. I", p. 3), se sert du terme explicatio dans une acception se rapprochant du sens étymologique, ce terme apparaît comme synonyme de celui d'evolutio (Eucke.n, Geschichte der pliilosopliischen Terminologie im Grundrisse, Leipzig, 1879, pp. 82, 187).

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qu'elle noii^ fail éprouver a ])ien sa source dans le procédé déduclif ; miis il faut (du moins en ce qui concerne les sciences physiques telles que nous les connaissons actuellement.) que cette déduction se fasse par le déplacement, c'est-à-dire à l'aide d'une fonction spatiale. Et si l'explication par le déplacement nous apparaît comme la plus parfaite, c'est parce qu'elle est la seule qui soit réelle.

Bien entendu, cela s'applique aussi aux ancêtres de cette science dans l'antiquité, aux atomistes. Leucippe et Démocrite, dit Aristote, ne connaissent que trois différences, causes de tous les phénomènes : la forme, l'ordre et la position ^ Il n'est pas douteux que le terme /orme est employé ici dans le sens spatial ; ce sont donc des relations purement spatiales. Descartes reprend cette tradition avec une vigueur sans égale. « Mettez-y du feu, mettez-y de la chaleur tant que vous voudrez, dit-il en parlant d'un corps en combustion, et faites qu'il brûle tant qu'il vous plaira : si vous ne supposez point avec cela qu'il y ait aucune de ses parties qui se remue, ni qui se détache de ses voisines, je ne saurais imaginer qu'il reçoive aucune altération ni changement *. » Qu'entend-il affirmer par là ? Le phénomène de la combustion, en son apparence extérieure, lui était certainement aussi familier qu'à nous et il connaissait les modifications qu'il produit dans les corps ; comment peut-il soutenir ne pas pouvoir les imaginer ? C'est qu'il entend imaginer le phénomène réel, celui qui se trouve derrière ce qui est apparent et celui-là, pour lui, ne peut être que rationnel. Or, seul le déplacement constitue un phénomène rationnel et, par conséquent, s'il n'y a pas de déplacement, c'est qn'il n'y a aucun changement réel, c'est que rien n'a pu se passer.

1, Aristote, Métaphysique, tr. Barthélémy SI-Hilaire, livre I, chap. iv, § 13.

2. Descartes, Œuvres, éd. Adam et Tannery, vol XI, Paris, 1907, p. 7 — Pascal, sans doute, estime que Descartes a eu tort de rechercher quels sont les véritables mouvements qui sont au fond des phénomènes et de « composer la machine », car « cela est ridicule » et aussi « inutile et incertain et pénible », Néanmoins « il faut dire en gros — cela se fait par la figure et le mouvement —, car cela est vrai. » [Pensées et opuscules, Paris, 1917, p. 361.)

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