‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 80 sur 123 · Pascal, Pensées et opuscules, Paris, 1917, p · texte numérisé non relu

Pascal, Pensées et opuscules, Paris, 1917, p

nés sont des irrationnels, ou qu'il doit y avoir, au fond, des irrationnels; qu'à supposer que nous arrivions à en déduire un certain nombre — c'est-à-dire, bien entendu, à les déduire d'autres donnés ou, si l'on aime mieux, à déduire partiellement les donnés les uns des autres — nous ne pourrons, de toute évidence, arriver à les déduire tous.

La persistance et la nature définitive de l'irrationnel qui se trouve au fond de ce concept du changement continu ressortent d'une manière peut-être plus précise encore d'une supposition que la théorie cinétique entraîne nécessabement, à savoir celle d'un état initial improbable. En effet, du moment où les choses changent parce qu'elles tendent à s'arranger d'une manière de plus en plus conforme à une distribution probable, c'est donc qu'au début du temps (quelle que soit du reste la signification que nous attacherons à cette expression) elles se trouvaient distribuées d'une manière tout à fait improbable. Cette distribution initiale constitue un donné irrationnel précis. Nous ne pourrions y échapper, en effet, qu'en supposant que cet état improbable est sorti d'un état plus probable : ce serait avoir recours, comme tout à l'heure pour échapper à la nécessité de la « mort calorique », au retour éternel, et nous \enons de nous convaincre cpie c'est là une voie impraticable.

Cette circonstance cependant ne doit pas nous faire méconnaître quel pas énorme la science explicative, dans son effort vers la rationalisation du monde extérieur, a accompli par cette théorie statistique du changement continu. Sans doute, depuis son origine môme, le mécanisme a expliqué le changement — c'est là le but dans lequ(^ l'esprit humain a échafaudé cette conception. Mais ces explications n'avaient jamais visé qu'à nous faire comprendre le changement comme possible. Or la théorie statistique va plus loin, puisqu'elle nous le fait concevoir comme néce^ saire, comme imposé par le fait même de l'existence d'uA monde divers, c'est-à-dire constitué contrairement aux exigences de notre raison. De ce chef, le changement lui-

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môme se trou\e donc, jusqu'à un cerlain poini, lalionalisé — et il est presque inutile de faire ressorar que c'est précisément grâce à cette introduction d'éléments rationnels dans le domaine régi par le principe de Carnol, que nous avons pu tout à l'heure nous-mème raisonner sur ce principe et faire ressortir les difficultés auxquelles se heurte la supposition d'un changement cyclique.

Le problème de la diversité dans l'espace, c'est-à-dire celui de l'explication des propriétés des substances, constitue (chap. V, pp. 174 et suiv.) la principale tâche de la chimie. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette matière et nous verrons alors de quelle manière cette science s'y est attaquée. Ce que nous pouvons constater ici, c'est qu'il n'y a pas, en ce momant, à enregistrer l'existence d'un véritable irrationnel chimique, délimité et définitif. Par contre, on est, par une autre voie, parvenu à une notion précise de cet ordre et qui rentre bien dans ce même domaine de la diversité spatiale : ce sont les données sur la grandeur absolue des molécules.

Ces découvertes (que nous avons déjà eu l'occasion de mentionner à propos du triomphe du cLnétisms sur la thermodynamique, chap. I ■', pp. 22 Cl suiv.) ont constitué une sorte de surprise. Sans doute, l'atomisme est-il aussi vieux (jue la science et, en chimie particulièrement, il était, depuis le commencement du xix** siècle, depuis Dalton, Avogadro et Ampère, devenu dominant, au point que l'on peut affirmer hardiment qu'il faisait corps avec la science elle-même. En effet ce qui en formait en quelque sorte l'armature, et la transformait, du moins dans une certaine mesure, en un corps de doctrine raisonné — à savoir les formules chimiques — était tout pénétré de la conception atomique ; exposer un chapitre de cette science, et surtout de la chimie organique, avec ses innombrables dérivés, sans y mêler les atomes et les molécules, eût été, vers la fin du xix^ siècle, une tâche véritablement impossible. En sorte que INI. Perrin a certainement raison d'affirmer, en résumant cette situation, qu'au fond « depuis longtemps déjà, les chimistes ne doutaient guère d'une réalité qu'at-

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