‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 81 sur 123 · TOMB I · texte numérisé non relu

TOMB I

testaient de si nombreuses concordances ' ». Il n'empêche que^ sans doute surtout grâce à la puissante intluence que les idées d'Auguste Comte n'ont cessé d'exercer sur les esprits, les chimistes ont souvent, dans leurs déclarations théoriques, renié les principes qu'ils suivaient invariablement dans la pratique. On a vu (chap. II, p. 48) que le grand physicien Maxwell a eu une attitude analogue. Mais beaucoup de chimistes allaient plus loin encore : ils repoussaient comme une sorte d'injure la supposition qu'ils étaient susceptibles de croire à la réalité de ces atomes et de ces molécules dont ils ne cessaient cependant de parler. Ainsi Henri Sainte-Claire Deville, en traitant de la question du doublement de certains poids atomiques, qui se trouvait à ce moment à l'ordre du jour, dit : « Au fond toutes ces questions ne prennent d'importance qu'aux yeux de personnes qui admettent et croient en même temps qne les atomes ont un poids absolu ^ » Apparemment cette dernière conception lui a-t-elle paru à tel point saugrenue qu'il a cru pouvoir s'en servir pour une preuve par l'absurde.

On peut, semble-t-il, raisonnablement douter que ce grand chimiste, s'il avait vécu trente ou quarante ans plus tard, eût, devant l'union de plus en plus intime de la chi-

1. J. Perrin, Les preuves de la réalité moléculaire. Les idées modernes sur la constitution de la 'tiatière, Paris, 1913, p. 1. M. Smoluchowski atteste de même que « depuis Dalton les chimistes n'ont jamais cessé de penser de façon atomistique, pas même au moment où, il y a une vingtaine d'années, des philosophes et des physiciens (Mach, Ostwald) avaient inspiré un mouvement antagoniste passager mais puissant » (Anzahl und Groesse der Molekuele und Atome, Scientia, XIII, 1913, p. 28). Cependant M.. Perrin constate, d'autre part, que beaucoup de chimistes ne voyaient dans la théorie atomique «qu'un outil commode et faisaient des réserves, à vrai dire quelquefois purement verbales, sur le fond de la question ». {Les preuves de la réalité moléculaire. La théorie du rayonnement et les quanta, Paris, 1912, p. 156.)

2. H. Sainte-GlaireDevillb, Leçons sur la dissociation professées devant la Société chimique de Paris, etc. Paris, 1S66, p. 354. Les attaques de Kolbe contre Van't Holf, à propos des conceptions stéréochimiques, sont, le manque de mesure en plus, tributaires du même esprit. Kolbe considère comme le comble de téméraire arrogance (Dreistigkeit) le fait que l'on ait recherché la position des atomes dans l'espace, et cette manière de traiter des questions scientiliques lui apparaît comme « point trop éloignée de la croyance aux sorcières et au.^ esprits frappeurs. » Cf. J. H. Van't Hoff, Dix années dans l'histoire d'une théorie, Rotterdam, 1885, pp. 19-20.

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mic et de l'atomismo, conservé la même allitude. Cependant, c'est h celte époque, et à la veille môme des découvertes qui allaient lui conférer une véritable consécration, que l'atomisme a été l'objet d'attaques des plus violentes de la part d'un chimiste de renom. On devine que nous voulons parler de M. OstwaJd, dont les campagnes retentissantes ont été entreprises d'abord ostensiblement, ainsi que le constate un critique compétent, comme une sorte de réaction contre les conceptions trop rigoureusement matérialistes de certains théoriciens * ; mais il faut ajouter qu'elles se sont transformées rapidement en campagnes de propagande en faveur de la conception « énergétiste » de l'auteur, lequel ne combattait, ainsi, ce qu'il considérait comme une ontologie illégitime, qu'au profit d'une autre ontologie, qui lui était personnelle. Sans doute, beaucoup de chimistes désapprouvaient ces attaques \ lesquelles sont d'ailleurs restées sans la moindre influence sur la marche réelle de la science : c'est à cette époque-là que sont nés précisément les travaux que résume le livre de MM. Urbaûi et Sénéchal et qui relèvent incontestablement, de la manière la plus directe, de la conception atomistique. Il n'empêche que le fait seul da l'apparition des écrits de M. Ostwald et de l'attention que leur prêta, au moins pendant un moment, l'opinion scientifique, paraît assez significatif au poùit de vue du manque de prestige des théories atomiques. Il est tout aussi remarquable que le fait que des raisonnements de cinétique fondés sur des données bien connues et développés dans les travaux de Clausius, de Maxwell et de Van der Waals permettaient de calculer une première approximation du nombre absolu des molécules

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