Cf. chap. I", p
l'irrationnel :21o
admirent avec une facililé surprenante, comme le constate M. Perrin, que les calculs en question devaient dissimuler quelque hypothèse injustifiée '. Mais la résistance, très explicable par les habitudes longuement acquises et dans la formation desquelles, nous l'avons dit, le grand prestige des idées positivistes a joué sans doute un rôle prépondérant, ne dura guère devant les preuves qui, dès lors, s'accumulèrent. A l'heure actuelle, M. Perrin, que l'on pourrait évidemment considérer comme un témoin partial, en raison de son rôle considérable dans la révolution qui vient de s'accomplir, n'est pas le seul à proclamer qu'il « devient difficile de nier la réalité objective des molécules *». M. Bouty, tout en se demandant si ces hypothèses « sont une expression définitive, rigoureuse de la réalité », concède cependant qu' « en tout cas, elles en fournissent une image bien rapprochée ' ». M. Edmond Bauer déclare que « la constitution moléculaire de la matière ne fait plus aucun doute * », et H. Poincaré, si peu enclin à exagérer la valeur des théories, constate, dans un de ses derniers écrits, que « les anciennes hypothèses mécanistes et atomistes ont pris dans ces derniers temps assez de consistance pour cesser presque de nous apparaître comme des hypothèses ; les atomes ne sont plus une fiction commode; il nous semble pour ainsi dire que nous les voyons depuis que nous savons les compter* ».
Quelle est la portée de ces constatations au point de vue de l'existence de l'irrationnel ? Nous avons vu (chap. V, pp. 178 et suiv.) que toute théorie de la matière aboutit, en définitive, à l'identifier, autant que faire se peut, avec l'espace, cette identification s'opérant généralement (du moins dans la science de nos jours) par échelons successifs. Ainsi, dans la théorie cinétique courante, on suppose bien