‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 90 sur 123 · Ib., p. X · texte numérisé non relu

Ib., p. X

4. Jacques Lceb, La dynamique des phénomènes de la vie, tr. A. Daultn et G. ScH-EFFER, Paris, 1908, p. 105.

antivitalistes, en faisant usage du concept dont nous nous sommes occupés au précédent chapitre, à savoir du concept de l'irrationnel.

Quel est, en effet, le point de vue des vitalistes actuels ? Aucun d'eux n'affirmera que rien, dans les corps vivants, ne se passe conformément aux règles qui gouvernent les corps inanimés, tous reconnaissent, pour ne citer que les exemples le mieux connus, que le sang est mù par l'action mécanique du cœur, qui agit à l'instar d'une pompe foulante et aspirante, que l'organisme ne crée pas l'énergie qu'il développe, tant sous forme d'action mécanique que de chaleur, mais que cette énergie n'est qu'une transformation de celle que lui apportent les aliments. De même nul biologiste ne soutiendra plus que les substances chimiques que nous rencontrons dans les corps vivants (leur « organisation » mise à part) ne peuvent être produites que par une Jorce vitale spéciale ; sans doute, toutes n'ont pu être encore synthétisées in vitro, mais on en a créé déjà un nombre suffisant et, pour les autres, le succès des chimistes ne semble plus assez éloigné pour que les dénégations apodictiques n'apparaissent point comme trop risquées.

jNIais on peut aller, semble-t-il, plus loin dans cette voie. On trouvera certainement peu de vitalistes pour professer que les explications physico-chimiques qui ont été trouvées jusqu'à présent sont les seules possibles et qu'aucun progrès ne pourra plus être accompli, à l'avenir, dans cette voie. Il ne peut d'ailleurs y avoir aucun doute sur l'opinion de ceux qui travaillent : ils ont manifestement le sentiment très net que ce qui a été accompli est peu de chose comparé à ce qui pourra l'être et que la science se trouve à peine au seuil de découvertes importantes. On l'a vu, par le passage de M. J. Duclaux que nous avons cité (p. 227), ce savant, si peu porté à juger d'un œil favorable les conquêtes passées, ne doute cependant point que l'avenir ne nous réserve, dans cet ordre d'idées, de grandes clartés.

Ainsi, ce que les vitalistes affirment tout au plus, c'est

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<jue ccptains domalaes, dont ils pensent d'ores et déjà pouvoir indiquer les limites (tel que celui que M. Driesch entend attribuer à son entéléchie), demeurent entièrement inaccessibles à toute tentative d'explication physico-chimique.

Rappelons-nous, à ce propos, ce que nous avons cru reconnaître au chapitre précédent, en ce cpii concerne la chimie : la spécificité des phénomènes qu'embrasse cette science nous a semblé être un indice, au moins fort probable, qu'il y avait là, au fond, un ou plusieurs irrationnels. Cette observation s'applique, à plus forte raison, aux phénomènes vitaux. Que l'on tente en effet d'embrasser pour ainsi dire d'un coup d'œil l'amas formidable de ces phénomènes et qu'on considère (bien entendu, après avoir éliminé tout ce qui a trait à la sensation et à l'action, que Ton doit considérer comme des irrationnels d'un ordre différent) de quelle manière ils ont été classés : on ne pourra, semble-t-il, se soustraire à cette impression que certaines de ces séries (comme par exemple les phénomènes de la sensibilité, de l'assimilation et de la croissance, de l'hérédité, etc.) sont caractérisées par une originalité et une complexité telles qu'il parait bien difficile de concevoir cfu'elles puissent être entièrement réduites aux réactions que présente la matière non organisée. Comme l'a admirablement formulé Montaigne : « Quel monstre estce que cette goutte de semence, de quoi nous sommes produits, porte en soi les impressions, non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et des inclinations de nos pères? Cette goutte d'eau, où loge-t-elle ce nombre infini de formes? Et comme portent-elles ces ressemblances, d'un progrès si téméraire et si déréglé que l'arrièrefils répondra à son bisaïeul, le neveu à l'oncle » ?^ Ainsi, en supposant le processus de la réduction dont nous parlons suffisamment avancé (ce qui nécessitera probablement une longue suite de siècles), on aura alors, à côté d'un grand nombre de phénomènes dont la continuité avec

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