‹ De l'exploitation des chemins de ferChapitre 40 sur 109 · cor · texte numérisé non relu

cor

Chàtcau-Tliierry

Troyes

Cliarleville

Cliàlons

Vitry-le-FrançoiG.

Kancy

Mflz. ... ■• .

Épinal

Strasbourg;

Sans aucun doule, il faut tenir compte des faits commer-

riaux ordinaires, et ne pas citer comme anormale une réexpédition qui correspond à In conversion en farine pour la consommation à l'extérieur do blés amenés à l'intérieur d'une ville; mais dans ces trois mois de 186(i, les blés jouaient le plus grand rôle dans les expéditions , et les mouvemenls étaient provoqués par les variations qui se produisaient sur les divers marchés.

Ce qui s'est passé à la gare de la Villolte dans les trois mois (Faoùt, septembre et octobre 1860, donne une idée très-précise des services que les chemins de fer rendent au pays dès que le prix des céréales commence à s'élever sur divers points du lerritoire. Le tableau ci-aprés donne le mouvement de la gare.

PARIS (r.A VILLETTE). — MOUVEMENT DES CÉRÉAI.ES.

UÉSIGNATION

CXr.EGlSTREMENT

AP.niVACES-

rNT.EGIiTr,EME^(T

EXrgDlTlONS

AnÙtlSfiG •.

Septembre i866. . .

Octobre 1806. . . .

ToTU'x

Le marché de Paris, qui n'a jamais été un marché exportateur de céréales, semblait l'être devenu subitement, et dans un espace de Irois mois, une seule gare réexpédiait en province un tonnage qui dépasse de moitié celui qu'elle avait reçu dans la même période.

On a tant de fois reproché à Paris de tout absorber, de faire le vide dans un cercle de rayon très-étendu autour de lui,quil est à coup sûr très-intéressant de montrer que Pinfluence de ces grands marchés s'exerce souvent dans un sens absolument opposé.

nf;siLT\Ts (iiiNîiiM \. ^:,:.

Si (les cliilhes trenseiiible nous passons aux clulTies de drlail, nous en tirerons des renseignements intéressants sur la manière dont un grand marché va s'approvisionner sur tous les points du territoire, et on verra comment, en inùme temps, il eu approvisiomie d'autres à son tour.

Pour les arrivages, nous retrouvons d'al)ord comme points de proveqance les villes qui ont de tout temps pris part à l'approvisionnement de Paris: Meaux, la Ferté-sous-Jouarre, Provins, Nogent-sur-Seine , Mesgrigny , Coulommiers; mais en même temps apparaissent les points les plus éloignés les uns des autres et qui, situés sur des réseaux étrangers aux chemins de 1er de l'Est, ne communiquent avec la Villette que par le chemin de Ceinture.

Sur l'Ouest : Rambouillet, Bonnières , Mantes, Sillé-le- Guillaume, le Mans, Ceaumont, Yvetot, Laval, Sablé, Sainl- Malo;

Sur les lignes d'Orléans : Nantes, Salbris, Montiuçon, Vendôme, Issoudun, Élampes, Chàteauroux, Nérondes, Beaugency, Chàtellerault, Vierzon ;

Sur le Nord : Clermont, Compiègne, Bergues, Béarnais, Calais, Abbeville, Rue, Pontoise, Amiens, Noyon ;

Sur les lignes de Paris-Lyon-Méditerranée : Châteauneuf, Pouilly-sur-Loire, Nevers, Riom, Clermont-Ferrand.

Les expéditions faites au départ de la Villette se répartissent sur le réseau de l'Est, dans toutes les directions.

Pendant le mois d'août, les céréales ont été dirigées sur les gares des Ardcnnes : Rethel, Poix, Charleville, Revin, Sedan, Carignan, Chauvency;

Sur les gares de la Champagne: Chàlons, Vitry-le-François, Pargny, Saint-Dizier, Joinville, Troyes;

Sur les gares de la Lorraine et des Vosges : Nancy, Lunéville, Baccarat, Saint-Dié, Toul, Metz, Sarreguemines ;

Sur les gares de l'Alsace : Strasbourg, Colmar, Mulhouse. Des villes comme Sarreguemines, située à 476 kilomètres

de Paris, font venir de la Villette, et dans un seul mois, 71,500 kilogrammes de céréales ; des localités situées à plus de 400 kilomètres de Paris s'adressent également à ce marché. Poix à 2 ii kilomètres, Revin à 295, Chauvency à 519, Erstein à 522, Saint-Amarin à 641, Wesserling à 645, demandent au marché de Paris un wagon, et ce wagon suffit souvent pour arrêter une hausse que l'insuffisance des ressources locales faisait naître.

En septembre, le mouvement se continue sur une moindre échelle, mais les Ardennes, la Lorraine et l'Alsace demandent encore des céréales à Paris.

En octobre, le mouvement diminue parce que les blés allemands commencent à apparaître par les gares de Wissembourg et de Kehl, et qu'ils repoussent les blés venus de Paris.

Enfin nous appelons l'attention sur le morcellement des expéditions par chemin de fer. Les 1 ,088 enregistrements pour les arrivages exigent 1,0(S7 wagons, un wagon par enregistrement ; les 1,194 enregistrements pour les expéditions nécessitent 727 wagons, moins d'un wagon et demi par enregistrement. Il y a quelques années les opérations à grande distance ne pouvaient être entreprises que par un très-petit nombre de personnes, et elles portaient alors sur des tonnages très-élevés ; aujourd'hui les chemins de fer ouvrent tous les marchés au plus petit cultivateur, et les expéditions se morcellent à l'inlini.

j^ j. — liiii)orlati(ja et exportation des céréales par les chemins de fer.

Quand, par suite de circonstances diverses, la France était obligée de demander à l'étranger le complément des céréales nécessaires à sa consommation, elle ne pouvait en recevoir que par ses frontières de mer : à Marseille pour les blés de la mer Noire; dans les ports de l'Océan et de la Manche pour les blés et les farines d'Amérique.

iiKsurJATs r.KM':n\u\. 157

L'aboMtluncc st» prodiiisjiil dans ce pclit iioiiilirc de points du territoire; niais le proldrnic delà rrparlilion de ccl approvisionni'inoiil dans l'inlérieur d«' la rrance élait loin d\Hvo ivsolu. On a Irop viltMinidir IVxaj^ôralion des pri\ demandas par la naYij;nlion pour cundiiiic les Mes à linléiieur cl les hrnéfices énormes réalisés dans des circonstances fort tristes pmu' le pays.

Les chemins de fer ont changé celte situation sous deux points de vue très-importants.

D'une pari, la répartition dans le pays des blés accumulés dans les poris ne dépend plus du bon vouloir de la batellerie ; les transports s'exécutent par les chemins de 1er à des prix déterminés, et toujours trés-bas, puisque le cahier des charges accepté par toutes les compagnies donne au gouvernement le droit de réduire le prix des tarifs, dans le cas où celui des céréales s'élève au-dessus d'un cours fixé; les chemins de 1er rayonnent autour des ports dans un nombre de directions très-supérieur à celui des voies navigables, et les blés atteignent une quantité considérable de marchés dans chacun desquels ils arrêtent la hausse.

D'autre part, l'achèvement du réseau français, et notamment celui des réseaux du Nord et de l'Est, a mis, de Dunkerque à Bàle, la France en communication directe avec toute l'Europe. Les blés amenés par les ports étrangers d'Anvers et de Rotterdam ont pu se présenter aux frontières du Nord ; les blés récoltés dans les grandes et fertiles plaines de l'Europe cen- Irale sont arrivés aux frontières de l'Est. En 18(31 et 1862, les gares de Forbach, de Strasbourg, de Wissembourg, de Bàle même, ont été encombrées de blés que l'Autriche et la'hasse Hongrie dirigeaient de tous côtés sur la France, et, ainsi que nous l'avons dit, avant la fin de 1861, les craintes que l'insuffisance de la récolte avait pu faire concevoir étaient complètement conjurées. Grâce aux chemins de fer, la France voit donc, en cas de disette, s'étendre pour ainsi dire indéfiniment le

nombre des marchés dans lesquels elle peut puiser. Si partout tombent les barrières qui gênent, d'État à État, le transport (les céréales, la production de l'Europe entiire se répartira avec une extrême rapidité, elles disettes seront pour nos descendants un fléau inconnu.

Facilité d'exportation en ea.s d'excédant dans la production.

— Si les chemins de fer permettent, en cas de déficit momentané dans une récolte annuelle, la prompte arrivée des blés étrangers sur le marché français, ils offrent au commerce, dans les années d'abondance, un moyen facile d'écouler sur les marchés étrangers l'excédant de notre production.

L'Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suisse, placées à nos portes, ne trouvent point dans leur sol la quantité de céréales nécessaire à leur consommation. En Angleterre seulement, le déficit représente le tiers de l'approvisionnement nécessaire; ce complément est demandé par l'Angleterre à toutes les nations du globe. La France est admirablement placée pour prendre une part importante à ce trafic ; le prix des céréales est toujours moins élevé sur notre sol que sur les marchés anglais, et le bas prix des transports par chemins de fer permet à une grande partie de notre territoire de diriger des blés sur tous les ports de la Manche et de la mer du Nord.

Les documents publiés par l'administration des douanes ont montré l'importance du couiant qui s'est établi, depuis i86i, des marchés français vers l'étranger.

Les exportations de grains et farines se sont élevées :

En 1864, à 2,796,000 quint, mélr., soit 56,2'20,000 fr. En 1865, à 5,512,000 — soit 119,128,000

En 1860, à 7,051,000 — soit 162,505,000

Ces sommes considérables, que l'étranger a payées à la France, doivent évidemment entrer en compensation de celles

msi |.T\TS (IKNÎI'.MA ir,(.

(|ii(' notre pays ;i dû payer los années où ii a élu ol)li<,'(^ de rcconrir à l'impoilalion ; mais In halanco so soldera en noire iavcnr.

On n'a pas, selon nons, assez insisié snr ee fail qne le plus SOI' iiMiyen d'olilenir une prodnelion snl'fisanlo dans les années mauvaises élail de développer le plus possible lo eommeree d'exportalioM el de le rendre léf^nilier. Kn s'efforçani, chaque année, de produire la quanlilé de grains à vendre à l'étranger en sus de la (juanlilé nécessaire à la consommation, le pays élèvera d'inie manière régulière sa production et s'assurera un minimum supérieur à ses besoins. Ce qui variera désormais, ce sera la quantité exportée, tandis qu'il y a peu d'années, ce qui variait, c'était la quantité indispensable à la consommalion. En un mot, comme on l'a dit dans l'enqnète de 18r)9, pour avoir assez dans les mauvaises années, il faut avoir trop dans les bonnes, et même trop dans les ordinaires. Ajoutons que cette solution n'est possible que par l'exportation régulière et rapide, et qne la régularité et la rapidité ne sont possibles que par les chemins de fer,

La télégraphie électrique joue aujourd'hui un grand rôle dans les opérations commerciales. Les négociants en grains sont pour ainsi dire avertis, à chaque heure, des variations qui se produisent dans les divers marchés de l'Europe. Avec les prix certains assurés par les chemins de fer, ils peuvent effectuer des aehals et des ventes sur les points les plus éloignés, et les marchés exercent les uns sur les autres une influence telle que, dans l'enquête de 1859, un ancien ministre de l'agriculture déclarait que, dans une petite localité autrefois bien peu importante, les marchands de grains étaient si actifs et si intelligents que, pour réaliser un bénéfice de 0,25 c, ils feraient faire à un sac de blé le tourtle la Erance.

Ce qui a été fait pour les relations intérieures se fera pour les relations internationales ; mais là il faut laisser le temps faire son œuvre. Ce n'est pas le lendemain de la signature

d'un traité de commerce ou de l'homologation d'un tarif de transport, que l'on trouve des marchandises prêles à franchir les frontières. Sans parler de la différence dans le langage, hien des questions sont à étudier et à résoudre par les personnes qui veulent nouer des relations avec les places élran-. gères. Il faut approfondir les usages commerciaux, les modes de mesurage, de pesage, de comptage, les délais de payement, les pertes ou les bénéfices à réaliser sur le change; il faut étudier les habitudes et le goût des populations auxquelles on veut apporter des marchandises : ne pas, par exemple, apporter des farines bises à des consommateurs accoutumés aux farines blanches ou réciproquement, ni apporter du vin en tonneaux dans des villes où il n'y a que peu ou point de caves, etc., etc. Il faut enfin connaître les concurrents qu'il s'agit de combattre sur un marché dont ils sont en possession depuis longtemps, et' qu'ils n'abandonneront pas sans lutte. En présence de telles difficultés, les résultats obtenus sont à coup sur très-importants et diçfnes d'être cités.

•^ 0. — Augmentation déterniinée pnr les clieniins de fer dans la production des céréales.

Le tableau imprimé en tête du troisième volume de l'enquête faite par le conseil d'État sur la révision de la législation sur les céréales donne, pour trente-sept années, la surface d'hectares ensemencés en froment et la production annuelle. Il suffit d'y jeter un coup d'œil pour constater l'énorme augmentation de la production et la rapidité de cette augmentation à partir de 1850, c'est-à-dire à partir du moment où l'influence des chemins de fer peut se faire sentir.

Pendant vingt ans, de 1820 à 1840, la production annuelle de la France n'atteint que deux fois 80 millions d'hectolitres : en 1852 et en 1840.

Pendant dix ans, de 1840 à 1850, les chemins de fer com-

UKSILTATS GK.NKK.MA. Ul

iiii'iicriil ;i paraidv ; la [n tMliictinii jillcinl X'J, NT, SS cl !I7 iiiillioiiN (riicololiirt's.

A parlii ilc IS.'jO jiisciu'à ISli i, le rrscau dt's cliciiiiiis de ter s'accroil ( liatiuc aiiiiL'c, cl, dans les scpl di'iiiièrcs de ces (|iiatoi7<' années, la pioduclioii atleinl I0".>, deux lois 1 10, el l'iiliii Ml) niilliiiiis (riiectMliIres.

Juut cuiieourl, en elTet, à an^^nienter celle pniduclion des céréales : les engrais soiil Iraiisjxtités parles cliennus de Ter à des dislances cliafjue j(tur plus grandes; il en esl de même des amcndcMieiih. Des supeclicies considérables du Iciriluire changeul leur mode d'exploilalion du sol ; lelromenl remplace le seigle; et couvre même, comme eu Ciuunpaj^iie, des champs aliandonnés il y a peu d années au parcours des moutons.

l'ne autre lévolulion s'introduit dans les relations des pays de plaines et des pays de montagnes. Tant que les moyens de communication taisaient défaut, la plaine ne développait pas sa i>roduclion de céréales, et les habitants des vallées élevées cherchaient à se procurer, dans la culture de maigres champs de seigle, une partie des céréales nécessaires à leur consommation. Les chemins de 1er changent cette situation d'une manière radicale : assurés d'un débouciié, les cultivateurs de la plaine augmentent leur production ; assurés de Tapprovisionnement de leurs marcliés, les habitants des vallées élevées renoncent à ces cultures stériles et se livrent aux travaux indusliiels, en rendant aux troupeaux un sol qui ne peut recevoir un plus Iructueux emploi.

L'enquête de 1 859 contient à cet égard des renseignements du plus haut intérêt. La première étape, si on peut s'exprimer ahisi, que les populations font vers l'aisance, c'est l'abandon d'un grain inférieur pour prendre un grain supérieur. Le sarrasin, le blé noir, le mais, l'avoine, le seigle, les pommes de terre, sont remplacés par le froment. Mais, pour que cette substitution soit possible, il faut que le froment soit apporté dans les contrées où sa culture est impossible, soit })ar les

14'i DE LEXI'LUlTATlOiN DES CUEMLNS DE FEU. ■

conditions climatériques de température ou d'altitude, soit par le défaut d'engrais et d'amendements.

Les chemins de fer changent chaque jour cette situation; ils apportent ou les grains ou l'engrais : dans les vallées industrielles, les grains; dans les plateaux, l'engrais et les amendements. La Sologne, la Champagne Pouilleuse éprouvent une transformation profonde. Dans la Sologne, tous les habitants, il y a peu d'années, ne vivaient que de sarrasin, de blé noir, de laitage; ils ne mangeaient jamais de viande et ne buvaient jamais devin; en moisson, dit Tenquète, on ne Buvait que de l'eau corrompue dans les fossés. Une amélioration radicale s'est produite dans tous les points sur lesquels le c+iemin de fer d'Orléans a pu faire parvenir les marnes, et le froment a remplacé le seigle. La culture en Sologne, si arriérée il y a quelques années, a déjà absorbé prés de 250,000 tonnes de marne ; aujourd'hui, elle fait venir des pliospliates de chaux des gares situées entre Rethel et Charleville, et qui ne peuvent suffire à toutes les demandes qui leur sont adressées.

En résumé, nous pouvons dire que le grand problème de la répartition des céréales est résolu dans notre pays; les horribles famines du siècle dernier ont disparu pour toujours, les disettes causées par l'inégalité du prix des céréales dans les diverses parties de la France séloignent à leur tour, et les amplitudes des oscillations dans le prix du pain vont en diminuant chaque année.

Cette égalisation des prix est-elle un bien ou un mal? Nous n'hésitons pas à dire que c'est un bien, et un très-grand bien. Sans aucun doute, dans quelques contrées qui avaient toujours le blé en abondance, on peut regretter de voir le prix du ])lé s'abaisser; mais, à côté de ces contrées privilégiées, il y avait toujours des contrées déshéritées dans lesquelles le pain était toujours cher, et par suite insuffisant.

Le pain n'est pas à coup sûr un objet de luxe. La consoinination des céréales, en France, a augmenté de près de moitié

VAM i.ivrs (.K.\r.i;\i \. nr.

depuis (|iiai';mlt' années : de (iO millidiis d'Iieclidilrcs, (^lle arlive à !M) millions. In tel accroisscincnl prouve que bien des misères ont été soulagées. Les chemins de l'er onl élé rinslinmenl de ce ^laïul proj^rès; mais eu appliquant s|»ontanénM'ul, et dans toute l'étendue du territoire, des tarifs qui mi rej)résentenl pas la moitié, le tiers, ni même quelcjuefois le quait des tarifs légaux, les compagnies de chemins de fer ont rendu au pays un service (pi'il serait injuste de méconnaître.

CHAPITIIE XVI

DÉVELOrPEMENT HE L'A(;iilCLLTERE .

TliANSPORT DES EKGHAIS, DES AMENDEMENT-, DES BESTIAIX, DL LAIT,

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