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mer, où les hommes étaient attirés par leurs affaires. On prenait souvent dans cette exposition toutes les précautions que les circonstances des lieux rendaient nécessaires dans l’intérêt de l'infortuné qu’on abandonnait à toutes les chances du hasard (i).
A Athènes, on exposait ordinairement les enfans à l’endroit appelé Cynosarges , qui était l’im des gymnases; dans Rome, c’était près de la colonne Lactaire , columna Lactaria , située sur le marché aux légumes, que cette exposition avait lieu le plus souvent (2).
Quoique défendue, dans la suite par des lois spéciales presque chez toutes les nations civilisées, l’exposition de part resta néanmoins impunie pendant un temps encore assez long : elle le fut même sous les premiers Empereurs chrétiens, quoique le christianisme fût contraire à cette coutume déplorable.
(1) Plusieurs hoimnes célèbres, si l’on en croit certains auteurs, ont dii la rie à ces utiles ])récautions. Tout le monde connaît l’iiistoire du Législateur des Hélmeux , qui, à l’ège de trois ans, fut exposé sur le Nil, dans un petit jjanier de joncs, enduit de bitume, au lieu d’être jeté dans le fleuve, comme l’ordonnait un édit du Roi d’Egypte pour tous les enfans males d’Israël. On sait aussi que le fondateur de Rome fut exposé sur le Tibre.
(2) Il y avait anciennement devant la porte des églises , une coquille de marbre où l’on mettait les enfans que l’on voulait exposer ; on les portait en ce lieu , afin que quelqu’un , touché de compassion , se chargeât de les nom rir. Us étalent levés par les marguilliers , qui en dressaient procès-veiSbal et clierchalent quelqu’un qui voulût bien s’en chai’ger , ce qui était confirmé par l’autorité de l’évêque, et l’enfant devenait serf de celui qui s’en chargeait [Encycl. , tom. 12 , p. 422). On ne trouvait pas toujours quelqu’un qui voulût prendi’e soin de ces infortunés, et pendant long-temps, l’Église a eu à pourvoir â leur sulisistance. Dès le milieu du 10'^ siècle , cet usage était déjà ebange en plusieurs endroits : l’Église s’était débarrassée peu à peu du fardeau des enfans exposés. De là vint la question de savoir sur qui on le ferait tomber. Les communes et les seigneurs ont eu souvent des difficultés à ce sujet, jusqu’à l’époque où l’assemblée constituante établit, parla loi du 27 novembre 1790, que les enfans exposés seraient nourris aux frais de l’État. La loi du 27 frimaire an 5 établit sur cette matière un ordre définitif. (Voyez Merlin, Reperl. de jurisp., tom. 5, pag. 30 et sulv. ).
Dans toute la Grèce, excepté à Thèbes, il était permis d’abandonner les nouveau-nés. Aussi plusieurs historiens, tels que Strabon, Ælien , Tacite, Denis d’Halicarnasse meutionnent-ils honorablement les Égyptiens, les Thébains et les Aborigènes, chez lesquels lu suppression de part n’était pas tolérée. C’était une chose fréquente chez les Romains , quoique Romulus eût cherché à restreindre cette coutume, qui s’accrut avec le luxe, la misère et le libertinage. Constantin chercha a diminuer la fréquence de l’exposition des enfans , en ordonnant que les parens ne pourraient , dans aucun cas, réclamer l’enfant qu’ils auraient exposé, alors même qu’ils s offriraient à rembourser les frais de son éducation. Au l'este , 1 expérience a prouvé que cette loi était mieux conçue que celle d Henri II, qui punissait l’exposition de part comme l’infanticide; la crainte du châtiment rendait alors les parens barbares, et au lieu d’exposer le nouveau-né , ils le tuaient dans l’espoir de mieux cacher leur faute. Ce ne fut qu’à la fin du quatrième siècle que l’usage d exposer les enfans fut expressément interdit par les empereurs Valentinien, Valens et Gratien.
L exposition de part chez les peuples anciens, qui la toléraient, fut souvent 1 objet de la sollicitude de leurs magistrats. Il paraît certain qu à Athènes et à Rome, il existait une loi protectrice des enfans abandonnés , d après laquelle ceux dont personne n’avait voulu se charger, étaient élevés aux frais de l’État (i).
L empereur Justinien, en Sag , déclare libres, par une loispéciale, les enfans trouvés, et défend à ceux qui les avaient recueillis de les vendre ou de les traiter en esclaves. Dans ses lois sur les donations au profit des églises et des établissemens de bienfaisance, les maisons d’enfans trouvés sont désignées sous le nom de brephotrophia, de /Spsyoç, enjant ^ et de je nourris.
(1) De nos jours, tous les pays civilise's ne veillent pas sur l’iiomme à sa naissance. En Cliine , Ion abandonne et l’on détruit beaucoup d’enfans. Dans la capitale de cet empire , la police fait sa ronde tous les matins , pour ramasser dans un tombereau les enfans nouveau-nés , qui ont été jetés dans la rue pendant la nuit.
Parmi les maisons d’enfans trouvés qui existaient à cetteépoque, les historiens citent celle de Trêves , plus tard (654) celle d’Angers, et celle de Milan en 787. Il paraît qu’en 1 1 Sounétablissement de cegenre fut fondé à Montpellier. Dans les siècles suivans, ces maisons se multiplièrent. Ce ne fut pourtant qu’en i636 que Paris vit un veuve charitable consacrer sa maison aux enfans abandonnés; mais d’affreux abus ne lardèrent pas à s’introduire dans ce premier établissement , et le firent supprimer. En 1640, St-Vincent de Paule parvint à y faire créer cette institution , qui fut d’abord placée au château de Bicètre, et transférée en 1670, dans la ville même , rue Neuve-Notre-Dame (i).
(1) Ou a plusieurs fois mis en cjuestlon si les maisons d’enfans-trouvés sont des e’tablissemens utiles. Frank, Maltlius et autres, qui s’étalent de'clare's contre eux, n’avaient pas trouvé beaucoup de partisans. M. de Gouroff, recteur de l’université de Saint-Pétersbourg , a publié depuis peu un travail important sur cette matière. Il résulte des recbercbes nombi’euses auxquelles il s’est livré, l“que dans les pays où l’on a ouvert des asiles à tous les enfans , indistinctement , qui sont abamlonnés à leur naissance , ces petits infortunés sont beaucoup plus communs , beaucoup plus nombreux qu’ailleurs ; 2“ qu’il règne dans ces asiles une mortalité épouvantable et tout-à-fait bors de proportion avec la mortalité la plus forte qui moissonne les autres petits enfans , même dans les classes les plus indigentes 5 d’où il semblerait résulter que le but que se sont proposé les fondateurs des maisons d’enfans-trouvés n’est pas atteint, à moins qu’elles ne préviennent l’infanticide. M. de Gouroff s’est aussi occupé de cette dernière question, et le résultat qu’il a obtenu , c’est que l’Infanticide est à peine prévenu par ces mêmes établissemens ; c’est-à-dire que pour empêcher quelques Infanticides, soit directs, soit Indirects, par l’effet d’un abandon sans secours, les maisons d’enfans-trouvés détruisent elles-mêmes un nombre incomparablement plus considérable d’enfans. Le mal ne serait done que déplacé,
SI tout cela était généralement vrai , il faudrait supprimer les hospices où sont reçus journellement les enfans abandonnés ; Il faudrait supprimer ces tours , qu’on a regardés jusqu’ici comme des établissemens pbilantliropiques, ou mettre sur la porte de ces maisons, comme on avait osé le dire dans le temps, cette inscription terrible : Ici , on fait mourir les enfans aux frais du public. Mais ne nous bâtons pas d’adopter les conclusions de M. de Gouroff, quoiqu’elles paraissent prendre faveur chez des hommes d’un grand mérite. Lord Brougliam , à son passage , il y a pende jours, à Montpellier, api’ès avoir visité l’bôpital-général , où sont reçus les enfans qu’on veut abandonner, écrivit aux administrateurs des
Nous ne pousserons pas plus loin ce résumé de l’histoire de l’exposition de part; nous parlerons un peu de sa jurisprudence.
Nous avons déjà vu que vers la fia du quatrième siècle, les empereurs Valentinien, Valens et Gratien défendirent d’exposer les enfans. Il paraît que depuis cette époque, on infligea des peines à ceux qui se rendaient coupables de ce délit, et qu’en France on punissait également ceux qui étaient convaincus d’avoir commis la même faute. Cependant la pénalité ne fut pas très-forte jusqu’à l’époque où Henri II, par son édit du L\ mars i556, décernait la peine de mort contre les auteurs de l’exposition de part. Cette peine était trop forte pour être souvent appliquée : aussi la plupart des coupables échappaient à la justice, et il fallut bientôt se relâcher de cette rigueur pour les atteindre. On les flétrissait, souvent même
hospices une lettre dans laquelle il dit positivement que les tours sont une institution immorale et nuisible.
Dans les pays où l’on suit la religion clire'tienne , les seuls où ont e'té fondés , à quelques rares exceptions près, les établissemens dont nous parlons, deux sytèmes tout-à-fait différens y règlent le sort des enfans illégitimes et des enfans abandonnés. Voici ce qu’en dit M. de Gouroff :
« Dans les pays catholiques , des asiles nombreux ont été ouv erts ù tous les nouveau-nés , légitimes ou non , qu’il plaît au public d’y abandonner ou d’y jeter.... Les pays protestans , au contraire, ne veulent point d’hôpitaux d’enfanstrouvés ; ils ont même supprimé la plupart de ceux qui avaient été fondés , et les ont convertis eu maisons d’orphelins : c’est ce qu’on a fait à Lubeck , à Cassel, à Nurenbourg, etc.; c’est ce que fit en partie le parlement d’Angleterre, eu 1760 , quatre ans après avoir ordonné que l’hôpital des enfans-trouvés de Londres recevrait et élèverait tous les enfans exposés et abandonnés qu’on y apporterait , et qu’on formerait des établissemens semblables dans tous les comtés^ Rien de tel n’exislc aujourd’hui , et le FoûcilÎJtg hospital, malgré sa dénomination, ne reçoit aucun enfant trouvé , pas même ceux qu’on expose quelquefois à sa porte...»
{ Essai sur l’Histoire des eiifans-trouvés , depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours , servant d’ introduction aux Recherches sur les enfans-trouvés , etc.) Il faut voir également sur le même sujet le mémoire curieux que M. Benoiston de Chàteauneuf a publié eu 1824, et où il a réuni tous les faits connus jusque-là 6ur les enfans-trouvés.
on se bornait à les faire fouetter. Du reste, la pénalité de l’exposition de parta été pendant long-temps arbitraire , car elle dépendait de la prudence du juge et des circonstances qui avaient précédé l’exposition (^i).
Le Code pénal de lypt était muet sur l’exposition de part; et l’on sait que dans la législation qu’il avait établie, il n’y avait plus de peines arbitraires,
La loi du 27 frimaire an 5 répara, en partie, le silence du Code pénal, par son article 5, ainsi conçu :« Celui qui portera un enfant abandonné ailleurs qu’à l’hospice civil le plus voisin , sera puni d’une détention de trois décades , par voie de police correctionnelle : celui qui l’en aura chargé , sera puni de la même peine. » Le Code pénal de 1810 contient, sur cette matière, des dispositions qui suppléent au silence de 1791, et réparent l’insuffisance de la loi du 27 frimaire an 5. Les voici :
« Art. 349- Ceux qui auront exposé et délaissé en un lieu solitaire, un enfant au-dessous de l’âge de sept ans accomplis ; ceux qui auront donné l’ordre de l’exposer ainsi , si cet ordre a été exécuté, seront, pour ce seul fait, condamnés à un emprisonnement de six, mois à deux ans, et à une amende de 16 fr. à 200 fr.
(1) Voici quelques exemples pulsés dans Merlin {Rep. de jurisp, , toin. 5^ p. 34 ), qui peuvent donner une idée de cette pénalité :
Une fille ayant exposé la nuit , devant la porte de son voisin , un enfant qu’elle avait eu d’un domestique de son père, fut condamnée, par arrêt du parlement de Paris, du 24 octol)re 1576, confirmatif d’une sentence du Cliàtelet, à être fouettée devant la maison des l’ecommandaresses.
Un arrêt du parlement de Flandi’e , du 22 novembre 1083, condamna une fille de Lille , qui avait exposé son enfant , au fouet et au bannissement pour ti-ois ans.
Par arrêt du même parletnent, rendu le 27 avril 1690, une fille de Cambi’ai fut condamnée , pour le même crime , à un bannissement de quinze années.
Un arrêt du 6 juin 1739, rendu au parlement de Paris, condamna un particulier, convaincu d’avoir exposé un enfant dans une allée, à 100 livres d’amende , au profit des Enfi\ns-Ti’ouvés.
» Art. 3f)0. La peine portée au précédent article sera de deux ans à cinq ans, et l'amende, de 5o fr. à l^oo fr, , contre les tuteurs Ou tutrices, instituteurs ou institutrices de l’enfant exposé et délaissé par eux ou par leur ordre.
«Art. 35i. Si par suite de l’exposition et du délaissement prévus par les articles 34q et 35o, l’enfant est demeuré mutilé ou estropié, l’action sera considérée comme blessures volontaires à lui faites par la personne qui l’a exposé et délaissé; et si la mort s’en est ensuivie, l’action sera considérée comme meurtre : au premier cas , les coupables subiront la peine applicable aux blessures volontaires; et au second cas, celle du meurtre.
» Art. 35a. Ceux qui auront exposé et délaissé en un lieu non solitaire, un enfant au-dessous de l’âge de sept ans accomplis, seront punis d’un emprisonnement de trois mois à un an , et d’une amende de i6 fr. à loo fr.
» Art. 353. Le délit prévu par le précédent article , sera puni tl’un emprisonnement de six mois à deux ans, et d’une amende de a5 fr. à 200 fr. , s’il a été commis par des tuteurs ou tutrices, instituteurs ou institutrices de l’enfant. »
D’après cette législation , le médecin peut être consulté, nonseulement pour l’exposition de part en elle-même, mais encore pour les effets auxquels elle peut donner lieu. Dans ces dernières circonstances, les recherches de l’expert ayant principalement pour objet de constater et d’apprécier , soit des blessures , soit le genre de mort, elles appartiennent, par le texte même de la loi, à d’autres crimes qu’à l’exposition de part, et nous ne croyons pas devoir nous en occuper ici, pour ne pas sortir de notre sujet, dont les limites sont fixées par les expressions qui le désigtient (i).
(1) Ceci prouve e'viclommeut rinutlllté , en me'decine légale, des classifications ou des divisions systématiques empruntées a la jurisprudence, A quoi servent-elles en effet? A cacher, sous une apparence scientifique le vide des connaissances positives, et peut-être même la prétention de ceux qui se sont plus occupés 4e la forme que du fond, en fait de médecine légale, et qui veulent faire
On sait que la doctrine de l’infanticide embrasse toutes les recherches qui peuvent être faites sur le cadavre d’un nouveau-né, et que la mort peut être due à l’omission de certains secours nécessaires à l’enfant, ou à des accidens imprévus qui peuvent être indépendans de la volonté du coupable (i). Nous laisserons donc a cette doctrine le soin d’éclairer la justice, dans le cas où l’individu a succombé; nous ne parlerons que du nouveau-né vivant. Quant aux blessures, aux mutilations dont parle la loi, elles peuvent exister avec la vie, et alors elles doivent être notées avec soin par l’ex-
accorder à leurs travaux plus de valeur qu’ils n’en ont réellement. Tel fut d’ahord M. Fodéré, lorsqu’il publia la première édition de son traité de médecine légale, dont il abandonna ensuite le plan, sans toutefois perdre de vue sa première pensée , qu’il avait puisée dans les auteurs et non point dans la nature même de la matière dont il avait à s’occuper. Tel fut surtout un médecin fort connu dans le temps , à Montpellier , et qui a laissé dans cette ville des souvenirs lionorables , Murat (de la Dordogne), lequel publia, en 1803, un Tableau sj^noptiqiie d’une nosologie légale , fondée sur le code social , accompagné d’un discours servant d’introduction à cette nosologie qui n’a jamais paru. Tels sont encore d’autres médecins légistes, qui me paiaissent tous perdre un peu de vue le but de la médecine légale , puisqu’ils passent leur temps à la surcharger de considérations étrangères.
Ce serait un travail bien utile que celui qui aurait pour objet de présenter , dans une série linéaire , et dans un ordre déterminé par l’analogie de la matière, toutes les questions que les magistrats peuvent adresser aux médecins pour les éclairer dans les circonstances où l’application de la médecine est devenue nécessaire. On élaguerait , par ce moyen , cette profusion de connaissances inutiles qui surchargent les ouvrages de médecine légale, et au milieu desquelles souvent l’élève ou le jeune docteur ne savent trouver ce qu’il y a de véritablement bon. Je fais des voeux pour un travail de ce genre , qui ne peut être entrepris et exécuté que par un esprit sévère , plaeé d’ailleurs dans une position convenable , où le temps ne manque pas.
(1) On a dit que l’exposition de part était presque toujours une manière de commettre l’infanticide. On a été ti'op loin j mais il n’est que trop vrai qu’elle en est souve^une cause , et que plus d’un Infanticide volontaire résulte du fait même de l’exposition.
pert, ainsi que toutes les autres circonstances morbides évidentes. Tontes ces choses peuvent conduire sur la voie pour arriver à la connaissance de l’auteur du délit, mais elles n’en sont que l’accessoire. La partie essentielle, celle qui caractérise l’exposition de part, voici en quoi elle consiste.
Deux choses se présentent à l’examen: i° l’enfant, qui forme le corps de délit, à l’effet de déterminer son âge.
2° La femme , qu’on soupçonne d’étre la mère de l’enfant , à l’effet de déterminer si elle est accouchée , et l’époque de l’accouchement.
Si le résultat qu’on se propose dans l’étude de ces deux questions est possible pour chacune d’elles, il n’en est j)as toujours de même pour le résultat définitif qu’on se propose dans l’exposition de part, puisqu’il s’agit de déterminer si l’enfant appartient ou n’appartient pas à la femme. Dans le dernier cas , la chose est souvent facile pour le médecin ; dans le premier cas, au contraire, les difficultés sont nombreuses, et la justice a besoin de secours étrangers à notre art.
La coïncidence de l’âge de l’enfant et du temps qui s’est écoulé depuis l’accouchement de l’accusée, ne peut établir que des probabilités sur la culpabilité de la femme : il est impossible d’établir une certitude à cet égard. Aussi dans les questions de ce genre que les magistrats adressent à l’expert, on devrait éviter celle-ci: V enfant appartient-il a telle Jemme ? parce qu’il est impossible de parvenir à cette connaissance par les seules ressources de la médecine (i). Ne promettons pas aux magistrats plus de lumières que notre art ne peut en fournir ; restons dans les limites de la science , et laissons-leur le soin de puiser dans les renseignemens de l’instruction , ce que nous ne pouvons pas leur donner.
(l) On a parlé de la ressemblance de l’enfant avec mère ( Zacchias , Mahon , etc.). Si cet indice était jamais utile, ce ne serait certainement pas lorsqu’on examine vtn nouveau-né.
De l'Examen de V enfant. Si la détermination de l’àge d’un fœtus offre des difticultés, celle de l’àge d’un nouveau-né en présente bien plus encore. Dans le premier cas , le sujet est presque toujours mort , et les recherches peuvent s’étendre à tous les organes, dont le développement rapide amène des chaiigemens notables (i). Dans le second cas, au contraire, l’individu peut éti’e vivant, comme cela arrive toujours dans les simples questions d’exposition de part, et l’on n’a que l’extérieur du corps à examiner.
Il est vrai qu’une série de phénomènes nouveaux se manifeste dès la naissance, et que plusieurs d’entr’eux produisent des effets qui ne sont pas sans intérêt pour la question qui va nous occuper. A peine né, l’enfant respire et pousse des vagissemens qui expulsent les mucosités contenues dans la bouche. La circulation change, et les vaisseaux du cordon coupé cessent de perdre du sang. L’urine et le méconium ne tardent pas à être évacués. L’enfant agite ses membres, fait entendre des cris; sa peau rougit assez fortement par l’impression de l’air, et le sommeil vient enfin tempérer cette réaction vitale.
Il ne faut pas croire que l’observation des phénomènes qui servent à déterminer l’âge d’un jeune enfant puisse nous conduire à établir , d’une manière certaine, l’époque de sa naissance. Dans les quinze ou vingt premiers jours de la vie, on ne s’écarte guère de la vérité; mais, plus tard, les erreurs sont faciles, et après le quarantième jour, il est presqu’impossible de préciser cet âge. L’habitude de l’observation peut seule alors donner le moyen de l’établir d’une manière approximative. Au reste, nous n’indiquons cette difficulté qu’en passant, car elle ne se présente jamais dans l^s
(t) C’est clans les questions iTavorteineiit , de viahlllté , que la eounals.sance de l’Age du l’octus est utile à déterminer. Les notions rclalivcs à ce sujet sont présentées avec i)caucoup d’exactitude et une extension sulUsante dans l’article A^e , inséré j)ar M. Alplionsc Devergie , dans le premier volume du Dictionnaire de Médecine et de CÎtiriirgie pratiques , pag. 395 et suivantes. Les travaux de Béclard , Ciiaussicr , Lobstein , Meckel et Velpeau y sont très-bien résumés.
questions d’exposition de part, l’enfant ayant rarement dépassé les premiers jours de son existence.
Les signes à l’aide desquels on peut reconnaître l’àge d’un nouveau-né sont surtout fournis par le cordon ombilical, la peau et l’épiderme. Nous allons les examiner successivement.
Le cordon ombilical est bien certainement la partie du corps qui fournit les meilleurs caractères pour arriver à la connaissance de l’âge d’un enfant dans la première période de la vie; et cependant, il y a peu de temps encore, les ouvrages de médecine légale ne contenaient sur cet objet que des renseignemens un peu vagues C’est aux travaux récens de MM. Denis et billard, que nous devons des notions précises sur cette importante matière, que nous allons présenter succinctement (i).
Chez l’enfant qui vient de naître , le cordon est Irais , ferme , bleuâtre, arrondi, gras ou maigre, suivant la quantité de gélatine de Warton qu’il contient; ses vaisseaux renferment encore du sang.
La flétrissure du cordon commence à se manifester quelques heures après sa section ; c’est du sommet à la base quelle a lieu ; elle est toujours effectuée au bout de deux jours. Le cordon est alors mollasse, et souvent on observe une injection assez prononcée du pourtour de l’anneau ombilical.
La dessiccation du cordon commence du premier au second jour; elle est complète vers la fin du troisième jour. Le cordon brunit de son sommet à sa base, devient demi-transparent, et perd la gélatine de Warton qu’il renfermait; il s’aplatit, se vrille; ses vaisseaux ne contiennent alors qu’un peu de sang coagulé et s’oblitèrent. La flétrissure et la dessiccation marchent plus lentement dans les cordons gras que dans ceux qui sont maigres. La différence
(1) Ces deux observateurs ont exposé, à peu près de la même manière, les phénomènes qui accompagnent et qui suivent la chute du cordon ombilical. Les résultats de leurs recherches sont consignés dans les Leçons de médecine légale de M. Orfila , tom. 1 , pag. 67 et suiv. , et dans l’article A^e de M. Devergie, Dicl. de méd, et de chir. prat. , tom. 1, pag. 400 et suiv.
à cet égard n’est pourtant pas assez sensible pour induire en erreur, quand on en tient compte. Suivant M. Denis, dans la dessiccation la base du cordon est baignée par un fluide muqueux , sécrété par l’anneau cutané temporaire à la suite de la pbleginasie qu’entraîne nécessairement la chute du cordon, tandis que M. Billard établit une distinction entre les cordons maigres ou pourvus de peu de gélatine, et les cordons gras : la chute- des premiers ne donne presc^ue jamais lieu, à une phlegmasie, tandis que celle des seconds est presque toujours accompagnée d’inflammation (i).
La chute du cordon s’opère du cjuatrième au sixième jour; trèsrarement plus tôt ou plus tard. I.orsque les phénomènes qu’on observe alors, comme l’érosion de la base du cordon , la rupture des artères et de la veine ombilicale , sont accompagnés de phlegmasie de l’ombilic avec suintement séro-purulent de la base du cordon , les traces d’inflammation persistent jusqu’au dixième ou douzième jour de la naissance, époque à laquelle la cicatrisation s’opère. (Devergie. )
La cicatrisation de l’ombilic a lieu du dixième au douzième jour^ et ne laisse aucun suintement. Elle se fait toujours plus tôt lorsque le cordon est grêle, maigre, et prolonge un peu sa durée quand il est gras, épais.
La peau offre quelques indices qu’il ne faut point négliger. A la naissance elle est molle, onctueuse, couverte de cet enduit sébacé, blanchâtre, qui est propre au fœtus; bien nettoyée, elle présente nne coloration rouge ordinairement assez vive. Cette rougeur, qui quelquefois est assez faible pour approcher de la couleur rose, est remplacée souvent du quatrième au sixième jour, par une teinte ictérique d’autant plus marquée que la coloration rouge a été plus forte.
L’exfoliation de l’épiderme à laquelle les recherches de MM. Orfila
(1) Devergie , Dict. de méd. et de chir. prat. , ai’t. A^e , loin. 1 , pag. 401 .
et Thierry sur ce sujet, ont donné récemment quelque valeur dans les applications à la médecine légale , offre peu d'intérêt pour déterminer l’âge. En effet, elle commence à se manifester à une époque extrêmement variable , et se continue jusqu’au quarantième jour. Toutefois elle n’a jamais lieu immédiatement après la naissance , elle apparaît le plus souvent du deuxième au troisième jour. En s’exfoliant , l’épiderme présente des lignes ou sillons, des écailles plus ou moins larges, des lames irrégulières d’une grandeur variée , enfin une sorte de poussière. Cette exfoliation commence dans la plupart des cas par l’abdomen , puis par la base de la poitrine , les aines , les aisselles, les membres, les pieds et les mains. Il est des enfans chez lesquels l’exfoliation de l’épiderme se fait sans la moindre apparence de lignes, ni de sillons, ni de lames. L’épiderme tombe pour ainsi dire en poussière, sans qu’il soit possible d’obsoiver des périodes régulières ; l’exfoliation se fait d’une manière insensible (i).
Avant de tirer de ces phénomènes les conclusions qui nous intéressent , disons un mot des autres sources d’induction.
On a parlé du volume de l’enfant, de sa longueur, de son poids, en d’autres termes des circonstances de son accroissement. (2) On a
(1) Orfila, Leçons de médecine légale , tom. 1 , p. 74.
• (2) Chaussier avait cru apercevoir que l’enfant cliinniue un peu de poids Immé-
diatement a])rès sa naissance. Cette remarque curieuse , qui me'ritalt d’èlrc vérifiée avec soin, vient d’èti’c confirmée par M. Quetelet, Voici ce que les observations de cet auteur nous ont appris :
Ap rès la naissance .3 kilog. 126.
Au 2® jour 3 — 057.
On peut conclure de ces nombres , que le poids de l’enfant diminue un peu, immédiatement après sa naissance , et qu’il ne commence à croître d’une manière sensilde qu’après la première semaine.
M. Quetelet est parvenu aussi aux résultats suivans ; dès la naissance , il existe
mentionné également tout ce qui est relatif à certaines fonctions et que les sens peuvent apprécier , tels sont les cris plus ou moins forts; les mouvemens des membres qui dans les premiei’s jours ont une tendance à se pelotonner comme dans le sein <de la mère , leur force, leur facilité; l’aptitude plus ou moins prononcée à soutenir la tète; plus ou moins de facilité à prendre le sein de la nourrice, ou à sucer le doigt qu’on appuie sur les lèvres; l’état du sommeil qui est plus ou moins prolongé.
Tout cela peut bien fournir quelques indices, mais ces indices ne peuvent que fortifier ceux qui ont une valeur réelle, et sont trop faibles pour mériter que nous nous y arrêtions plus longtemps.
Il n’en est pas tout-à-fait de même de l’état des mamelles dont nous n’avons encore rien dit. Du troisième au sixième jour , elles sont un peu engorgées, et une légère pression fait sortir du mamelon, dans les deux sexes, une humeur laiteuse. A cette même époque, les matières fécales sont jaunâtres, et les ecchymoses, qui existent quelquefois a la tête, se résorbent ou sont remplacées par un gonflement œdémateux. Plus tard , dégorgement des mamelles , consolidation des sutures , rétrécissement des fontanelles. Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération , parce qu’elle ne nous éclairerait pas davantage (i).
une ine'galité pour le poids et pour la taille , entre les enfans des deux sexes. Le poids moyen des garçons est de 3 kil. 20 ; celui des filles de 2 kil. 91. La taille des garçons est de 0 met. 496, et celle des tilles 0 met. 483. (Voyez son mémoire sur le Poids de l’Homme aux différens âges , inséré dans le 10® volume des Annales d’ Hygiène puhlic/ue et de médecine légale. )
(1) Les médecins légistes recommandent de décrii’e les vêteinens dans lesquels l’enfant est envelojipé, la marque des linges et les particularités qu’ils peuvent offrir , ainsi que toutes les autres circonstances de l’exposition , parce qu’elles peuvent conduire sur la vole pour trouver le coupable. Celle-ci pouvant d’ailleurs avoir des conséquences plus ou moins graves, l’expert devra apprécier quelle a pu être son influence sous le rapport de sa durée présumée , de la nature du lieu où elle a été faite, de la température de l’atmosphère, des précautions qui ont pu être prises dans la manière dont l’enfant a été exposé.
Il résulte de ce qui précède, qu’on peut, au moyen des connaissances médicales , apprécier assez bien le temps qui s’est écoulé depuis l’époque de la naissance d’un enfant jusqu’au douzième jour. Nous pouvons donc, dans les questions relatives à l’exposition de part , répondre affirmativement au magistrat qui nous demande l’àge d’un nouveau-né : cel enfant a tel âge. Mais pour obtenir ce résultat, il faut tenir compte de l’ensemble des signes et ne pas accorder à un seul d’entr’eux une valeur suffisante. Ainsi, pour nous résumer, voici ce qu’il y a de plus certain sur cette matière :
1. ° Si le cordon ombilical est encore frais vers sa base; si le sommet en est à peine flétri et présente un peu de sang ; si la peau est molle, onctueuse, d’un rouge vif , couverte dans certaines parties de matière sébacée...., l’enfant n’a pas encore deux jours.
2. “ Si le cordon est flétri, mollasse ; s’il offre un commencement de dessiccation ; si la peau est d’un rouge moins vif, sans enduit sébacé ; si l’épiderme commence à s’exfolier et que les excrémeiis soient jaunes.... , l'enfant a de deux à trois jours.
3. ° Si la dessiccation du cordon est comjilète ; si la peau présente une teinte jaunâtre; si fexfoliation épidermique est très-sensible et que les mamelles soient un peu engorgées...., l’enlâ.nt a de trois à quatre jours.
4. “ Si la chute du cordon vient d’avoir lieu; si la teinte ictérique de la peau est plus prononcée; si l’exfoliation de l’épiderme est opérée dans certaines parties; si l’engorgement des mamelles est plus marqué , et qu’une légère pression fasse sortir du mamelon une humeur laiteuse..., l’enfant a quatre à six jours;
5. ° .Si l’on observe un suintement à l’ombilic souvent accompagné de rougeur inflammatoire; si la peau est rose et que l’engorgement des mamelles ait disparu.... , l’enfant a de six à dix jours.
6. “ Enfin, si l’ombilic présente les [ihénomènes de la cicaliisation...., l’enfant a de dix' à douze jours.
De l'Examen de la femme. On a beaucoup écrit sur les phéno-
mènes qui accompagnent l’accouchement et qui peuvent fournir des signes à la médecine légale. Ce sujet est plein d’intérêt , parce qu’il se lie à des questions nombreuses, dont celle d’exposition de part n’est pas une des moins intéressantes. Nous allons l’étudier avec tous les détails convenables. i
Les signes de l’accouchement récent ont d’autant plus de valeur, que la visite de la femme est plus voisine de l’époque même de l’accouchement. On a même reconnu qu’ après dix à douze jours , ces signes étaient presque sans valeur dans le plus grand nombre des cas. Ils sont fournis par les organes sexuels , l’abdomen , l’écoulement des lochies, les mamelles et la sécrétion du lait. Dans certaines circonstances , où la délivrance ne s’opère que fort tard , il pourrait se faire que le médecin fut appelé assez tôt pour trouver encore le placenta dans la matrice. Il est inutile de dire qu’alors ce signe serait suffisant pour certifier que l’accouchement vient d’avoir lieu.
L’état des organes génitaux est très-remarquable dans les premiers jours qui suivent l’accouchement. Les grandes et les petites lèvres sont rouges, tuméfiées, souvent enflammées; la vulve et le vagin sont dilatés, la fourchette est souvent déchirée; l’orifice de rutérus, ouvert, ti'ès-dilatable et mou , permet d’introduire un ou deux doigts jusque dans la cavité de cet organe. Le volume de la matrice est encore assez prononcé, et ce n’est même que deux mois après la parturition qu’il est revenu à son état habituel : en appliquant une main sur la région hypogastrique, et refoulant ce viscère de bas en haut à l’aide du doigt indicateur de l’autre main introduit dans le vagin, on sent son corps s’élever au-dessus du pubis.
Ces signes méritent beaucoup de confiance, et leur absence peut autoriser à dire qu’il n’y a point eu accouchement récent. Leur présence ne constitue pas une preuve certaine que la femme soit accouchée, mais elle établit de fortes présomptions, que les autres signes viennent confirmer ou détruire.
Le volume et la flaccidité du ventre , les plicatures ou éraillures
de la peau que présente cette partie du corps , l’écartement des muscles droits, surtout au voisinage de l’anneau ombilical et dans le tiers inférieur de l’abdomen, ne sont pas des signes sans valeur, quoiqu’ils puissent être le résultat d’une grossesse ancienne.
L’écoulement des lochies, qui a lieu par la vulve, doit fixer fat* tention. Il ne commence pas immédiatement après la délivrance, mais bientôt apres , et dure ordinairement deux semaines. C’est d’abord du sang pur et sans odeur- Vers le troisième jour , il devient séreux, et se supprime quelquefois entièrement sous l’influence de la fièvre de lait , et parfois au contraire devient plus abondant. Du cinquième au sixième jour , la matière de l’écoulement devient jaunâtre , s’épaissit , prend un aspect laiteux, et acquiert une odeur fétide particulière qui est un signe assez remarquable. On a cherché à caractériser cette odeur en la comparant surtout à celle de l’huile de poisson.
Par l’effet de certaines causes, les lochies sont quelquefois sanguignolentes, d’autres fois elles disparaissent complètement dès les premiers jours; d’autres fois encore, rarement à la vérité, elles manquent entièrement. Ces anomalies n’enlèvent pas à cet écoulement puerpéral la confiance qu’il mérite en Médecine légale. Seulement une difficulté se présente , c’est celle de la possibilité de confondre la matière des lochies avec celle des fleurs blanches, si l’on ne peut pas en apprécier convenablement l’odeur , qui est son principal caractère. M. Orfila, qui a fait des expériences pour établir des caractères différentiels entre ces deux fluides , n’en a obtenu qu’un seul digne d’être noté, c’est celui-ci: l’eau qui contient du fluide lochial , filtrée et évaporée à un feu doux, jaunit à mesure qu’elle se concentre , et prend V aspect cT une dissolution gommeuse , ce qui n’a pas lieu pour le fluide leucorrhéique.
Le gonflement des mamelles et la sécrétion du lait sont des signes équivoques, puisque ces phénomènes se présentent quelquefois sans qu’il y ait eu accouchement ou lorsque .l’accouchement date d’un grand nombre d’années. On cite des exemples de cette
nature fort remarquables chez des filles vierges et chez des femmes avancées en âge (i).
Les qualités physiques du lait présentent chez la même femme, dans les premiers jours des couches, des différences sensibles: d’abord jaunâtre, séreux, désagréable au goût [colostrum), il devient ensuite blanc, sucré et s’épaissit. La fièvre de lait et une certaine expression de la face peuvent fortifier les autres signes.
Quoique certains états morbides puissent présenter des phénomènes analogues à ceux de l’accouchement, on peut avancer que l’ensemble de certaines circonstances permet de certifier qu’un accouchement a eu lieu: un seul signe serait sans valeur (2). C’est d’ailleurs une règle générale en médecine , que pour fonder le diagnostic et le pronostic , il faut s’aider de tous les phénomènes qu’on peut saisir. Il faut donc avoir égard à ce principe, ou pour mieux dire, ne le perdre jamais de vue.
Ainsi , lorsque chez une femme on trouvera les parties génitales rouges, tuméfiées, la fourchette déchirée, la vulve large, le vagin très-dilaté, l’orifice de l’utérus mou et assez ouvert pour laisser introduire un ou deux doigts, la matrice volumineuse, l’écoulement des lochies, la peau de l’abdomen flasque, plissée, l’écartement trèsprononcé des muscles droits, le gonflement des mamelles et la sécrétion laiteuse , on devra affirmer qu’il y a eu accouchement récent.
Établissons maintenant les différences que cet état présente dans la manifestation de ses phénomènes, afin de déterminer, d’une ma-
(1) Un des plus inte'ressaus est celui-ci : Une femme de la commune de Mausie (Charente), étant accouchée, en 1810, de deux jumeaux, et ayant à peine assez de lait pour nourrir un de ses enfans , la femme Lavergne , mère de l’aecouchée , âgée de 65 ans et veuve depuis 59 ans , s’avisa de présenter son sein à l’iin des nouveau-nés. Bientôt le nourrisson y puisa un lait sain et abondant, et il continua de teter son aïeule pendant 52 mois. (Briand, Manuel de Méd. lég. Paris, 1858, in-S° , pag. 84.)
(2) Quelques praticiens pensent que l’odeiu’ seule des lochies peut caractériser l’accouchement.
nière approximative , depuis combien de temps l'accouchement a eu lieu.
I® Si les parties génitales sont très-rouges, tuméfiées; si du sang pur et sans odeur s’écoule par la vulve, et que celle-ci soit trèsdilatée; si la matrice encore volumineuse présente son orifice mou, Lien ouvert, très-dilatable, et qu’il y ait absence de fièvre,.... l’accouchement a eu lieu depuis un ou deux jours.
2° S’il ne sort point de sang par le vagin, ou qu’il soit peu coloré, séreux; si les mamelles sont dures, gonflées; s’il y a fièvre ou sueur, caractérisée par une odeur aigre, écoulement séro-laiteux par les mamelons,.... l’accouchement a eu lieu depuis à quatre jours.
3° Si la tuméfaction et la rougeur des parties génitales est faible; si la dilatation de la vulve est peu marquée et que l’orifice de l’utérus soit presque fermé; si le fluide lochial est fétide, jaunâtre, trouble, que la fourchette déchirée présente une cicatrisation récente; si le
lait est blanc , sucré, l’accouchement a eu lieu depuis quatre à
huit jours.
4® Si la plupart de ces phénomènes existent encore , mais à un
faible degré, on pourra penser que l’accouchement a eu lieu
depuis huit à douze jours.
Il est facile de voir, comme nous l’avons déjà dit, que c’est pendant la semaine qui suit l’accouchement, que la femme présente les caractères les plus tranchés de l’acte dont on veut connaître l’existence, et préciser l’époque de son apparition. Plus tard, il est difficile d’arriver à la vérité, quoique dans quelques circonstances on puisse y parvenir. Zacchias et la plupart des médecins légistes n’ont admis la possibilité de cette connaissance que jusqu’au dixième jour.
C’est de la comparaison des résultats obtenus par l’examen de l’enfant et par celui de la femme, que peuvent sortir quelques lumières pour la fin que se proposent les magistrats , qui est de savoir positivement si la femme accusée est ou n’est pas coupable d’exposition de part. Ce délit, devenu fort rare en France, depuis que les établissemens où l’on reçoit les enfans qu’on veut abandonner se sont répandus, n’y est presque plus l’objet de poursuites juri-
diques. Les mères qui , clans des temps déjà éloignés de nous , eussent exposé leurs enfans, les apportent de nos jours aux maisons où l’on prend soin de leur existence.
Les circonstances antérieures à l’accouchement sont bien propres à élucider les questions relatives à l’exposition de part ; mais ce n’est pas le médecin appelé après l’accouchement, à faire connaître ces circonstances. On pense bien que tout ce qui aurait pu faire soupçonner la grossesse servirait d’indices pour mieux apprécier la certitude de l’accouchement.
§ IL De la suppression de part.
La suppression de part est l’action de soustraire et de cacher un enfant immédiatement après sa naissance, et de le priver ainsi, non pas de la vie, mais de son état civil.
Avant la publication de nos codes, les jurisconsultes définissaient la suppression de part: un crime qui consiste, soit à faire périr un enfant au moment de sa naissance , dans le dessein de le cacher, soit à supprimer les preuves de son existence et de son état (3).
Le Code pénal de i8io a parfaitement déterminé le sens des mots suppression de part, quoiqu’il ne se soit point servi de la dénomination de part, comme on le voit dans la loi qui lui est relative, et dont voici le texte :
« Art. 345. Les coupables d’enlèvement, de recelé ou de suppression d’un enfant, de substitution d’un enfant à un autre, ou de supposition d’un enfant à une femme qui ne sera pas accouchée, seront punis de la réclusion.
w La même peine aura lieu contre ceux qui, étant chargés d’un enfant, ne le représenteront point aux personnes qui ont le droit de le réclamer. »
D’après cette loi et les considérations déjà présentées, lorsque nous avons voulu préciser le sens des mots exposition de part ,
(1) Voy. Merlia, Répert. de jurisp., lom. 13, pag. 332,
que la dénomination de suppression de part ne doit plus exprimer que l’action que notre définition désigne.
Dans les mmifs du Code pénal, le législateur a fait sentir parfaitement la natur^i^u délit que nous examinons, en désignant sous le nom de lois atroqes, les édits et déclarations qui furent rendus en France, il y a plusieurs siècles, sur cette matière, et que l’Assemblée constituante ât^disparaître comme contraire aux mœurs d’un peuple civilisé, et particulièrement de la Nation française (i). Mais, pour éviter les détails^uxquels s’étaient livrées les anciennes lois, l’Assemblée constituanteNjomba dans l’excès opposé, et ne détermina point du tout ce qui\ en matière pénale, ne peut être déterminé avec trop de soin (2).^e Code de i8io a fait disparaître ce qu’il y avait de douteux à ce^gard, et a rempli les lacunes que présentaient celui de 1791.
La loi, en infligeant une peine correc^nnelle (l’emprisonnement) à l’auteur d’une simple exposition de pact, et en condamnant à la réclusion la personne qui s’est rendue coopable de suppression de part, a fait sentir la différence qiPil y a entre^ces deux délits. Cette différence de pénalité n’est point arbitraire; èlle est prise dans la nature même de la chose. La femme qui a expol^ un enfant qu’on a ensuite trouvé plein de vie, et dans une situation qui annonce le désir de lui conserver l’existence, a commis une acliion moins coupable que celle qui est convaincue de suppression de pmt, lorsqu’elle ne peut pas présenter au magistrat le corps du délit; caV alors elle laisse exister des soupçons d’infanticide qui ne sauraient s’élever dans le premier cas.
(1) Un ëdit de Henri II, de février 1556, portait la peine de morf c^trs toute femme ou fille convaincue à’avoir celé sa grossesse et fait périr son fruit, né par moyens déshonnêtes ; et injonctions, sous les mêmes peines , à to( femme ou fille non mariée, de déclarer sa grossesse.
(2) Motifs du Code pénal, liv. 3, tit. 2, chap. 1. Le Code pénal de 1791 portait, part. 2, tit. sect. art. 32, que v quiconque serait convaincu d’avoir volontairement détruit la preuve de l’état civil d’une personne, serait puni de la peine de douze années de fers. »
Quelles sont les recherches médicales auxquelles la sjdppression de part peut donner lieu? Ce sont celles dont nous a^^s parlé on traitant de l’exposition de part, avec cette différei<ce, qu’on n’a souvent qu’une seule chose à faire, déterminer s’U^ a eu accouchement. Tout ce que nous avons dit à ce sujet ^ns notre première partie est exactement applicable à celle -d/r Je ferai seulement observer que l’utilité de préciser l’époqu^ de l’accouchement est ici moins nécessaire, tant que l’enfant /présumé appartenir à la femme n’est pas découvert. Il n’y a mnnt simple suppression de part lorsque l’enfant a été trouvé pr^que en même temps que les soupçons sont venus frapper la feanme: dans ce cas, il y a exposition de part, si l’enfant est vivaii^soupçon d’infanticide, si l’enfant est mort. Au reste, dans les ca^es qui caractérisent I, a suppression de part, l’enfant n’est point^’objet de recherches médico-légales S'il est rarement question^l’exposition de part devant les tribunaux, il n’en est pas toutyTfait de même de la suppression de part. Assez souvent dans un^ause où l’on n’a que des soupçons d’infanticide, l’absence dy corps de délit (l’enfant qu’on ne peut pas retrouver) donne à ^accusation la forme d’une simple suppression de part, quoique^plus d’une fois, sans doute, c’est bien l’infanticide qui a ét^^ommis. C’est principalement dans des cas de ce genre, que le^nagistrats appellent les médecins pour s’éclairer sur la suppression de part.
Quoiqu^’expertise relative à la suppression de part soit géné^ ralemen^oumise au médecin légiste dans les premiers jours qui suivenj/^l’accouchement, et que cela soit nécessaire pour éclairer la jiy/fice, il est des circonstances particulières où l’examen de la feinme, dans un temps fort éloigné, peut encore permettre d’être unie. Voici à ce sujet un fait assez curieux.
ne jeune personne simule la grossesse , et se dit enceinte dans l’espoir d’épouser son amant; vers le neuvième mois, elle tache son lit et le linge qu’elle avait sur le corps avec du sang de bœuf, et reste couchée pendant plusieurs jours pour faire croire qu’elle est accouchée. Une dispute s’élève entr’elle et son amant, et au
bout de deux ans, celui-ci réclame l’enfant dont il croit être le père; la jeune personne refuse de le produire, et est aussitôt accusée de suppression de part. Appelée devant le Juge d’instruction du département de la Seine, elle base sa défense sur ce qu’elle n’est jamais accouchée; ce qui fut constaté par MM. Capuron , Maygrier et Louyer-Villermay , qui furent chargés de la visiter (i).
fait suivais peut servir d’o^mple pour l’applica'^jpn ders counaisi^ces médicaJes dans les quesF^i
jns de suppression c^part
iTijpn
A...., âgée de 3o ans, domestique, habituellement bien portante, se plaignit, aux mois de juin et juillet 1827, d’une dysménorrhée qui parfois lui causait des étourdissemens , des douleurs d’estomac; cependant son ventre augmentait de volume chaque jour; on pouvait croire à sa grossesse. Lorsqu’on la questionnait à ce sujet, elle répondait que, étant réglée, elle avait marché pieds nus dans une mare; que, depuis ce moment, les règles n’avaient pas reparu, que sa santé n’était plus aussi bonne, et qu’enfin elle se croyait hydropique. Sont état ne lui permettant plus de rester près de ses maîtres, elle retourna chez ses parens. Le \l\ mars, deux mois après sa sortie, A.... dit avoir eu une forte hémorrhagie au milieu de la nuit, qui l’affaiblit à un tel point quelle fut obligée de garder le lit pendant deux ou trois jours. Le ventre n’était plus volumineux. Le maire de la commune , officier de santé , chargea un de ses confrères de visiter la fille A.... Le rapport de ce chirurgien constata qu’il n’avait trouvé aucune trace d’un accouchement récent. Cependant le ministère public crut devoir ordonner une autre expertise. A cet effet, il requit deux docteurs en médecine de lui faire connaître l’état d’A.... Voici le texte littéral du rapport :
« Nous soussignés, sur la réquisition de M. le Procureur du Roi , et après prestation de serment, avons procédé, dans le cabinet de M. le docteur Millet, l’un de nous, à la visite delà nommée A...,
(1) Capuron , Médecine légale relat. à l’Art des accouchemens .
âgée (d’environ trente ans , liabitante de la commune de
pr^iinée être accouchée depuis douze jours, nous avons reconnu : 1® que la face était légèrement colorée, les traits altérés ; la peau chaude , halitueuse ; le pouls fréquent , ample et souple ; la langue naturelle; 2° les seins tuméfiés, les veines, qui rampent à la surface ^de ses organes gorgées de sang et dilatées. Les mamelons couverts d’urfe légère couche b^ifiâtre , n’ont d’qjiford pointyf à la suite djjfne légère pression ^^^issé échapper .^e lait ; m^s le corps étranger enlevé et la pression ayant été continuée des"deux côtés, nous avons obtenu un fluide laiteux, épais et en abondance; 3-° l’abdomen était un peu tuméfié, l’ombilic saillant; la ligne blanche présentait un léger écartement plus considérable à sa partie moyenne; la peau était souple et sillonnée en divers sens ; l’espace compris entre la région ^inguinale et l’ombilic était couvert de vergetures livides, de rides et d’éraillures offrant le même aspect. Nous ferons remarquer que ces diverses altérations des parois du bas-ventre étaient d’autant plus abondantes qu’elles se rapprochaient davantage du pubis. La partie interne des cuisses laissait également apercevoir quelques marbrures ou vergetures; 4“ main gauche étant placée sur l’épigastre , tandis que le doigt indicateur de l’autre main était introduit au fond du vagin, on sentait, en repoussant en haut l’utérus, que cet organe était au-dessus du pubis; qu’il était plus lourd, plus volumineux qu’à l’état normal. Son orifice, à peine tuméfié, était souple, irrégulier, et laissait facilement passer un ou deux doitgs ; 5° les parties génitales donnaient issue à une matière épaisse , jaunâtre , dont le linge était taché, répandant une odeur acide analogue à celle produite par l’huile de poisson : les grandes lèvres très-dilatées, flasques, paraissaient avoir été tuméfiées récemment, le frein de la vulve était déchiré; 6® A.... nous a déclaré n’avoir eu d’autre maladie qu’une suppression de règles, suivie d’une hémorrhagie utérine très-abondante, le i4 de ce mois.
» D’après cet ensemble de faits , qui présentent une corrélation évidente, nous croyons pouvoir conclure , 1° qu’A.... est accouchée depuis dix à douze jours, sinon au terme de la grossesse, du moins
à une époque très-rapprochée du neuvième mois; a® que d’après la conformation du bassin , l’accouchement a pu être facile (i). Fait
à , ce a5 mars i8a8 »
‘ » Signé , V. Millet, D. M. Alex. GinACDEx, D. M. »
(1) L’ordonnance qui apcoinpagne ce rapport est si curieuse , et les réflexions de M. Lenret si intéressantes , que je crois devoir les transcrire en note.
La chambre des mises en accusation a rendu,l’ordonnance suivante :
« Considérant qu’une opinion de médecins, n’étant que le résultat d’une science conjecturale , ne peut suffire pour asseoir un jugement certain j
» Qu’A... est d’allleui's irréprochable dans ses mœurs, et que son état de grossesse apparente provenait d’une tout autre cause que celle indiquée par le rapport des médecins qui l’ont visitée 5 ^
» La chambre déclare qu’il n’y a lieïy à poursuivre.
» Ainsi jugé , à , ce 16 novembre 1828, «
Il résulterait de cet arrêt , 1" que la médecine est un art conjectural; 2“ que la prévenue n’est pas accouchée. ! \
Antoinette n’est pas accouchée l/Mais elle pre'^^ntait tous les signes de la sortie d’un corps volumineux et consistant, qui aurait séjourné dans l’utérus; signes physiques, sensibles, s’il en fût jamais; lait dans des seins, éraillemens, vergetures du ventre , développemenf de la matrice , écoulement des lochies , dilatation, flaccidité des grandes lèvres ,' déchirure du frein de la vulve, rien n’y manquait. Une hémorrhagie eût prodûlt tout cela!... Un corps volumineux et consistant t^It sorti par la vidv^^o^ l’avait-on mis ? Si ce n’était pas im enfjint.-^'pmivrpVr'î l’avaîPSïftwtwfrtTra tous/es‘regaç^sJ^.,*»«N«^''^
La médecine un conjectural ! Jusqu’à présent , la chirurgie , dont la pratique des accouche^ens est une des branches principales, avait échappé à cet anathème ; elle en e^'frappée à son tour. Pauvres médecins , que nous restera-t-il? D’un côté, on déclic notre incompétence dans les questions relatives aux altérations de l’intellijence ; de l’autre , la vanité de nos connaissances dans ce qui eoncerne les phénomènes physiques du corps humain. Je le répète, que nous restera-t-il ? L|T chimie , si exacte et si sûre , surtout quand elle nous indique les caractères des substances métalliques, dont les procédés nous font reconnaître la millième partie d’un grain d’un poison minéral, la chimie elle-même'', entre les mains du médecin, devient aussi une conjecture. Un homme meurt avec les symptôm^ de l’empoisonnement ; on retrouve le poison (c’était un sel de cuivre )