‹ De l'exposition, de la suppression, de la supposition et de la substitution de partChapitre 4 sur 5 · III. De la supposition de part · texte numérisé non relu

III. De la supposition de part

ne

La supposition de part est l’action de présenter un ^fant comme de telle femme, bien que cette femme ne soit pas accouchée.

Chez toutes les nations\civilisées, les exemples /ue supposition de part se sont présentés assek fréquemment. On conçoit qu’ils ont dû être d’autant plus nombreux, que l’inégalité /des conditions a été plus prononcée parmi les hommes, puisque yc’est par l’influence de l’opulence sur la misère queVcette action ^iminelle a presque toujours lieu.

Quoique ce crime en lui-mêAie soit ^in de révolter les sentimens naturels , il était quelquefois pimi , mv notre ancienne législation , d’une manière très-sévère (i) , pBi/e qu’il attente aux droits des familles, et relâche les liens sociauilL Le code de 1810 (art. 345, cité page 28 , lui inflige la peine de 1« r^lusion.

Dans les questions de suppqintion ae part, le médecin aura à examiner s’il y a eu accouchement, et siyenfant peut appartenir à la femme accusée. La chose sera facile, Varce que la simulation de l’accouchement est impos^le.

En général, la supposition départ est W crime que l’intérêt fait commettre; dans que^ues circonstances^ l’amour semble l’avoir produit. Une cause d& ce genre fut jugée ac^ assises de Pans, en^

clans les allraens qu’il avait laissés, on le retrouve cllçs son estomac, et on déclare cju’il n’y a pas/ lieu d’accuser.

Les considérans de l’ordonnance ci-dessus ne tendent à rièt moins qu’à anéantir la médecine légale et à priver la justice des importans ser\ces qu’elle peut en retirer 5 ils sont, en outre , en opposition formelle avec les aVicles 43 et 44 du code d’instructii^n criminelle.

(1) Les peiiyés étaient l’infamie et le bannissement, quelquefoi^a mort.

Par arrêtyflu Parlement de Paris , du 5 juin 1666, Marie Bigarreau, femme Boucllère /a été condamnée à être pendue, pour avoir souteim faussement qu’elle ét^t la mère de l’enfant dont la comtesse de Saint-Gérard étai\accouchéc, ( MEaLj/, Repert. de Jurisp. , tom. 13 , p. 331 . )

e son ante : elle

se faire jf l’enfant d’une

un fait qui nous^,f»^aît digne d’intérêt, de modèi«^u médecin légiste, dans

1820. c’étair amant , avait fut condamnée à Nous allons et qui d’ailleuiÿ des cas de/^tTpposition

F. T...., âgé de soixante-douze^s , cultivateur, habitant la paroisse de la Menitrée, département de Maine-et-Ix>ire , était marié depuis quatre ans à une femme de quarante-deux ans. Il n’était issu aucun enfant de ce mariage , lorsque, dans le courant de l’année 1829 , la femme T... déclara qu’elle était enceinte. En effet, on vit l’abdomen de cette femme augmenter graduellement de volume, et le 27 juillet 1829, elle fit annoncer, dès le point du jour, aux parSns de son mari, qui était absent, que se trouvant seule et privée de secours, elle avait mis au monde un enfant du sexe féminin; que ne pouvant avoir l’assistance d’une personne de l’art, elle s’était elle-même délivrée, avait fait la section et la ligature du cordon, et avait abandonné, à la porte de sa maison, la délivrance, qui avait disparu , sans qu’elle pût sa><toir ce qu’elle était devenue.

On trouva, à l’appui de ce qu’elle avançait, sa chemise ensanglantée et quelques traînées de sang dans la chambre ; quelques linges mouillés se voyaient aussi au pied du lit, et enfin, près d’elle, était couché un enfant naissant, qu’elle approchait de son sein qu’il refusait de prendre, ou qu’il suçait infructueusement.

Toutes ces circonstances semblaient se combiner si naturellement, que lé vieillard mêrne se flatta du bonheur inespéré d’être père; mais bientôt, ébranlé dans cette idée par les remarques et les insinuations de sa famille, il commença du moins à douter que cet enfant lui dût la vie, et dans son doute, il s’abstint provisoirement de le faire porter, sous son nom , sur les registres de l’état civil.

Ce fut sur ces entrefaites que M. le Procureur du Roi me pria

(1) Fod™

iD)EReC

. des Scienc. inéd. , '^KV^fs^Manuel de Méd. lég

de confl^ater : i° si l’enfant était récemment né; sîff^tait né de la femme T?w., ^

Je me transportai donc sur les lieux J^e^^à, je trouvai la femme

T couchée dans^i^lit, à droite de la je lui déclarai

que je me présentais , sur'i'a.simple invitatjcfn duProcureur du Roi, et avec l’agrément de son rn^i, j^^^^iter l’enfant'^’^elle venait de mettre au monde, et sur la légitimité duquel la clameur publique avait fait planer quelques soupçons.

Cette femme me dit quelle était accouchée l’avant-veille au matin , une demi-heure avant le lever du soleil, c’est-à-dire, le 27 juillet, sur les trois heures et demie ou quatre heures du matin. C’était alors le 29 , à neuf heures du matin; l’enfant devait donc avoir deux jours, ou cinquante-trois heures. Cette femme répugna d’abord à se soumettre à l’examen dont elle devait êtro l’objet , et je me vis obligé de commencer par l’enfant.

Je trouvai cet enfant sur les genoux d’une femme, auprès du feu. Il était du sexe féminin ; il pouvait avoir dix-sept à dix-huit pouces. Il était d’une force médiocre; ses tégumens étaient rouges, et l’exfoliation épide.rmique était en pleine activité. Le cordon ombilical était tombé dès le matin. L’ombilic, assez saillant, suintait au centre. Le cordon ombilical avait été enfoui sous terre, au pied d’un arbre, suivant le préjugé du pays. Je le fis déterrer; il était enveloppé d’un linge grand comme la main , lequel était imbibé de quelques taches d’un sang noirâtre et sec. Le cordon, long d’un pouce environ, était aplati, un peu vrillé, desséché, légèrement sanguinolent à l’une de ses extrémités, brunâtre et coupé net à l’autre. Il se trouva lié au centre par quatre tours d’un fil gris et double , serré par un double noeud , et les deux extrémités du fil , qui avait été vrillé, pendaient longues de deux pouces et demi environ. Le cordon flottait librement dans l’anse de la ligature, qui était devenue trop large pour ce cordon rétréci par la dessiccation.

L’enfant avait les cheveux noirs , longs et épais ; son cri était fort et plein; il s’agitait avec f^e et buvait à la tasse «ppc avidité; il ne rendait plus de çréconium; ses couches^^^ teintes

«n jaune; le pli des aines et des aisselles ne présentait pas la matière sébacée que les enfans apportent sur leur corps en naissant , et même la peau de ces régions commençait à suinter. La membrane pupillaire n’existait pas, et les ongles étaient formés.

Considérant, i® la coloration des tégumens; 2° l’exfoliation de l’épiderme qui se trouvait en pleine activité; 3" l’état de dessiccation et la chute du cordon ombilical qui n’avait point été arraché par force, mais qui était tombé spontanément, ainsi que le démontraient les phénomènes que j’ai signalés; attendu que l’épiderme n’est en pleine exfoliation que quelques jours après la naissance , et que, pour que le cordon ombilical se détache, il subit d’avance diverses altérations de forme et de consistance qui exigent le plus ordinairement un laps de temps de trois, cinq et même sept jours, ainsi que je l’ai démontré par les recherches auxquelles je me suis livré sur ce sujet; j’ai déclaré, 1“ que cet enfant avait plus de deux jours, et qu’il pouvait avoir de cinq à sept jours; 2® qu’il était né à terme , ft que probablement il avait reçu en naissant les secours d’une personne de l’art , parce que le cordon ombilical était lié trop méthodiquement, pour qu’il l’eût été par une femme surprise tout-à-coup par les douleurs de l’enfantement.

Cependant la femme T.... persistait à se dire la mère de cet enfant, et croyant m’en convaincre par son assurance, elle céda au désir que je manifestai de l’examiner.

Elle était douée de beaucoup d’embonpoint; son teint était rouge, ses membres robustes, ses cheveux noirs comme Ceux de l’enfant. Son pouls était agité, sa peau chaude; elle se plaignait de souffrir dans le ventre , qui était mou au toucher , mais dont les parois étaient épaissies par beaucoup de tissu adipeux.

J’ai trouvé les seins peu volumineux et nullement douloureux. Le mamelon était peu saillant, la glande avait un très-petit volume à chaque sein ; la peau de ces régions n’était ni crevassée , ni parsemée de veines bleuâtres, comme lorsqu’elle a été violemment distenduet ni flasque et flétrie, comme cela s’observe lorsque le lait abandonne tout-à-coup les seins, dans le cas de péritonite puerpérale.

Les parois de l’abdomen ne présentaient pas de lignes éraillées, le lit de la malade n’était pas garni , les draps n’étaient nullement tachés, et il ne s’écoulait absolument rien de la vulve. Les grandes et les petites lèvres n’étaient ni tuméfiées, ni rouges, ni excoriées; l’entrée du vagin était étroite, la fourchette intacte, et la malade urinait sans douleur.

En touchant cette femme , je trouvai le vagin étroit; il n’était pas plus lubrifié que dans l’état naturel ; le museau de tanche présentait sa forme accoutumée; il n’était ni tuméfié, ni large, ni irrégulier; la matrice , légère et libre , se laissait soulever facilement , et lorsque j’appliquai l’autre main sur la région hypogastrique, je n’y trouvai point la tumeur que forme le globeiutérin , surtout lorsque les lochies sont supprimées; enfin, la prétendue malade ne répandait pas autour d’elle l’odeur propre aux nouvelles accouchées.

De tous ces faits, je m’empressai de conclure, i° que cette femme n’était point récemment accouchée , et qu’il ne restait même pas de signes palpables d’aucun accouchement antécédent fk que l’enfant qu’on me présentait n’était pas l’enfant de cette femme; que par conséquent il ne pouvait être enregistré avec le nom du mari, ni jouir à l’avenir des avantages résultant de la communauté.

Vaincue par l’évidence des faits, la femme T.... finit par avouer sa supercherie, et convint quelle n’était pas la mère de l’enfant; mais ajoutant un nouveau mensonge à celui qu’elle était forcée d’abandonner, elle nous dit qu’elle avait trouvé par hasard cet enfant à sa porte, où sans doute on l’avait exposé pendant la nuit. Je lui fis remarquer que l’apparition de cet enfant coïncidait avec le terme de sa grossesse simulée, que par conséquent on avait dû le lui promettre d’avance, et que peut-être elle se l’était procuré au prix de l’or ; mais elle persista dans ses réponses , que mon ministère ne permettait plus de combattre ni de chercher à dévoiler. {^Journal hebcL de médecine ^ N” 48. — Août 1829, tom. 4*)

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