CHAPITRE VI
LA CURE A CONTREXEÉVILLE
« L’eau minérale est un médicament très sérieux : c’est un modificateur puissant de l’organisme », écrit Legrand du Saulle. Comme tous les médicaments actifs, il faut donc le prendre avec mesure, méthode. Il faut même, comme le conseille l’auteur que nous eitions plus haut, faire un petit traitement préalable : quelques purgatifs doux pour combattre une constipation habituelle, et autres précautions sur lesquelles nous n’insistons pas, car si elles peuvent être utiles, elles ne sont point nécessaires.
La cure consiste essentiellement en l’absorption d’eau à jeun. De suite, surgit une question : A quelle dose faut-il la prendre ? La réponse est variable. Car chaque malade est différent de son voisin, et l’on ne peut établir de règle égale pour tous. C’est pour cela que les buveurs se trouveront bien de consulter fréquemment les médecins de la station qui, par leur pratique des eaux minérales, pourront les guider sagement et sûrement vers l’amélioration qu'ils sont venus chercher.
Les lithiasiques, les graveleux sont encore, de tous les malades qui viennent à Contrexéville (arthritiques, goutteux, diabétiques), ceux qui supportent les plus grandes quantités d’eau. Mais il est indiqué de commencer pro-
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gressivement, par verre ou fraction de verre. Chaque verre contient de 30 à 33 centilitres. On augmente au fur et à mesure pour arriver au maximum de 6 à 7 verres. Ce chiffre est rarement dépassé et doit être atteint vers le milieu de la cure. Puis on va en décroissant jusqu’à la fin. LE |
L'heure à laquelle on doit commencer à boire a peu d'importance. Il y a quelques malades qui mettent une sorte de point d’honneur à commencer très tôt. On peut en voir se presser aux portes des sources bien avant leur ouverture. L’heure moyenne est 7 heures. Les verres doivent être pris à un quart d’heure ou vingt minutes d'intervalle. Les malades ont besoin d’être surveillés, car, souvent par entraînement réciproque, par une émulation mal comprise, un désir de faire mieux malencontreux, ils ont tendance à absorber de très fortes quantités d’eau : 4, 5, 6 ou même 8 litres. Maïs ces excès, qui étaient pourtant les ordonnances d’il y a quelque 70 ans, peuvent être et sont très souvent dangereux, donnant lieu à des accidents graves, parfois mortels.
Le malade, dans l’intervalle des prises, ne doit pas rester inactif en général. Il doit se promener dans les galeries, les jardins de l’établissement. D'ailleurs, l’effet des eaux le force à souvent changer de place. Quelques rares malades font leur cure couchés. Mais ce n’est qu’une exception, répondant à des indications un peu spéciales. L'exercice que prend le malade pendant l’ingestion d’eau minérale ne doit jamais être trop violent, provoquer la sueur. Le mieux est la promenade le plus tranquillement possible. La cure doit être finie chaque jour, une heure et demie ou deux heures avant le déjeuner.
Quelquefois, l’eau minérale est difficile à faire prendre aux malades pour des raisons très variables. Il est de re-
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marque courante que les dames sont impressionnées fàcheusement par sa température (11°). On se trouve alorg bien de faire chauffer légèrement l’eau au bain-marie.
Certains estomacs sont absolument réfractaires à l’eau pure. Legrand du Saulle dit qu’il a obtenu de très bons résultats et une acclimatation parfaite en faisant mélanger 1/6 de lait pour 5/6 d’eau minérale. Dans un cas où son malade ne supportait ni l’eau froide pure, ni le lait, il additionna l’eau d’un peu de sirop de baume de Tolu. En somme, il faut employer tous les moyens pour faire ingérer l’eau.
La plupart des malades doivent être soumis à un régime alimentaire spécial. Jusqu'à présent, il y avait une certaine difficulté à se composer un menu qui soit d’actord avec les prescriptions médicales. Mais nous pou- vons dire, d’ores et déjà, qu’il y aura très prochainement, installées à Contrexéville, des tables de régime, au moins dans un hôtel et sous notre direction. Les malades se trouveront donc dans les meilleures conditions possibles à tous ies points de vue pour obtenir un résultat parfait.
Après le déjeuner, les malades sont laissés libres. C’est l’heure des excursions, des promenades autour du village, promenades qui ne doivent jamais aller jusqu’à la fatigue.
On prescrit souvent un complément de cure dans l’aprèsmidi, environ cinq heures après le repas, lorsque la digestion est complètement terminée. Mais alors, on n’ordonne que quelques fractions de verre. Cette cure est bien moins importante que la cure du matin, de même que l’absorption d’eau minérale pendant les repas. Certains auteurs, et Legrand du Saulle en particulier, considèrent que l’eau minérale, prise pendant les repas, est plus nuisible qu’utile, mais depuis longtemps on à fait raison de cette erreur. Toutefois, on ne peut pas plus donner
de règle fixe pour cette coutume que pour le nombre de verres. C’est le médecin traitant qui doit ordonner les prises d’eau, leur heure, la façon de les prendre et leur durée.
Comme dans la plupart des villes d’eaux, la durée ordinaire de la cure est de 21 jours. [1 faut bien savoir que ce chiffre n’a absolument rien de fixe, qu’on peut. quoique rarement, l’abréger, qu’on peut aussi et qu’on doit souvent l’allonger et faire demeurer le malade 25 ou même 30 jours à Contrexéville. |
Les accessoires obligés du traitement consistent en bains, douches, injections, lavements. La durée et la fréquence des bains doivent être très surveillées par le médecin qui doit les adapter très étroitement au tempérament de son malade. Legrand du Saulle, qui a partieulèrement étudié l’action des eaux de Contrexéville, recommande vivement l’emploi de la douche.
La douche rectale, l’injection vaginale dans le bain ou simple, les bains de siège sont employés couramment et avec le plus grand succès comme adjuvants de la cure per 084 :
Un emploi curieux des eaux de C'ontrexéville, qui n’a d’ailleurs rien à voir à notre sujet, c’est son usage comme collyre. Cette propriété serait connue depuis très longtemps, environ vers 1720. Elle se retrouve encore actuellement dans les eaux des sources du Quai et du Prince. Tous ies habitants de la contrée qui avaient des maux d’yeux venaient se bassiner les paupières avec les eaux de la source. Ils en emportaient avec eux et les considéraient comme très efficaces. C’est du moins ce que nous dit Legrand du Saulle, dont l’étude des eaux de Contrexéville est très complète et très détaillée.