ACTION PHYSIOLOGIQUE DES EAUX DE CONTREXEVILLE
Avant d'étudier spécialement l’action des eaux sur l’appareil urinaire, sur les sables et les graviers rénaux et urétéraux, il est impossible de passer. sous silence leur action sur l’organisme tout entier, sur les différents appareils de l’économie.
Durand-Fardel, partant de l’idée que seul le bicarbonate de soude peut agir sur la diathèse urique, s’étonnait de voir les résultats obtenus par les eaux de Contrexéville qui ne sont que très faiblement bicarbonatées sodiques. Mais des constatations et du travail de Caulet, on peut conelure que « les auteurs s’accordent à reconnaître à la chaux et à la magnésie une action plus profonde qu’aux alcalins proprement dits, dans le traitement de la goutte et de la gravelle ». Les travaux de Debout d’Estrées, de Laborde, de Roy ont démontré que l’eau de Contrexéville a deux propriétés
1° Elle stimule la fibre lisse des voies digestives, biliaires, urinaires ;
2° Elle agit sur la crase sanguine, en débarrassant l’organisme de son acide urique.
Cliniquement, voyons comment se manifestent ces différentes actions
1° Appareil digestif. — 11 semblerait d’abord qu’une quantité aussi considérable d’eau et d’eau sulfatée caleique doive embarrasser l’estomac, être d’une digestion difficile, &« noyer l’estomac », suivant l’expression populaire. Il n’en est rien : l’eau est très rapidement absorbée. Il y à une sorte d’entraînement progressif de la muqueuse stomacale, qui fait que l’eau est vite prise par la circulation, ou passe très vite par le pylore. La muqueuse intestinale, elle aussi, devient promptement apte à laisser passer de grandes quantités d’eau. Au bout d’un quart d’heure, il ne resterait plus d’eau dans l’estomac : c’est” ce qui résulte de l’étude de Monsseaux sur les eaux des Vosges.
D'ailleurs, l’eau me se borne pas à traverser Ja muqueuse. Son action sur la musculature lisse se manifeste là d’une façon évidente. Presque tous les buveurs éprouvent dans la matinée de quatre à huit garde-robes diarrhéi-
ques et même liquides. Ces selles ont pour caractère d’être souvent d’odeur hydrosulfurée très marquée. Il y a là une véritable désinfection intestinale. Ce n’est pas seulenrent l’action de l’eau qui doit être vue dans ce phénomène, Les sels contenus, leur état moléculaire peut-être, ont une action. Nous citerons comme preuve un détail prosaïque, mais qui n’en est pas moins une constatation. A Contrexéville, on ne boit pas plus d’eau que dans les stations voisines, Vittel par exemple. Mais tandis que dans cette dernière station, les 40 ou 50 cabinets de nécessité suffisent aux buveurs, dont le nombre est en général égal à celui des buveurs de Contrexéville, dans cette station on fait littéralement queue aux 200 ( retiros » qui
EME Ex
sont mis à la disposition des malades. Or, comme les eaux de Contrexéville sont beaucoup plus minéralisées que les eaux de Vittel, puisque nous avons pris cette station pour exentple, il faut bien admettre que les sels ont une action incontestable.
De plus, très souvent, on voit les malades rejeter dans
ieurs selles des petits corps ovoïdes dont l’examen décèle la nature biliaire. Il y a là une action manifeste sur le foie et le vésicule qui est loin d’être négligeable. Sans avoir une influence aussi nette et aussi sûre que les eaux de Vichy sur la lithiase biliaire, nous devons remarquer qu’à Contrexéville, les lithiasiques biliaires peuvent être améliorés. Nous savons, d’ailleurs, la fréquence de la coexistence des deux sortes de lithiase.
Ce que nous venons d'étudier est une action d’excréüion. Il y a plus. Un des premiers phénomènes est l’augmentation considérable de l’appétit. Ce qui peut devenir un écueil, car le malade, se sentant renaître, éprouvant le besoin de manger impérieusement, se laisse aller sans mesure à sa faim et peut ainsi entraver l’action curatrice des eaux. Avec les « tables de régime » qui seront sous peu installées, ceci aura moins de portée. Mais les médecins doivent encore y faire attention.
Très rarement, la constipation ne cède pas. On peut alors donner aux malades quelques légères doses de magnésie qui peut amorcer le flux intestinal. L’action des eaux le continue d’elle-même.
Quelquefois enfin, sur des malades ayant un intestin atteint d’entérite, on peut observer une diarrhée profuse, qui peut devenir sérieuse, et demander une intervention médicale. Les amers recommandés par Legrand du Saulle et les astringents auront vite fait de la réduire à sa juste mesure et la cure pourra être continuée tranquillement.
2) Tee
2° Appareil circulatoire. Sang— Dès l’ingestion des premiers verres, la tension sanguine augmente. Et on constate parallèlement une légère diminution (qui n’est d’ailleurs que relative) du nombre des globules rouges. Cette tension, liée à l'absorption de l’eau par les muqueuses digestives, est d’autant plus élevée que l’ingestion est plus rapide et aussi que le système vasculaire est moins parfait. Il se produit de ce fait ce que les médecins des stations minérales connaissent bien, un état caractéristique : céphalalgie, vertige, bourdonnements d’oreilles, enfin l’ivresse hydro-minérale. Cette élévation de la tension, ou cet état d’ivresse peuvent durer jusqu’à l’établissement de la diurèse, ou des évacuations alvines. Alors il se produit une détente notable, une sédation de tous les symptômes. La tension vasculaire baisse rapidement et descend en général au chiffre le plus bas observé chez le malade.
Quelquefois cette hypertension passagère reconnaît un autre mécanisme que l’ingestion d’un volume abondant d’eau minérale. Elle peut être précoce et réflexe et paraît due, dans ces conditions, à l’ingestion de l’eau froide.
Quoi qu’il en soit, il découle de cette constatation que toujours les médecins doivent surveiller de très près leurs malades. On a cité à Contrexéville des accidents graves, parfois mortels. Nous devons reconnaître que le plussouvent les malades sont responsables des accidents qui leur arrivent. Tel goutteux, affaibli, débilité, a pour voisin un graveleux bien portant, vigoureux, supportant admirablement les eaux, en buvant impunément des quantités considérables. La phrase fatidique : « Faites donc comme moi, je m'en trouve si bien ! » ne tarde pas à arriver. Et le goutteux fait des accidents graves.
On a vu des congestions locales aiguës, des hydrothorax graves, parfois mortels, des ascites, des ruptures
PA FA REA vasculaires, être liés à l’ingestion inconsidérée d’eau minérale, chez des sujets dont le système vasculaire était adultéré et qui présentaient déjà de l'hypertension avant la cure.
Il faut done surveiller avec soin le volume d’eau qui doit être absorbé et, au besoin, avertir le malade des accidents auxquels il s’expose en dérogeant aux règles qui lui sont imposées.
En même temps que ces effets digestifs et vasculaires, le malade ressent un accablement général, de la courbature, quelquefois de la cuisson le long de l’urètre. Ces troubles relèvent du surmenage auquel l’organisme du malade est soumis en quelque sorte, du travail auquel sont soumis ses organes. Mais ils ne sont que passagers et le malade, éliminant des toxines par ses reins et par son intestin, ne tarde pas à sentir une vie nouvelle entrer en lui. 1
L’insomnie est souvent observée au début de la cure. Le malade est travaillé par les eaux. Ce symptôme ne devient inquiétant que par sa durée. Quelques faibles préparations narcotiques en ont facilement raison.
Les effets du traitement externe sont très complexes. On peut les rapporter soit à l’eau, soit à ses sels.
Les douches, maniées avec une grande prudence, excitent la peau, activent la circulation. Cette action prolongée quelques minutes a de grands effets thérapeutiques. En sortant de la douche, on se sent frais, dispos, vigoureux et cette sensation de bien-être dure assez longtemps.
Se TOURS