HISTORIQUE
L'idée de l'extension continue remonte aux premiers âges de la médecine; nos premiers maitres, en effet, ne pouvaient ne pas être frappés par le raccoureissement qui était la conséquence des fractures du fémur, et, dans leurs efforts à faire sortir la science de l'obscurité qui l'entourait, devaient en étudier les causes et chercher à en corriger les effets. Les écrits d'Hippocrate témoignent déjà de ces efforts et nous trouvons décrit un appareil pour la réduction des fractures et des luxations, qui, disait-il, doit faire disparaitre une conséquence, cause de beaucoup de honte et de dommage pour le chirurgien.
Les Arabes, imités par bien des modernes (Heister, J.- L. Petit, Duverney, Schneider, Gariel. lacs en caoutchouc), passaient entre les cuisses du blessé des lacs pour en ramener les chefs à la tête du lit, où ils étaient fixés, tandis que d’autres lacs, partant du genou ou de l'extrémité inférieure de la jambe venaient se fixer au pied du lit.
Guy de Chauliac et d’autres suspendaient des poids à
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une corde attachée à la partie inférieure du membre et passant ensuite sur une poulie fixée au pied du lit.
Frappé des inconvénients à laisser le malade dans une position invariable pendant toute la durée du traitement, Desault inventa son attelle pour l'extension et la contreextension: elle présente bien l'avantage de faire une seule pièce du bassin, de la cuisse, de la jambe et de ne pas permettre des mouvements partiels qui souvent changent les rapports, mais la puissance contre-extensive est souvent insuffisante et l'extension, agissant dans une direction oblique en bas et en dehors, loin de combattre le déplacement suivant la circonférence, ne fait que le provoquer. La pression des lacs extensif et contre-extensif détermine aussi des escharres. Gerdy ajouta à l'appareil une attelle interne sur laquelle il fit l’extension.
L’attelle mécanique de Boyer n'eut pas plus de succès.
Poti le premier eut l’idée de relâcher les muscles par la demi-ftexion.
Il faisait placer les malades sur les côtés; mais la gêne de cette position, la pression douloureuse qu'éprouvait la région trochantérienne et surtout le déplacement suivant la circonférence qui avait presque toujours lieu, parce que le fragment inférieur, étant fixé, ne pouvait suivre le mouvement de rotation que le malade imprimaitau fragment supérieur en cherchant à changer de position, tous ces inconvénients ont engagé les chirurgiens quireconnurent les avantages de la méthode de Poît, àla modifier pour les faire disparaitre.
Les appareils à plans ineclinés de Ch. Bell, de A. Cooper, de Dupuytren sont nés de l'idée de Pott, Pour empêcher
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le chevauchement et trouver une force qui s’y opposât directement, Dupuytren plaçait sur son double plan incliné des oreillers assez élevés pour que la fesse du malade ne reposât point sur le lit. Il entourait le membre dans un bandage à chefs; deux attelles, étendues du bassin au genou, placées sur des coussins de remplissage et serrées par trois lacs maintenaient les fragments en rapport; le bas de la jambe, dont le talon ne posait pas non plus sur le maielas, était fixé au moyen d’un drap plié en cravate qui venait s'attacher de chaque côté aux barres de la couvchette.
De cette manière la jambe retenue ne pouvait être entrainée par la cuisse et le bassin, ne reposant pas sur le lit, formait par son poids une sorte d'extension continuelle. Cemme inconvénients, les coussins se déprimaient facilement, les attelles latérales se moulaient imparfaitement sur les formes du membre, le creux du jarret était souvent le siége de vives douleurs. L'appareil polydactyle deJules Roux présente quelques avantages sur le précédent, mais il n'a pas répondu à l'attente des chirurgiens.
Pott, pour défendre sa théorie, s'était appuyé sur ces principes vrais dans l’immense majorité des cas, des muscles, vient toute la difficulté de la réduction, leur résistance dépend de lajposition du membre quiles met dans un état de tension. Cesidées ne fureul pas adoptées en France; Desault les combhattit vivement et, à cause de l’autorité attachée à son nom, réussit à les faire rejeter. Bonnet fit des expériences qui eurent un grand retentissement ; l’extension continue avec demi-flexion paraissait définitive-
Arami 9
ment condamnée en France et il fallut Malgaigne pour montrer combien étaient fausses les expériences du chirurgien de Lyon.
Malgaigne modifia ainsi le double plan incliné de Dupuytren. 11 se sert de deux planchettes unies à charnière, avec une semelle fixe au bout de la planchette jambière ; chaque côté des deux planchettes est muni dans toute sa longueur de deux rebords formés par de minces languettes de bois pour empêcher les coussins de glisser. Pour fixer le degré de flexion, il suffit d'une courroie ou d’un fort ruban allant d’une planchette à l’autre. Lorsque le poids du bassin incline trop fortement l'appareil en dedans, on remédie à cet inconvénient en clouant au bas de la planchette jambière une barre transversale qui en assure l’aplomb et la solidité.
Citons encore comme appareils le double plan incliné de M. Duval, l'appareil de Gaillard, etc.
C’est en 1855 pour la première fois que nous voyons apparaître un appareil avec demi-flexion ; il est dû à Ferdinand Marlin. Destiné au traitement des fractures obliques du corps du fémur, il est fondé sur le principe ressortant des deux propositions suivantes formulées par l'auteur, à savoir : 1° Que l'extension permanente ne peut être utilement employée lorsqu'elle s'exerce sur des organes musculaires où ligamenteux tendus; 2? que la demi-flexion étant la seule position qui mette toutes les parties environnant l'articulation coxo-fémorale dans l'état du plus grand relâchement, c'est cette attitude qu'il faut choisir pour pratiquer l'extension. En conséquence, l'appareil de Ferdinand Martin a pour double but d'im-
ie à
mobiliser le membre dans un degré de flexion donné et d'exercer en même temps une extension permanente directe. Une attelle articulée externe, compliquée, remplit la première indication. L'extension prend son point d'appui sur la partie supérieure et postérieure de la jambe fléchie ; la contre-extension sur un are métallique entourant le bassin. Cet appareil est difficile à décrire sans figure. Son application serait moins difficile qu'on ne serail tenté de le croire, d’après la multiplicité des détails que comporte la manœuvre. Son mécanisme diffère notablement de celui de tous les autres plans inclinés, par la manière dont il exerce l'extension en se servant de la jambe fléchie pour point d'appui, et par la possibilité de donner au membre divers degrés de flexion, de rotation en dedans ou en dehors. Mais il n’est pas à l'abri de tout reproche. Sa construction est fort compliquée et coûteuse. Il condamne le malade à une immobilité absolue, circonstance qui, pour beaucoup de chirurgiens constitue une contre-indication à son emploi. Les moyens de contre-extension, et principalement la ceinture métallique, causent une gêne notable. Le point d'appui sur le plateau lombaire est incommode. Enfin, pour peu que l'extension soit opérée avec une certaine force, la courroie jambière détermine une pression douloureuse, difficilement supportée et qui peut même produire des eschares, ce qui est arrivé dans un cas à l’Hôtel-Dieu où c'pendant l’application avait été faite par l'inventeur lui-même.
Au mois de décembre 1868, M. le professeur Le Fort présentait à la Société de chirurgie un autre appareil à extension continue. Il comprend les parties suivantes
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une ceinture de cuir renforcée par un arc métallique et formée de deux valves séparables en avant et en arrière, peut être plus ou moins élargie suivant qu’on a affaire à un individu plus ou moins chargé d'embonpoint. Ces deux valves glissent sur une lame horizontale, qui sert en même temps de plan de sustentation et pare à l'affaissemeut inégal des matelas; elle peut aussi servir à soulager le malade, lorsqu'il est besoin de placer sous le siège un vase ou des alèzes. Cette ceinture, doublée d’un coussin matelassé, s'applique exactement sur les saillies et les dépressions du bassin et donne déjà un point d'appui à la contre-extension. Mais les deux principaux points d'appui sont pris sur l’ischion et, si besoin est, dans l’aisselle.
Le point d'appui ischiatique est pris au moyen d’un are métallique disposé de manière à s'appliquer sur l'ischion par une face et non par un bord tranchant.
Cette pièce, fixée au côté interne de la gouttière, est mobile au niveau de sa jonction avec la tige qui la supporte au moyen d’une double articulation, et peut ainsi suivre, sans quitter l’ischion, fous les mouvements qu'on imprime au membre. La pression qu'elle exerce sur l'ischion peut être augmentée ou diminuée au moyen de la crémaillière qui porte la tige.
Le point d'appui axillaire est pris au moyen de deux béquillons, dont on augmente à volonté la longueur et qui peuvent être facilement enlevés.
La gouttière métallique, sur laquelle repose le membre, se rattache à la ceinture au moyen d'une articulation à noix ce qui permet tous les mouvements.
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L'extension peut être faite de différentes manières, Si on veut prendre point d'appui sur le mollet, la jambe étant fléchie sur la cuisse, il suffit d'agir au moyen d'une clé sur la crémaillière dont sont munis les bords de la gouttière pour allonger la partie erurale de l'appareil. Si l'on veut prendre point d'appui sur la jambe et le pied, on laisse le membre dans la rectitude et l’on allonge soit la partie crurale au moyen des crémaillières, soit la partie jambière au moyen d'une vis placée sous l'appareil.
On peut aussi prendre son point d'appui sur le fémur lui-même et sur le fémur seul: il suftit alors de dévisser les deux écrous mobiles qui existent au niveau du genou pour supprimer toute la partie inférieure de lappareil.
Pour appliquer les lacs extenseurs, on se sert de bandelettes de diachylon, ayant environ deux fois la longueur de la cuisse du malade. Prenant successivement chacune des bandelettes, on en applique une des extrémités sur la face antérieure de la cuisse, vers la racine du membre au niveau, par exemple, de l'épine iliaque ; on la mène obliquement en bas, en suivant le trajet du couturier, jusqu'à ce qu'on soit arrivé au niveau de la tubérosité interne du fémur; là on la replie sur elle-même et la ramène en haut sur la face postérieure de la cuisse jusque vers l’ischion. A côté de cette bandelette, on en applique une autre en ayant soin de les faire arriver en bas, au même point que les précédents. En opérant ainsi des deux côtés et entourant la cuisse de quelques bande-
—lettes circulaires non serrées, on a, au niveau du genou,
deux anses latérales solides, dans lesquelles on passe un lien que l'on fixe aux anneaux qui terminent en bas les tiges latérales de la gouttière crurale.
Cet appareil est applicable à droite et à gauche.
Il à l'inconvénient de ne pouvoir être fabriqué extemporanément; mais on peut, surle même principe, construire partout et très-simplement un appareil qui remplira à peu près les indications. Il n'est besoin pour cela que d'une béquille, d'une attelle, d'un morceau de bois et de quelques clous. On coupe une béquille ou un manche à balais, auquel on adopte un béquillon de manière à ce que sa longueur dépasse de 20 à 30 centimèetres la distance de l’aisselle à la plante du pied. On cloue à son extrémité inférieure une planchette, de 20 centimètres de longueur, dans le milieu de laquelle on perce deux trous ct dans cette planche on fixe l’attelle interne qui par son extrémité supérieure échancrée et bien rembourrée doit appuyer sur l’ischion. Des bandelettes de diachylon, appliquées le long de la jambe et se repliant sous le pied, où elles forment une anse, servent à laisser passer une corde, qu'on engage dans les deux trous de l'étrier ct qu'on noue solidement. Un bâton, passé dans cette anse de corde, fait office de garrot et donne le moyen de pratiquer avee autant de force qu'on le désire, lPextension permanente.
Quelques années avant, M. Le Fort avait guéri de cette façon une pseudarthrose du fémur.
Avant de décrire les autres appareils, l’attelle améericaine, l'appareil Hennequin, il nous paraît intéressant de passer en revue l'opinion des principaux chirurgiens sur le résultat des fractures du fémur.
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D'après Velpeau, il nv a de la celaudication que si le raccourcissement dépasse deux centimètres; 11 raison en est que le bassin s'incline vers le membre le plus court et compense ainsi fe manque de longueur. En parlant des divers appareils, l'illustre chirurgien remarque que la plupart d’entre eux sont impuissants à empêcher le raccourcissement et produisent des eschares, de l’ankylose, des troubles cireulatoires inquiétants. C'est seulementà ce prix qu'on peut employer ces machines compliquées ef, en somme on a toujours un raccourcissement de 6 millimètres à 2 centimètres. Le meilleur appareil serait celui qui, tout en étant le plus simple, maintiendrait le fémur fracturé dans un état de coaptation suffisante pour que la consolidation pût avoir lieu avec un raccourcissement n'excédant pas un centimètre.
Nélaton est tout-à-fait du mème avis. « Une fracture du « fémur, chez un adulte est toujours une blessure grave, « en ce sens quelle exige un séjour au lit assez long et « surtout à cause du raccourcissement du membre, qu’il « est presque impossible d'éviter d’une manière com- « plète; aussi Boyer recommandait-il d'annoncer, dés les « premiers jours, la possibilité de cet accident aux pa- « rents du blessé. Chez les enfants, au contraire, il est bien plus facile de prévenir le raccourcissement. »
Malgaigne, avait essayé tous les appareils à fracture et satisfait par aucun, il s'exprime ainsi dans son traité des fractures et des luxations : « Les fractures de cuisse « veulent pour se consolider deux ou trois mois, quand « les fragments ont chevauché et ne se touchent que par « leurs faces latérales. Lorsqu'on ne parvient pas à ra-
Éérer
mener les fragments chevauchés bout-à-bout de manière qu'ils s'opposent eux-mêmes à la rétraction du membre, il est impossible de conserver au membre sa longueur normale, quels que soient l'appareil et la méthode que l’on mette cn usage. À une époque fort rapprochée de nous, Desault prétendait guérir toutes les fractures sans raccourcissement et son journal en contient plusieurs exemples. A l’imitation de Desault, nombre de praticiens ont varié, corrigé, perfectionné les appareils à extension permanente et ont dit en avoir retiré des succès aussi complets. Je dois dont déclarer ici de la manière la plus formelle que 7e n'ai jamais rien obtenu de semblable, soit en usant d'appareils à moi propres, soit en appliquant ceux des autres, soit en invitant même plusieurs inventeurs d'appareils à les appliquer dans mon service..... Bref, quand les fragments ne se sont point quittés, ou bien quand on les a ramenés à un contact maintenu par leurs dentelures réciproques, il est facile de guérir la fracture du fémur sans raccourcissement ; en dehors de ces deux conditions, la chose est tout simplement impossible. »
Les conclusions de Malgaigne furent adoptées par tous
les chirurgiens qui exercerent après lui et lorsque le doc-
teur Desormeaux présenta à la société de chirurgie le
premier appareil du docteur Hennequin, le docteur Des-
prés ayant mis en doute la supériorité de cet appareil et
étant fait fort de guérir avec n'importe quel appareil
une fracture du fémur de manière à n'avoir qu'un centi-
mètre à un centimètre et demi de raccourcissement.
Broca intervint en ces termes: «Je ne puis laisser passer ce que vient de dire M. Després. Selon lui, on guérit avec n'importe quel appareil les fractures de cuisse, de manière à n'avoir qu'un centimètre à un centimètre et demi de raccourcissement. C’est là une énormité, que nous ne pouvons laisser insérer dans nos bulletins sans protestation. Même avec les meilleurs appareils, on n'arrive pas à ce résultat. Assurément, il existe sur ce point, une lacune dans la thérapeutique chirurgicale et nous devons encourager les efforts de ceux qui tendent à la combler. »
Ces citations nous montrent combien les différentes
facons de pratiquer l'extension continue avaient peu ré:
pondu à l'attente des chirurgiens ; Gosselin, dans sa cli-
nique, trouve tous les appareils employés bien imparfaits
et parlant du dernier appareil du docteur Hennequin, il
s'exprime ainsi :
« Depuis quelque temps, M. Hennequin a modifié son appareil en vue de rendre l’extension moins douloureuse et la construction du bandage plus facile pour le chirurgien et moins dispendieuse.
« J'ai deux fois, dans le courant de l’anné: 1877, employé cet appareil nouveau, dans lequel l'extension et la contre-extension sont toujours faites sur le membre fléchi et dont le pied repose sur une chaise tout le temps du traitement, Les tractions ont été moins douloureuses et beaucoup mieux supportées qu'avec l’ancien appareil Je l’ai attribué à ce que les poids destinés à former l'extension ont été augmentés progressivement. J'ai d’abord mis dans le sae placé à l’exirémité de la corde
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« destinée à l'extension quatre kilogrammes; deux jours « après j'ai mis cinq, puis six et en dernier lieu huit « kilogrammes. J'augmentais d'un kilo lorsque je voyais « que le poids précédent avait été bien supporté pendant « deux ou trois jours. »
Ainsi donc en 1877, cet appareil modifié, a montré sur les appareils qui l'ont précédé, une grande supériorité; Gosselin ne nous dit pas quel a été le raccourcissement. Nous avons cherché dans les auteurs d’autres renseignements, croyant qu'un tel appareil était entré dans la pratique et nous n’avons pas été quelque peu surpris de le trouver à peine mentionné. A l’article cuisse du dictionnaire encyclopédique, Spillmann, après avoir parlé d’un nouveau rapport du docteur Desormeaux sur les allongements possibles du fémur, tout en proclamant que le nouvel appareilest le plus parfait des appareils connus jusqu'à ce jour, recommande de se méfier de l’enthousiasme du premier moment et dit qu'il ne l’a pas encore employé. Hamilton reproduit les quelques mots de Gosselin sur le deuxième appareil et ne parle pas de son emploi en Amérique.
Dans ce dernier pays, il ne paraît pas qu’on ait été plus heureux dans l'emploi des nombreux appareils à extension continue. En effet, nous lisons dans Hamilton : «Dans un procès intenté à un chirurgien de New-York qu'on accusait d'avoir traité contre les règles une fracture oblique, comminutive et d’ailleurs compliquée du fémur, près des condyles, le docteur Mott déclara qu'après une fracture du fémur, méme dans les circonstances les plus favorables, on observe constamment un raccoureissement plus ou moins prononcé du membre ».
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L'auteur nous fait aussi part d'une communication de
Jonathan Kniht de New-Haven, ancien président de l’Assoclation médicale américaine :
« Je n'ai vu chez l'adulte que bien peu de fractures, à moins qu'elles ne fussent des plus simples, qui n'aient point laissé après elles quelque déformation ; déformation souvent assez légère pour ne point compromettre les fonctions du membre, mais dans d’autres cas considérable et qui paraît n'avoir pu être évitée. » Cependant, dit-il, chez les enfants, dans la grande majorité des cas, le résultat s’est tellement approché de la perfection qu'il n'y a eu ni déformation, ni claudication marquée. »
Hamilton donne encore les appréciations de beaucoup
de chirurgiens et à propos des résultats fournis par les
derniers appareils et entre autres par celui d'Hennequin, il s'exprime ainsi :
« C’est toujours un devoir pénible que de mettre en doute l'exactitude des affirmations d’un autre chirurgien, à propos de choses qu'il a été seul à voir et à faire. Les circonstances qui peuvent justifier une telle incrédulité, alors que le témoignage contesté vient, comme dans le cas actuel, de gens dont le talent et la loyauté ne sont pas contestables, ces circonstances, dis-je, doivent être extraordinaires. Telle est à mon sens la circonstance où nous nous trouvons. Il est, à coup sûr, fort extraordinaire que quelques chirurgiens dont les procédés et les appareils sont connus de tous, arrivent à faire ce que presque tout le monde, en dehors d’eux, en employant les mêmes moyens, se recon-
naît incapable d'obtenir. C’est ici néanmoins le cas ; et notre manque de confiance dans les affirmations de ces chirurgiens n’est que le résultat nécessaire de notre expérience personnelle et de l'expérience de la grande majorité des chirurgiens, qui tous protestent avec nous. « Je pourrais très bien considérer la question comine tranchée et n’invoquer d'autre argument que celui qui est tiré du témoignage unanime des cliniciens, s'accordant à reconnaitre qu'ils ont rarement vus dans leur pratique les fractures du fémur se consolider sans plus ou moins de raccourcissement: mais je ne saurais résister au désir de donner de la fausseté de l'opinion adverse une preuve que nous fournissent ceux-là mémes qui ont revendiqué l'honneur d’avoir obtenu de si merveilleux résultats.
« Ce n’est pas, comme ou pourrait le croire, avec une méthode unique, fondée sur un principe spécial, et plus parfaite que toutes les autres, que ces résultats ont été oblenus. Au contraire les méthodes employées ont été toujours dissemblables, et quelquefois absolument opposées dans leurs caractères essentiels. »
Un autre appareil a été préconisé dans ces dernières
années; c’est encore un appareil à extension continue, mais le membre est dans la position rectiligne: il est connu sous le nom d'attelle américaine ou appareil à sparadrap. Décrit dans le bulletin général de thérapeutique de 1875 par le docteur Eugène Bœckel, il a trouvé de remarquables défenseurs dans MM. Duplay chirurgien des hôpitaux et Delarabrie interne, qui, dans les archives générales de médecine de 1882, le décrivent de nouveau
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avec quelques perfectionnements et parlent des résultats qu'ils en ont obtenus. L'idée de cet appareil est, comme son nom l'indique, d'origine américaine et parait dûe à Gilbert de Philadelphie. Ce sont lestravaux de Volckmann qui l'ont vulgarisée en Europe et ont multiplié ses applications.
Avec des sparadraps, une poulie, un poids et une ficelle, on peut l'improviser partout et l'adapter à des sujets de toutes les tailles. Voici son mode d'application ; le membre rasé, on prend une longue bandelette de sparadrap de 5 à 7 centimètres de large qu'on applique bien exactement sur l'une des faces latérales du membre depuis l'endroit malade jusqu’à la malléole; puis on la recourbe autour de la plante du pied à une certaine distance de manière à former une anse libre et on l’applique de nouveau symétriquement sur la face opposée du membre. Cette anse longitudinale est fixée par des circulaires en sparadrap quicommencentà quelques centimètres au dessus des malléoles. Les extrémités supérieures de l’anse sont rabatlues sur la dernière circulaire pour prévenir leur glissement et le tout est encore assujetti par un bandage roulé, dont quelques tours couvrent le pied pour prévenir linfiltration de cette partie.
Dans le milieu de l’anse plantaire, on colle une traverse en bois, un morceau d'attelle par exemple, un peu plus: long que l’écartement des malléoles et qui empêche ces dernières d’être excoriées et la bande de se rouler en corde. On peut y passer un crochet pour fixerplus facilement la ficelle qui supporte le poids.
Le sparadrap ne doit pas être irritant, il doit être étendu
sur une toile assez forte pour ne pas se déchirer sous les poids. La contre-extension est appliquée au moyen d’un tube en caouthouc, qui passe dans le pli de l’aîne et celui de la fesse et dont les deux bouts sont fixés au montant supérieur du lit. Seulement il faut prendre garde qu'il ne comprime pas les vaisseaux fémoraux et ne donne lieu à des ædèmes. On peut encore mettre le tube en diagonale sur le périnée et fixer la branche antérieure à l’un des montants du lit et la postérieure à l’autre.
MM. Duplay et Delarabrie emploient deux bandelettes au lieu d’une pour éviter les glissements occasionnés par une forte traction. La première moins large s’entrecroise plusieurs fois en avant et en arrière de la jambe avant d'arriver au genou où elle se termine. La seconde superposée s'applique simplement sur les faces latérales du membre.
Pour la contre-extension, ces messieurs reprochent au tube eu caouthouc de comprimer les vaisseaux fémoraux et de produire de l'ædème; de plus, s'appuyant, si l’on n’y prend garde, plutôt sur la cuisse elle-même que sur le bassin, il peut produire un soulèvement du fragment supérieur du membre et finalement une consolidation angulaire, d'où un raccoureissement et une déformation du membre.Pourêtre efficace, la contre-extension doit agir uniquement sur le tronc; voici la modification : on se sert d'une sorte de lacs en forme de cravate, rembourré d'une couche de ouate épaisse de un à deux centimètres, large de deux travers de doigt. La partie moyenne de ce lacs placée en dedans du pli de l’aîne prend son point d'appui sur les branches ascendantes de l’ischion et descendante
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du pubis. Le chef postérieur, passant en arrière sur la fesse, contourne la moitié du bassin correspondant au côté de la fracture et vient rejoindre le chef antérieur avec lequel il se noue au-devant de l'abdomen. Pour maintenir ce lacs complètement appliqué au bassin et l'empêcher de glisser vers la cuisse, comme cela arrive presque inévitablement, on lui adapte un troisième chef médian qui, prenant son point de départ près du milieu dela cravate au niveau de son application sur le sacrum, contourne l'autre moitié du bassin et vient rejoindre les deux autres extrémités auxquelles il se noue également. C'est dans l’anse formée en avant de l'abdomen par cette triple réunion que passe le tube en caouthoue qui va s'attacher aux deux montants du lit.