CHAPITRE V
Observations
Il ne saurait entrer dans le plan de notre travail de dépouiller totalement les mémoires français et étrangers qui fourmillent d'observations d’extirpations de tumeurs ganglionnaires tuberculeuses. Ceux des mémoires allemands que nous citons dans la quatrième partie sont riches en analyses cliniques qui affectent la forme statistique et dogmatique. Il en est de même des mémoires anglais. À ceux-ci nous empruntons des faits qui viennent grossir les nôtres, sans d’ailleurs y rien
ajouter.
Observation I, — D' LarREy (Clinique chirurgicale, t. IT)
Nicolas Moret, âgé de 40 ans, agriculteur, constitution assez robuste, mais idiosynerasie scrofuleuse, présentait au côté gauche du cou une tumeur lobulée, peu mobile, indolente, sans changement de couleur à la peau, s'étendant de la région mastoïdienne, le long de la mâchoire, en remplissant toute la gouttière profonde du cou jusqu’au larynx ; elle faisait au-devant de l'os malaire une saillie du volume des deux poings. Elle grossissait depuis dix ans. — Après avoir inutilement subi plu-
sieurs traitements, il se rendit à Paris, chez Larrey père, qui décida de faire l'opération sur-le-champ. — Incision parallèle à la mâchoire; trois autres la coupent à angle droit, la première sur le bord antérieur du sterno-mastoïdien, la seconde passant par le centre de la tumeur, la troisième suivant la ligne médiane du pharynx. On enleva plusieurs glandes, dont l’une, de forme ovalaire, grosse comme une amande, était logée dans la gaine celluleuse de la carotide primitive. On comprima l'artère. tout en se tenant prêt à la lier en cas d'accident, incision de la gaine celluleuse et ablation de la glande. Pas d'accident. Lavage de la plaie ; sutures, excepté à la partie inférieure. — Dans la nuit du troisième ou quatrième jour, léger mouvement de fièvre traumatique. Le neuvième jour, les sutures tombent, réunion médiate ; le trentième jour, l’orifice par lequel passait le pus, est fermé: et le malade part guéri, sans récidive, le quarantième jour après l'opération.
Observation II. — Mémoire sur les tumeurs ganglionnaires de la région cervicale (Clin. chirurg. de Hôp. mil., BÉGIN.) MALLE, Arch. Mmédicales de Strasbourg, 1886, t. IT, p. 365.
Un soldat du 49 de ligne, entré à l'hôpital militaire de Strasbourg dans le courant du mois de juin 1834, portait vers la région moyenne et inférieure du cou, une tumeur formée par l’engorgement de plusieurs ganglions cervicaux. Ce sujet, d’ailleurs d’une constitution délicate et toussant un peu, fut soumis dès son arrivée à un régime approprié ; il comptait sur une guérison prochaine. Décu dans ses espérances, il réclama avec insistance l'opération, L'opération fut faite d’après les règles : le cinquième jour un mouvement fébrile apparut en même temps que de la congestion pulmonaire. La plaie cependant acheva de se cicatriser complètement. — Deux mois après, il mourait de phtisie pulmonaire.
Observation III. (Même auteur.)
B..., chasseur au 19° régiment d'infanterie légère, âgé de 21 ans, d’un tempérament Iymphatique, entra à l'hôpital militaire de Strasbourg, le 2 septembre 1855, pour y être traité d’un engorgement sous-maxillaire. Il dit qu'il y a six mois, il avait été atteint d’une irritation vive de la bouche, accompagnée d'aphtes nombreux. Presque au même moment avait apparu une petits tumeur à la région où existait l’engorge