HISTORIQUE
« Lorsque les anciens chirurgiens, dit Delbet dans son Traité de chirurgie, voulaient traiter un anévrisme, ils s’adressaient directement au sac pour l’inciser ou l'enlever. Mais quand sont venues les grandes infections qui avaient rendu la chirurgie si meurtrière, cette méthode rationnelle fut abandonnée et condamnée comme trop dangereuse. C’est alors qu'on chercha à guérir les anévrismes par un processus semblable à celui de la guérison spontanée, c’est-à-dire en déterminant artificiellement la production du caillot dans le sac. Ainsi sont nées plusieurs méthodes dont la plupart ne tarderont pas à tomber dans l'oubli.»
Nous pouvons dire tout de suite que la thérapeutique des anévrismes de la carotide primitive a évolué d’une façon tout à fait inverse de celle des anévrismes artériels en général, telle que la signale le professeur Delbet. S'il paraissait facile et plus radical aux
PR, ra chirurgiens anciens d'intervenir directement par le bistouri sur les anévrismes des membres, 1ls semblèrent reculer sagement devant cette intervention sur les anévrismes intéressant les troncs carotidiens à leur origine. Le traitement médical et général du malade, les manœuvres agissant extérieurement sur le sac, l'application de topiques divers à sa surface leur paraissaient des procédés moins dangereux sans doute qu'une intervention sanglante sur une région aussi délicate que le cou, dans sa partie latérale surtout. Ils n'étaient pas sans connaître les dangers que présentait la ligature d’une carotide primitive, la notion des troubles nerveux engendrés par cette ligature étant de date ancienne et connue bien avant même la célèbre découverte d'Ambroise Paré. L'illustre chirurgien du xvi° siècle disait quelque part, dans un de ses admirables ouvrages sur la chirurgie de son époque, que « les plaies des veines ingulaires et carotides sont mortelles pour ce qu'elles ne peuvent estre estreintes el comprimées par la ligature ». Avant Galien même, à en croire les récits de Rufus d'Ephèse, on savait que les carotides étaient « somniferas, quoniam compressæ hominem sopore gravabant».Avicenne, Valverdus constatèrent la perte de la sensibilité, de la motilité, quand le cours du sang est arrêté au niveau du cou.
Aussi nous faut-1l arriver jusqu'au début du xrxe siècle pour voir apparaître un traitement vraiment chirurgical des anévrismes de la carotide. Les deux premiers travaux intéressant cette question sont celui de Vose, De arteriæ carotidisaneurismate, paru en 1809, el celui de Vanderhaghen, sur l'Anévrisme de l'artère
ER carotide où {ronc céphalique qui parut six ans plus tard. Ce n’est qu'en 1805 que nous trouvons signalé le premier cas de ligature de la carotide pour un anévrisme ; elle fut pratiquée par Cooper, suivant la méthode d’Anel, au-dessus de la tumeur. En 1825, Wardrop de son côté inaugure la méthode de Brasdor pour les anévrismes carotidiens, en liant le tronc artériel directement au-dessus de l’anévrisme, entre la tumeur etles capillaires : le malade guérit malgré la suppuration et l'ouverture du sac. A cette époque et jusque dans le milieu du siècle cette méthode fut pratiquée presque exclusivement, malgré ses nombreux insuccès, par différents chirurgiens (Lambert, Bush, Montgommery, Colson, Lane,.etc.). Vers le milieu du sièclé, l’expérimentalion sur les animaux et d'importants travaux vinrent modifier et orienter vers un jour nouveau la conduite des chirurgiens vis-à-vis des anévrismes de la carotide primitive. Valsalva, Van Swieten, Bichat, James Spence, Cooper (1830), Brown-Séquard(1858), répètent et étudient de nombreuses expériences sur les conséquences de l'arrêt de la circulation carotidienne chez le chien, le lapin, le cheval. Bérard, Norman Chevers, (1835), Norris, Erichsen, Lenoir émettent successivement dans différents mémoires de nombreuses hypothèses pour expliquer ces mêmes accidents chez l'homme. Mais il faut arriver au traité d'Ehrmann pour trouver un travail d'ensemble sur la question : c’est le document le plus important qui ait été écrit sur le sujet et on y a peu ajouté depuis.
Puis paraissent les travaux de Pilz de Stettin, en 1868, et les articles mémorables de Lefort parus suc-
Cure
cessivement en 1864, 1868 et 1875. Ce chirurgien à l’aide d’une statistique de nombreux cas, conclut que la ligature est une opération redoutable et qui doit être rarement tentée. Et à ce moment, cela suffit à faire hésiter les chirurgiens pour pratiquer cette opération ; de nouveaux procédés déjà connus et suivis depuis longtemps pour les anévrismes des membres, sont employés alors contre les anévrismes carotidiens. Rouge, de Lausanne, applique la compression digitale, indirecte, intermittente et obtient quatre guérisons sur cinq cas. On revient ensuite à la ligature de la carotide suivant la méthode d’Anel; au-dessous du sac, parce qu'elle paraît donner de meilleurs résultats du côté de l’anévrisme, tout en conservant les dangers attribuables à la ligature ; elle est pratiquée un grand nombre de fois dans la suite, pendant la seconde moitié du siècle dernier, mais avec de nombreux insuccès. À partir en effet, du premier opéré d’Abernethy, en 1805, opéré qui succomba en quelques heures après des convulsions suivies d’hémiplégie, presque tous les malades présentent des accidents cérébraux graves : beaucoup y succombent. Quand on compulse les statistiques de 1830 à 1880 on est frappé de la très grande mortalité de cette intervention. C'était, 1l faut le rappeler, l’époque où de l’amphithéâtre on se rendait à la salle d'opération ; la ligature sur le cadavre précédait immédiatement celle qu'on allait faire sur le vivant. La mortalité a, de nos jours, diminué de beaucoup et ce bénéfice ne peut être mis que sur le compte d'une application rigoureuse des principes de l’antisepsie et de l’asepsie,
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À la faveur de l’ère antiseptique et avec les progrès qu'elle fit rapidement, devait être appliquée bientôt aux anévrismes de la carotide primitive, une méthode que depuis longtemps les chirurgiens employaient pour la plupart des anévrismes des membres, celle-là véritablement sanglante et radicale. Jusque-là on s'était bien adressé parfois directement au sac lui-même; mais ce fut toujours pour des anévrismes traumatiques. Morel, à la fin du xvrrt siècle, Syme en 1831, qui a donné son nom à ce procédé opératoire, avaient incisé le sac anévrismal, tamponné ensuite. Mais nous ajoutons que ces chirurgiens avaient eu presque la main forcée, se trouvant en face d’anévrismes traumatiques donc compliqués de plaie et d’hémorragie. Ceci n'infirmera donc en rien notre opinion sur l’évolution de la thérapeutique des anévrismes carotidiens.
Frotinghan en 1877, Salzmann en 1883, Herczel en 1889, Karewski en 1893 extirpent partiellement le sac d’anévrismes de la carotide primitive, entre deux ligatures : le résultat fut parfait. L'extirpation totale, complète, a été faite huit fois par Inouye, Delagenière, de Castro, Walsham, Tuffier, Pacheco Mendès deux fois, et Delore (1907). Delbet en 1895 et 1897 a attiré l’attention des chirurgiens d’une façon toute particulière sur ce nouveau procédé opératoire ; il s’en est fait le défenseur et a insisté sur l’action néfaste de l’infection dans la production des accidents cérébraux consécutifs à la ligature de la carotide. Guinard explique la pathogénie de ces accidents par la trombose arté-
rielle ascendante, favorisée par la stase sanguine. En Allemagne, on s’attache à l'étude des phénomènes
2 | pe oculaires et auditifs secondaires à la ligature ; ce sont les travaux de Michel, de Von Schulten, de Friedlander, de Lebran. En 1900, paraît l’important mémoire de Siegrist, de Bâle, qui réunit et étudie plus de 900 observations de ligatures carotidiennes, dont 172 de 1881 à 1897. Rappelons en 1904, à la Société de chirurgie de Paris une longue discussion : Picqué insiste de nouveau sur le rôle de la septicité dans les accidents tardifs, sur celui de l'intégrité de l’appareil cireulatoire dans la production des accidents immédiats, en déclarant que ceux-ci n’existaient pas, alors que Lejars en apporte de nombreux exemples. Signalons enfin l’article de Delagenière paru dans les Archives provinciales de chirurgie de 1806, sur le traitement des anévrismes de la carotide primitive et différentes thèses, celles de Nieten (1893), de Lestelle (1904), de De Fourmestraux (1907) qui résument la question de la ligature de la carotide, et enfin celle de Chifoliau (1904), qui a étudié admirablement la partie anatomique de l’anévrisme carotidien et préconisé le mode de traitement par l’extirpation du sac. Plus récemment enfin, Pacheco Mendès, professeur à Bahia, dans ses Efudes de clinique chirurgicale de 1902 et dans la Revue de chirurgie de 1905, Delore dans le Bulletin médical de 1907 achèvent de réhabiliter ce mode d'intervention, et le reconnaissent comme le procédé de choix, la « cure radicale », pour les anévrismes de la carotide primitive.
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