‹ De l'hémarthrose et de son traitement par la ponctionChapitre 14 sur 27 · MARCHE ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

MARCHE ET PRONOSTIC

La marche des hémarthroses est généralement lente quand elles sont abandonnées à elles-mêmes ; cette lenteur d'évolution dépend bien, il est vrai, de la nature du traumalisme, de son degré de violence et par suite de la quantité de sang épanché et des lésoins de l'articulation, mais elle est plus notablement encore influencée par la thérapeutique adoptée, et nous verrons plus tard, à propos du traitement, que la simple immobilisation et la compression n’amènent certainement pas une guérison aussi rapide que l'évacuation précoce du liquide. Tous les chirurgiens ont signalé cette tendance des épanchements sanguins articulaires à durer indéfiniment, el, Trélat pouvait dire à la Société de Chirurgie (1) : « Pour ma part, j'en connais des exemples, et j'en ai vidé un dont l'existence remontait à vingt-deux mois et dans lequel j'ai trouvé de petits caillots avec du

(1) Bulletins de la Société de Chirurgie, 15 nov. 1876, p. 750 à 753.

sie sang encore liquide. » L'observation classique de Nicaise est encore plus significative, el bien qu'elle ait été maintes fois signalée, nous croyons devoir la résumer ici.

H s’agit d'un homme de60 ans, charrelier, ayant fait une chute de cheval, le 31 août 1875 ! il se produisit alois une contusion du genou gauche pour laquelle le malade entre à lHôtel-Dieu, dans Île service de M. Guerin, qui diagnostiqua une hydrohématocèle. « Après quelque temps. le gonflement « du genou persistant, on applique successi- « vement un vésicatoire et de la teinture d'iode. « Le 30 décembre, on fait sur le genou une cau- « térisation ponctuée, avec le fer roug:. Le malade « est envoye à Vincennes, en avril 4876, puis, au « sortir de cet asile, il est dirigé sur l'hôpital « temporaire, où ilentre le 18 mai 1876.

« Le genou n’a présenté ensuite rien de parti- « culier; il était dans l’extension, un peu plus « volumineux que celui du côté opposé, non « douloureux, mais la flexion ne se faisait pas. « L'état général s'est affaibli peu à peu, les urines « étaient purulentes, l'intelligence obtuse. Le « malade ne gardail plus ni ses urines, ni ses « malières fécales. H meurt le 31 octobre 1876.

€ A l’autopsie, le genou gauche est un peu plus € volumineux que le droit, les saillies osseuses « sont moins apparentes, il est dans l'extension « complète. Sur la peau, autour de la rotule exis- « tent une vingtaine de cicatrices circulaires,

produites par une cautérisation au fer rouge ; le tissu cicatriciel est vasculaire, noirâtre. « Le tissu cellulaire sous cutané et les parties molles peri-arliculaires ne présentent rien à signaler. L’articulation est ouverte au-dessus de

Ja rotule par une incision en fer à cheval,

elle est (trouvée remplie par un caillot sanguin uni aux surfaces articulaires par une adhérence glutineuse. En soulevantle lambeau rotuiiens, on détaché les adhérences glutineuses qui unissaient la face postérieure de la rotule et le caillot aux surfaces arliculaires du fémur. Le caillot occupe la partie antérieure de l'articulation, il est adhérent, en avant, à la synoviale ; sur la rotule, il n'y a que de très minces lamelles : en haut, il remplit exactement le cul-de-sac supérieur de la synoviale, en arrière il est adhéreni aux surfaces arliculaires du fémur, et s'enfonce un peu dans linterligne articulaire. » | |

« Ce caillot à partout la même consistance, 1l est ferme, résistant, mais il présente des coloralions diverses : fibrineux et jaunâtre en certains points, en d’autres noir, cruorique. La portion qui remplit le cul-de-sac supérieur est noirâtre et entourée d’une couche fibrineuse plus pâle, grisâtre, peu épaisse. . ...

« Sur la face postérieure de la rotule, on trouve

aussi de petits débris, de fausses membranes et vers les bords. de petits caillots adhérents.

« En un point, le cartilage est dépoli, ramolli, « comme velvétique; le point ccrrespondant du « cartilage fémoral, présente la même alléra- « Üon...

« En écartant le tibia du fémur, on voit que les « parties profondes de l'articulation, renferment « aussi des caillots et que les cartilages sont co- « lorés.

« Ainsi daus ce fait, on voit un épanchement « sanguin articulaire persisler après 14 mois de durée. »

Il ect vrai qu'il s'agissait d’un individu âgé, d'une vitalité plutôt amoindrie, et chez lequel le traitement ne fut peut être pas rigoureusement suivi. Mais ces considérations n’atlénuent pas notablement la valeur de la constatation nécropsique. | Tout en ne dissimulant pas que ce fait est heureusement exceptionnel, il faut avouer, que même dans les cas réputés favorables traités par la sircple compression, les lenteurs de guérison ne sont plus à compter. Dans des observations de la thèse de Bosset, on voit les malades conserver des douleurs et de la gêne fonctionnelle après cinq semaines ou deux mois. Il se développe chez beaucoup de sujets, après 1a production de l’épanchement sanguin, des phénomènes d’arthrite pus ou moins intenses qui prennent, dans la suite, une importance considérable au point de vue de la restitution fonctionnelle du membre. les indivi-

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