‹ De l'hématocèle péri-utérineChapitre 12 sur 50 · Juillet (1854), 2e série, t. II, p · texte numérisé non relu

Juillet (1854), 2e série, t. II, p

cette pluie sanguine fournie par les petits vaisseaux de la séreuse péritonéale, alors qu’elle est absolument saine, qu’il n’existe nulle part de trace d’inflammation intérieure, de néo-membranes susceptibles de fournir du sang? Que l’on se reporte d’autre part à la rapidité, à l'abondance de l’épanchement et l’on reconnaîtra sans peine que cette hypothèse est complètement inadmissible.

Dans les trois autopsies, nous ne trouvons signalée que l’absence d’altérations des ovaires; nous ignorons absolument, les détails des autopsies faisant défaut, si l’on s’est préoccupé des lésions des autres organes. Parfois, le siège de l’hémorrhagie, pour maintes raisons, peut être difficilement reconnu, et récemment, dans un cas de ce genre rapporté par W. Tomkins \ malgré

tout le soin apporté à l’autopsie, on ne put découvrir la source

de l’hémorrhagie.

De tels faits sont certainement exceptionnels, et si l’autopsie ne donne pas une démonstration claire du mécanisme de l’hématocèle, il vaut mieux s’abstenir de toute explication que formuler une hypothèse en opposition avec nos connaissances anatomiques et physiologiques.

L’injection d’un liquide coloré dans les vaisseaux avoisinants nous paraît être le moyen le plus sûr de trouver audessous du sang épanché la déchirure vasculaire qui lui a donné issue. Dans nombre de cas, l’autopsie a permis d’indiquer la cause de l’hémorrhagie. Nos recherches bibliographiques portent à cinq le chiffre des observations où on a pu admettre l’hvpothèse d’aine exhalation sanguine péritonéale en dehors de toute inflammation de cette séreuse : une observation de Le Chaptois 1 2, trois cas de A. Tardieu et une dernière observation de W. Tomkins.

1 . Case of hemorrliage inlo the peritoenal cavity. Britisk medical Journal, 1 1 janvier 1873.

2. Le Cliaplois. Archives générales de médecine , 3e série, t. Y, p. 230, et Bulletin de V Académie de médecine, 1839.

Ces observations ne sauraient entraîner la conviction, d’autant mieux que, dans des circonstances analogues, l’autopsie a révélé parfois des ruptures vasculaires bien en dehors de la sphère génitale. Chaussier, le premier ( Mémoires et Consultations de médecine légale), a signalé la mort subite dans ce genre d’hémorrhagie interne.

« Une femme, enceinte de cinq mois environ, fait un voyage, qui dure une partie de la journée, sur un chemin rempli d’ornières, dans une charrette non suspendue ; elle est rudement cahotée, en éprouve une grande fatigue et meurt subitement la nuit suivante.

« Il y avait dans la partie profonde de l’abdomen, sous le péritoine, du côté droit, une grande quantité de sang noir, en partie fluide, en partie coagulé, qui était infiltré, ramassé en foyer; il formait une longue et large tumeur qui, de la fosse iliaque du côté droit, s’élevait jusqu’à la hauteur du rein et avait près de cinq pouces de largeur. Nous reconnûmes évidemment que l’effusion du sang avait été produite par la rupture d’une des veines de l’ovaire droit. »

Ces faits intéressent particulièrement le médecin légiste ; dans les deux cas de M. Tardieu, on soupçonna un empoisonnement et des poursuites judiciaires furent exercées.

Chez une femme dont l’autopsie avait été demandée par la justice, M. Gallard 1 reconnut que la mort avait été causée pa une véritable apoplexie intra-péritonéale, dépendant de la rupture spontanée d’une artère athéromateuse.

Voici, du reste, le résumé de cette observation :

A la suite d’une querelle dans laquelle on n’a pas pu savoir au juste s’il y avait eu ou non rixes et voies de fait, une femme de cinquante-cinq à soixante ans se plaint de suffocations, de

douleurs abdominables, puis est prise de syncope et succombe

1 . Association française pour l’ avancement des sciences. Congrès do Clermont-Ferrand, 1876.

en moins de trente-six heures. A l’autopsie, M. Gallard ne trouva aucuuc trace extérieure de plaie ou de contusion, pas la moindre ecchymose à la surface du corps.

Le sang, accumulé dans le bassin, remontait le long de la fosse iliaque droite et formait un caillot étendu.

Ce sang avait été fourni par un des vaisseaux courts; et ni la rate ni l’estomac ne présentaient la moindre altération anatomique.

Toutes les artères étaient friables, la plupart étaient athéromateuses, traces incontestables d’alcoolisme dans d’autres organes.

M. Gallard en conclut : que la lésion de l’artère qui avait donné lieu à cette hémorrhagie n’était pas la conséquence d’un traumatisme, mais que la rupture, due à la fragilité du vaisseau, s’était produite spontanément, sous l’influence d’un excès de tension artérielle, qui avait pu être la conséquence d’une violente émotion morale, d’un accès de colère.

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