Société de biologie
2. Penzoldt et plus récemment Cordua (Ueber den résorptions mechanismus von Bluter pussen, Berlin, 1877), ont étudié histologiquement jour par jour les caractères du sang injecté dans les cavités séreuses; un fait intéressant de leurs recherches est la résorption plus rapidedu sang défibriné.
1er juin. — L’animal paraît souffrant. Ventre douloureux à la pression au niveau de la piqûre du trocart.
7 juin. — Autopsie. — Pas trace du sang injecté.
Nous devons à l’obligeance de MM. les professeurs Arloing et L. Tripier les séries suivantes d’expériences :
Dans une première série, on s’est contenté d’injecter de petites quantités de sang (20 à 45 grammes). La transfusion a été faite à l’aide d’un tube en caoutchouc mettant en communication directe la carotide d’un animal avec le péritoine de l’autre. A l’aide d’un métronome, on évaluait la quantité du sang transfusé.
inexpérience. — 27 mai. — Petit chien loulou. Injection, 45 grammes de sang. L’injection ne paraît pas l’avoir incommodé.
L’animal est sacrifié le 11 juin, quinze jours après l’injection.
Autopsie. — Légères traînées de sang le long des vaisseaux du grand épiploon, dont les feuillets sont absolument libres.
ne Expérience. — 27 mai. — Lapin. Injection, 20 grammes de sang.
L’animal est sacrifié le 6 juin, dix jours après l’injection.
Autopsie. — Le grand épiploon, qui est rempli de cysticerques, présente seul en quelques points une teinte jaune rouille. A l’examen microscopique de ces taches, on voit de nombreux globules sanguins en voie de résorption. La plupart sont placés irrégulièrement au-dessous de l’épithélium, qui forme un pavé très-régulier ; un certain nombre sont disposés superficiellement et forment des amas plus ou moins considérables; d’autres enfin paraissent comme engagés entre les cellules épithéliales. Pas la moindre adhérence.
me Expérience. — 27 mai. — Lapin. Injection, 20 grammes de sang.
Autopsie. — 6 juin. — Pas de trace du sang injecté.
ive Expérience. — 27 mai. — Lapin. Injection, 34 grammes de sang.
Autopsie. — 6 juin. — Dix jours après l’injection. Quelques traînées rougeâtres sur le grand épiploon et dans les gouttières de chaque côté de la colonne vertébrale. En frottant avec le doigt, on ne peut enlever ces coucnes; elles sont adhérentes au péritoine.
Dans une deuxième série d’expériences, MM. Arloing et Tripier ont injecté dans le péritoine le plus de sang possible (280 et 400 grammes).
Le manuel opératoire est le même que précédemment; dans les deux expériences, le sang a été fourni par la carotide d’ani-
maux de même espèce. Pour avoir la quantité de sang injecté, on a eu soin de peser l’animal avant et après l’injection.
iro Expérience. — 30 mai. — Petite chienne. Injection de 280 grammes de sang dans le péritoine. Le poids du sang injecté représente à peu près le douzième du poids de l’animal.
Les jours suivants, animal aussi bien portant qu’auparavant.
Autopsie. — 12 juin, douze jours après l’injection, tache gris de fer sous la peau, mais pas la plus légère trace de sang injecté dans la cavité péritonéale.
iic Expérience. — 30 mai. — Jeune chienne. Injection dans le péritoine de 400 grammes de sang, c’est-à-dire à peu près le dixième de son poids.
Autopsie. — 12 juin, douze jours après l’injection; aucune trace de sang injecté dans le péritoine.
Nous avons reçu de M. le docteur Livon, professeur à l’École de médecine de Marseille , une note détaillée à propos d’expériences semblables, qu’il avait faites à notre intention , sur des cobayes et des chiens. Les résultats de ses neuf expériences concordent absolument avec ceux que nous avons obtenus ; le sang s’est toujours promptement résorbé, jamais de péritonite, d’adhérences. M. Toussaint, professeur de physiologie à l’École vétérinaire de Toulouse, est également arrivé aux mêmes conclusions, en expérimentant d’une façon identique sur des lapins, des chiens. 11 a pu pratiquer les mêmes expériences chez de plus grands mammifères. Voici, du reste, les deux faits qu’il a observés :
ire Expérience. — 5 juin. — Injection dans la cavité péritonéale d’une ânesse, de 2k,500 de sang provenant d’une autre ânesso en bonne santé.
Le 8 et le 9 juin, l’animal a un peu de fièvre, le pouls et la respiration sont accélérés.
13 juin. — On tue l’ànesse par hémorrhagie huit jours après l’expérience.
Autopsie. — La plaie de la peau seule n’est pas cicatrisée, on distingue à peine dans les muscles le trajet de la canule, et il faut chercher attentivement pour trouver la cicatrice du péritoine. Dans la cavité péritonéale, on trouve un quart de litre à peu près de' sérosité rosée dans laquelle nagent des globules rouges assez rares et intacts ou légèrement crénelés, quelquesuns sont encore en piles, les globules blancs sont à peu près aussi nombreux que les rouges. La quantité de sérosité trouvée dans le péritoine doit
être considérée comme normale, souvent même chez les vieux chevaux, on en trouve plusieurs litres; la seule particularité digne d’attention est donc la présence de globules rouges dans cette sérosité. Ils étaient le seul indice de cet énorme épanchement sanguin.
il* Expérience. — 6 juin. — Brebis fixée sur une table. La ponction étant faite directement au-dessus de l’excavation pelvienne à 2 centimètres environ en avant de l’angle iliaque antéro-interne, l’animal reçoit dans son péritoine 600 grammes de sang provenant directement de la carotide primitive d’une autre brebis. Après l’opération, la petite plaie delà peau est fermée par une suture entortillée.
Les 7, 8 et 9 juin, l’animal est triste, ne mange pas, cherche à boire souvent, une fièvre assez intense se déclare, la respiration s’accélère, et la température monte de 40° à 41°, 5.
Les 10 et 1 1 juin, la brebis reste couchée, elle fait de vains efforts pour se relever, le ventre est douloureux. On constate tous les signes d’une péritonite.
Le 12 juin, on tue l’animal par hémorrhagie.
Autopsie. — La plaie faite à la peau pour l’introduction de la canule, ne s’est pas cicatrisée (il est extrêmement rare d’ailleurs d’obtenir une réunion par première intention chez le mouton; quelque petite que soit une plaie, elle suppure toujours), il s’est formé un petit abcès entre le derme et les muscles dans le tissu conjonctif sous-cutané, la peau est décollée dans un rayon de 4 à 5 centimètres.
Le pus séreux que contient cet abcès n’a aucune odeur. Le trajet de l’instrument dans les muscles est marqué par une légère infiltration sanguine, mais ne contient pas de pus, à plus forte raison n’y a-t-il pas de fistules. Légère ecchymose entre le péritoine et ce dernier muscle, mais pas de suppuration. Avant de décrire les points occupés par les caillots sanguins du péritoine, il est nécessaire d’indiquer exactement la position des viscères. Le rumen occupe à lui seul, au moins, les quatre cinquièmes de la cavité abdominale. Il remplit tout le flanc et l’hypocondre gauche, et repose directement sur toute la paroi inférieure. Il laisse libre seulement une portion comprise entre sa face supérieure inclinée de gauche à droite, la paroi lombaire droite et le flanc droit dans lequel est logé l’intestin. En arrière, le rumen se trouve divisé en deux sacs dont le droit, beaucoup plus développé que le gauche, vient s’appuyer jusque sur le pubis, de telle sorte que la vessie et l’utérus reposent pour ainsi dire sur sa face supérieure, lorsqu’ils débordent la cavité du bassin. Le sac droit est en entier complètement enveloppé, ainsi que la face inférieure du rumeD, par l’épiploon ui le sépare seul des organes qui viennent d’être nommés et des parois abdominales.
L’épiploon s’applique exactement sur le rumen et ne forme pas de replis dans la cavité péritonéale. Étant donnée cette disposition, on comprendra
la situation du caillot; celui-ci occupe tout l’espace compris entre la face inférieure de l’utérus et les ligaments larges en haut, le plancher du bassin en bas ; il entoure donc complètement la vessie et se trouve adhérent à la partie de l’épiploon qui recouvre le sac droit de la tumeur, il s’enfonce enfin sous sa face inférieure et vient toucher la partie antérieure du sac droit. Ce caillot, qui pèse 130 grammes, est noir, fortement adhérent à l’épiploon et au péritoine pariétal ; il a déterminé une péritonite intense, on voit à sa périphérie de la fibrine coagulée, dans les mailles de laquelle se trouvent de nombreux globules de pus. Un fort amas fibrineux se rencontre au point où le trocart a pénétré et se prolonge autour de l’utérus et du rectum. Dans la cavité abdominale se trouvent 200 grammes environ d’une sérosité d’un rouge foncé. A l’examen histologique, le caillot montre des globules rouges intacts emprisonnés dans des réseaux de fibrine 1.
Les expériences que nous venons de relater doivent nous arrêter un instant. Il est bien certain que, quels qu’eussent été les résultats constatés, nous n’aurions pas conclu de ce qui se passait expérimentalement chez quelques femelles animales à ce qui se produit chez la femme dans des conditions morbides particulières. Nous n’oublions pas que le péritoine présente une sensibilité bien variable suivant les espèces, et qu’entre l’homme et les animaux qui en sont le plus rapprochés, il existe à ce point de vue une différence notable ; aussi ne tirerons-nous des faits expérimentaux que les enseignements qui en découlent nécessairement; ils viennent, dans une certaine mesure, à l’appui des faits cliniques; nous dirons bientôt comment.
Un résul tat remarqu able de n os expériences qui portent sur vingtquatre animaux est la rapidité prodigieuse avec laquelle une quan-
1 . Nous rapportons in extenso cette expérience dans laquelle le sang injecté ne s’est pas résorbé; c’est le seul cas semblable constaté, et nous ne pouvons que le signaler. Peut-être une hématocèle se serait-elle formée si l’on n’était intervenu en tuant l’animal. Il est probable, cependant, que la brebis serait crevée peu de jours après soit de péritonite, soit d’inanition. Elle n’avait pas, en effet, mangé depuis quatre à cinq jours. Chez les ruminants, la mort d’inanition est fréquente par l’impossibilité dans laquelle ces animaux sont de ruminer, si leur rumen ne renferme une grande quantité d’eau et d’aliments solides.
tité considérable de sang a été résorbée par le péritoine. En moins de huit jours, 2k,500 de sang injecté aune ânesse avait disparu, il ne restait plus que quelques globules dans une sérosité normale; chez un jeune chien, àOO grammes de sang, c’est-à-dire le dixième de son poids, avait totalement disparu le douzième jour. Cette rapidité de la résorption par le péritoine sain, l’absence de toute péritonite après ces épanchements sanguins considérables, constituent des faits bien intéressants : elles établissent l’innocuité du sang sur la séreuse, quelle que soit son abondance. Il s’agit bien de véritables hémorrhagies internes, puisque la transfusion a lieu complètement à l’abri de l’air; le sang reste vivant, il passe directement de la carotide primitive d’un animal dans le péritoine d’un autre.
Nous ne voulons pas, nous le répétons, mettre en parallèle des faits qui ne sont pas absolument comparables; il faut cependant reconnaître que chez la femme les hémorrhagies internes ne donnent pas toujours naissance à des hématocèles ; après la gastrotomie par exemple, opération dans laquelle le sang reste ou s’épanche dans la cavité abdominale, il est extrêmement rare de voir une tumeur sanguine se produire.
La présence du sang dans le péritoine n’est pas tout ; il ne suffit pas qu’il y ait une hémorrhagie interne pour qu’une hématocèle se produise ; il est deux facteurs dont on n’a jamais tenu compte et qui nous paraissent jouer un rôle important, nous avons dit : la qualité du sang extravasé et l’état de la séreuse ou des organes avoisinants.
C’est dans cet ordre d’idées que de nouvelles expériences pourraient être faites ; le temps limité dont nous disposons ne nous a pas permis d’entreprendre ces recherches ; c’est, en elTet, en terminant nos expériences, que nous avons reconnu la voie qui devait être suivie dans ce mode d’investigation.
On pourrait d’abord, à l’exemple de M. Chauveau, se servir d’un sang ayant des propriétés morbides, lepéritoine étant sain; puis, dans une autre série de recherches, irriter plus ou moins
le péritoine et y injecter du sang sain; enfin on pourrait encore, sur un animal dans le sang duquel on aurait préalablement introduit des matières pyrogènes, transvaser ce sang dans le péritoine.
Dans la résorption plus ou moins rapide du sang épanché, il faut évidemment tenir compte des condi tions individuelles, de l’âge du sujet, etc.; c’est ainsi que, chez le jeune chien de la lre série d’expériences (Àrloing et Tripier) qui était malingre, on trouvait après quinze jours des traces du sang injecté (à 5 gr.), tandis que chez le jeune chien de la 2e série, au bout du douzième jour tout le sang avait disparu, bien que l’injection eut été de ZiOO grammes au lieu de hb grammes.
L’état du péritoine nous paraît surtout devoir être pris en considération, et nous pouvons le dire, parce que cette manière de voir résulte de l’ensemble des faits : de leur comparaison entre eux, des résultats obtenus expérimentalement, il semble qu’une des conditions sine qua non de la non-résorption du sang, de son enkystement dans la cavité péritonéale, de la production de l’hématocèle, soit. souvent l’altération récente ou ancienne de la séreuse.
Ne voyons-nous pas tous les jours chez l’homme la démonstration de ce fait dans les épanchements intra-articulaires ; les phénomènes d’hypérémie avec tension excessive sont un obstacle à la résorption des produits épanchés ; dans certaines arthrites chroniques, les modifications inflammatoires qu’a subies la synoviale s’opposent également à la résorption. Du reste, d’une façon générale, les phénomènes d’osmose qui se passent au travers des membranes séreuses ou muqueuses sont constamment modifiés par les altérations de nature inflammatoire quelles peuvent subir.
Le sang qui s’épanche dans la cavité pelvienne peut en occuper les divers compartiments, mais le plus ordinairement il se collecte dans le cul-de-sac utéro-rectal , ainsi que le font aisément comprendre les considérations anatomiques dans lesquelles nous sommes entré.
Ce siège privilégié avait valu à l’hématocèle le nom de rétro-utérine. Dans quelques cas , la tumeur est située plus ou moins latéralement : hèmatocèle latéro-utérine , ou même tout à fait en avant entre l’utérus et la vessie : hèmatocèle antè-utèrine , pré-utérine de Chassaignac. Les deux grandes variétés d’hématocèle se différencient donc par le siège du sang, soit en arrière, soit en avant de l’utérus.
La pièce pathologique présentée par M. Voisin à la Société anatomique était un exemple remarquable d’hématocèle latéroutérine ayant eu pour origine une hémorrhagie tubaire. A cette époque, deux cas seulement avec autopsie avaient été publiés sur cette variété d’épanchement sanguin : le premier était dû à Follin, le deuxième était publié dans la thèse de l’auteur.
Les cas d’hématocèle anté-utérine ne sont pas très-rares. Puech en a rapporté des exemples, et dans le Traité de la suppuration de Chassaignac 2, est relatée une belle observation d’hématocèle pré-utérine suppurée avec perforation intestinale. Schroeder3, en 1873, publia un Mémoire dont la seconde partie est consacrée à une hèmatocèle anté-utérine observée chez une femme atteinte de grossesse tubaire. Il rappelle d’abord que l’hématocèle anté-utérine primitive , c’est-à-dire celle qui n’est point la conséquence de l’extension d’une hématocèle rétro-utérine, est fort rare et n’aurait été démontrée anatomiquement que depuis peu de temps. Puis il cite un cas de Braun où l’autopsie démontra une hèmatocèle anté-utérine intra-péritonéale. La trompe gauche déplacée occupait la cavité du cul-de-sac anté-utérin, et très-probablement elle avait été le point de départ de l’hémorrhagie.
Dans l’observation de Schroeder, à laquelle est jointe une figure que nous reproduisons, le sang était épanché dans le culde-sac vésico-utérin.
'I. Bidlet. de la Société anatomique, p. 71, 1869.