CHAPITRE III SYMPTOMATOLOGIE
Marche. — Terminaisons.
L’hématocèle péri-utérine ne se présente pas toujours avec le même cortège symptomatique, ce dont rendent parfaitement
compte les différences qui peuvent exister dans l’abondance, la rapidité de l’écoulement sanguin. Cependant, si chez quelques malades, les accidents évoluent lentement et ont une marche insidieuse, laissant le diagnostic hésitant, le plus souvent ils éclatent brusquement et leur manifestation instantanée rappelle sous une forme atténuée le début des hémorrhagies internes..
Lorsqu’on lit attentivement les observations publiées depuis trente ans, on est frappé de la fréquence de l’hématocèle pendant la menstruation, fait sur lequel Trousseau s’est longuement étendu, mais d’autres phénomènes paraissent plus constants encore, et constituent en quelque sorte les signes avant-coureurs de l’épanchement sanguin : nous voulons parler des troubles menstruels qui sont loin d’être constamment les mêmes. Notre proposition sera plus générale et comprendra, à peu d’exceptions près, toutes les hématocèles péri-utérines, aussi nous disons : L’hématocèle apparaît rarement chez des femmes dont le système utérin a été indemne de toute lésion inflammatoire, dont les fonctions génitales n’ont pas été plus ou moins troublées à un moment donné.
Consultez les observations , vous verrez maintes fois signalés dans les antécédents des avortements remontant à plusieurs mois, plusieurs années, des accouchements laborieux, des suites de couches qui ont laissé pendant de longs mois les malades souffrantes. Le plus souvent elles ont été atteintes de périmétrites; depuis longtemps elles se plaignent de douleurs lombaires et abdominales, de troubles du côté du rectum, etc. C’est à partir de ce jour que les règles ont été irrégulières, douloureuses , et ces lésions utérines paraissent avoir créé un terrain favorable au développement de l’hématocèle.
Les phénomènes précurseurs sont tantôt un retard des règles, tantôt une suspension complète; parfois l’écoulement menstruel est d’une abondance extrême, dans d’autres circonstances il dure plus que d’habitude, mais sans être très-abondant, et se prolonge même d’une époque à l’autre ; on a signalé enfin de
véritables métrorrhagies qui, d’après Nonat, seraient le prodrome initial le plus habituel.
Quelquefois, ainsi que l’a bien indiqué M. Gallard, il existe, au début, du malaise, des douleurs lombaires et une sensation de pesanteur dans l’abdomen, surtout vers un des ovaires; des nausées, des vomissements, des phénomènes congestifs du côté des seins, se rencontrent également et, coïncidant avec un retard dans l’apparition des règles, font croire à une grossesse commençante, puis tout à coup apparaissent des symptômes plus alarmants.
Tandis que les phénomènes prémonitoires dont nous venons de parler n’ont rien de caractéristique , les accidents qui apparaissent ont dans leur début, leur marche, quelque chose de pathognomonique; ils éclatent brusquement, instantanément, et, pour nous servir de l’expression imagée de M. Bernutz, la période dramatique commence. Elle répond à l’irruption du sang dans la cavité péritonéale et au début de la péritonite.
Soudainement, sans frisson initial, la malade est prise d’une douleur vive, subite, dans la partie inférieure de l’abdomen, parfois avec sensation d’un craquement, d’un déchirement.
L’acuité de la douleur est notée dans presque toutes les observations; elle acquiert au début son summum d’intensité, et ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères; elle offre naturellement de grandes différences en rapport avec l’intensité des accidents.
Dans quelques cas, la syncope ouvre la scène pathologique ; tout à coup, prise d’une chaleur subite, la malade s’est affaissée, frappée par l'ictus hémorrhagique, la face est décolorée et toutes les muqueuses participent à cette pâleur. Le pouls est accéléré, petit, filiforme, souvent impossible à compter; la température baisse considérablement.
Dans de pareils cas, heureusement rares, la mort survient en peu d’heures, avant que le sang épanché ait eu le temps de donner lieu à une tumeur appréciable.
Cette forme presque foudroyante rentre plutôt dans la catégorie des hémorrhagies internes que des véritables hématocèles; en adoucissant les traits de ce tableau symptomatologique , on a un type clinique plus fréquent. Parfois l’hématocèle débute par les signes d’une obstruction intestinale1.
Dans le cas de Lober, les symptômes d’étranglement ne peuvent être attribués à la compression exercée sur l’intestin par la tumeur sanguine. Les accidents paraissent dus au développement rapide d’une péritonite suraiguë frappant de paralysie la couche musculaire de l’intestin. Ces phénomènes de pseudo- étranglement , simulant un étranglement interne, semblent se rattacher à l’instantanéité de l’hémorrhagie, à la brusque invasion du sang.
Entre le début suraigu des accidents qui répond à l’ effusion d’une grande quantité de sang et la formation lente de l’épanchement, lorsque l’écoulement sanguin se fait goutte à goutte par une sorte de stillicidium , de suintement, il existe toute une série de formes intermédiaires, cas mixtes, se prêtant mal à une description, et sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir dans cet exposé symptomatologique.
Lorsque la malade reprend ses sens, elle se plaint de douleurs dans le bas-ventre qui se présentent, tantôt sous la forme de coliques intestinales (Courty2), tantôt sous celle des douleurs expulsives de l’accouchement; souvent rémittentes, elles s’exaspèrent à la moindre pression, au plus léger mouvement. Elles s’irradient vers le rectum, la vessie, et surtout dans les reins3; la malade est prise de frissons, de nausées et de vomissements ; la face est pâle, anxieuse, la soif vive. A la première phase de l’hématocèle caractérisée par les accidents d’une hémorrhagie