‹ De l'hematocele uterineChapitre 2 sur 3 · Hématocéle rètro-utcrin · texte numérisé non relu

Hématocéle rètro-utcrin

l es deuxcas rapportés sousce titre se ressemblent tellement en tous points, qu’il est nécessaire de les classer ensemble. Le terme rétro-utérin se trouve justifié par la position que la tumeuroccupait derrière et dessous l’utérus, par ledéplacementde cet organe qui se projetelait en avant et en remontant. Ce titre a été improprement appliqué par beaucoup d’auteurs aux hématocèles utérines en général; car elles ne sont pas toutes rétroutérines. Les deux premiers cas rapportés dans ce journal ne sont pas proprement dits rétro-utérins, dans ce sens que la tumeur n’a pas les mêmes rapports avec la matrice que dans les cas trois et quatre. J’étais, à une époque, porté «à attribuer la position caractéristique rétro-urine à la grosseur de la tumeur; mais l’étude du premier cas ici rapporté a dissipé cette opinion imou'enable. Si la grosseur ou l’étendue de l’épanchement de-

vait produire une distension du cul-de-sac recto vaginal, cette distension eût certainement dû se produire ici, car l’hématocèle était énorme et le ventre douloureusement distendu.

L’hématocèle rétro-utérine est une des formes les mieux caractérisées de cette maladie, et dans les archives de l’art des accouchements, on retrouve beaucoup de cas presque identiques à ceux que nous allons rapporter. En dépit de l’évidence avec laquelle les autopsies prouvmt la situation intra-péritonéale dans quelques cas rétro-utérins, il m’a paru, au lit du malade, difficile d’interpréter dans le sens de cette situation l’hémorrhagie des cas 3 et 4-

Obstrvaiion 3e — Madame S. , 31 ans, mariée depuis 7 ans, ayant eu 3 enfants à la suite de grossesses normales. Son dernier enfant naquit le 27 novembre 1860, et fut sevré au bout de 14 mois, Ses époques avaient toujours été régulières, et en janvier 1862, pendant qu’elle sevrait son enfant, les règles reparurent. Le mois de février s’étant passé sans écoulement menstruel, elle se crut enceinte, et cette suppression se renouvela le mois suivant. Au commencement d’avril, elle fut prise d une violente douleur et pesanteur ressemblant au mal d’enfant; cette douleur cessa bientôt, mais revint après quelques heures, et un écoulement sanguin commença. Les douleurs et l’écoulement, à des époques différentes, durèrent pendant 3 semaines. Elle était tièsalfaiblie. Aux premiers jours de mai, son médecin découvrit une tumeur dans la région inguinale dioite où la dou eur avait été très-vive. Cette douleur s était fortement aggravée pendant l’action d’une médecine laxative ; mais l’évacuation alvinc ne tarda pas à délivrer la malade de ce surcroît momentané de souffrance ; celle de la maladie fut soulagée, dans la 2e semaine de juin, par un écoulement visqueux et brunâtre qui se produisit, et qui, à la fin de juin, fit place à une leucorrhée purulente. Au début du mal, cette dame avait éprouvé d'incessants; besoins d’uriner ; quoique devenus moins impérieux, ils ne lui permettaient pas de se retenir plus de 2 heures.

C’est à ce moment (1er juillet ) qu’elle fut confiée a mes soins, dans l’infirmerie Royale. Anémique, faible, pouls accéléré, rien de remarquable dans la situation générale.

Les régions hypogastriques de la droite et du centre étaient envahies par une grosse tumeur solide, immobile et d une consistance modérée, ressemblant assez à du foie, bilobée dans son contour supérieur. Le lobe droit s’étendait un peu au -des-

susdu niveau de l’ombilic et occupait la droite du ventre; l’autre lobe était continu avec le premier, mais plus dur au toucher, sa surface aniérieure se trouvant formée par le corps de l’utérus; ce second lobe occupait la région hypogastrique du milieu et s’élevait presque au niveau de l’ombilic.

Le pelvis lui-même était entièrement rempli par une tumeur recto-vaginale contenant évidemment du liquide. Au moyen de la pression, le doigt put s’introduire entre cette tumeur et la symphise pubienne, et lorsque le bout du doigt, fut parvenu au-dessus de la symphise, il se trouva en contact avec le col utérin, lequel ne présenta aucune autre particularité. Une sonde introduite dans l’utérus démontra que cet organe siégeait en avant de la tumeur, et inclinait vers la droite de la ligne médiane; sa cavité était allongée de près de quatre pouces

Le 1 4 juillet, je ponctionnai la tumeur par le vagin avec le trocart de Fouteau, et en retirai six onces d'un sang visqueux. L’opération fut suivie d’un écoulement de sang grumeleux, et la tumeur commençant immédiatement à s’affaisser, la malade éprouva de suite un grand soulagement ; l’écoulement se produisait avec abondance au moment des garde-robes. Douze heures après l opération l’écoulement devenant fétide sembla causer une excitation fébrile extrême. Le 11 juillet, l’utérus reprit sa position normale, et la longueur de sa cavité dépassait à peine trois pouces. La tumeur hypogastrique avait disparu, ne laissant d’autre trace au toucher qu’une dureté sur le bord du pelvis. Le 15 juillet, le toucher externe ne put rien découvrir ; l’utérus, examiné par le vagin, avait à peu près repris ses proportions naturelles; mais il restait fixe au milieu d’une masse durcie occupant le bord du pelvis et plus épaisse du côté droit. A cette époque l’écoulement diminua graduellement et cessa bientôt ; à mesure qu'il disparaissait ; il était remplacé, par une légère leucorrhée. Les règles reparurent bientôt et naturellement ; mais ce ne fut qu’après six mois que l'utérus reprit sa mobilité, et que les parties attenantes aux parois du vagin redevinrent molles et purent être aisément déplacées par le doigt, examinateur.

Observation /j. — MadameR. , àgéede 25 ans, mariéedepuis 7 ans et demi, ayant joui d’une bonne santé, pertes menstruelles régulières ; 6 mois après son mariage elle fit une fausse couche; mais depuis elle n’avait pas eu de nouvelle grossesses; cependant, au début de cette maladie, elle se crut enceinte et

s'imagina même avoir avorté le 30 décembre 1861; mais rien ne vint démontrer la vérité de cette supposition.

Ses règles avaient paru pour la dernière fois, au commencement d’octobre 1861, et avaient été suivies de tous les symptômes de la grossesse, lin novembre, elle avait éprouvé des douleurs dans le ventre, de la constipation, de la souffrance et de la difficulté à uriner. En décembre, elle avait ressenti à l’estomac une douleur ayant les caractères de la crampe : elle avait eu aussi de fréquents vomissements, un écoulement blanc, très-abondant s’était montré durant plusieurs jours de la fin d’octobre. C’pst le 30 du même mois qu’elle crut à ure fausse couche, qui fut suivie d’un écoulement sanguin que l’on prit pour les lochies et qui dura trois semaines Six jours après 1 ’avortempnt supposé, elle se leva et sentit, dès le même soir, s’aggraver considérablement une douleur qu’elle éprouvait depuis la prétendue fausse couche, douleur sourde située dans la région inguinale; une tumeur, qui se déclara dans c.ptte même région avait pris, vers le milieu de janvier 1862, de grandes proportions ;mais l’on ne put en déterminer l’étendue à cause d’une forte distension du ventre survenue par l’effet des gaz, et qui empêcha que l’on pût en reconnaître les limites. La douleur et la difficulté d uriner avaient graduellement disparu; c’est alors que celte femme fut admise à l’infirmerie Itoyale et confiée aux soins du Dr. Warburton Begbie. On réussit à faire évacuer les gaz, et par ce moyen le cas étant reconnu, le Dr. Begbie fit transférer la malade dans ma salle.

L’examen du 30 janvier 1862 révéla les faits suivants : le bas -ventre était entièrement rempli par une tumeur fixe et compacte, plus grosse et plus proéminente sur la gauche que sur la droite, s’élevant, des deux côtés, d’un pouce au dessus de 1 épine antérieure et supérieure de l’os iliaque, et, au milieu, presqu’au niveau de l’ombilic. Au toucher la tumeur ressemblait au foie : le bord supérieur en était arrondi et se reconnaissait parfaitement au toucher, les parois du ventre étant aisément déprimées. L’examinateur fut amené par I impres.sion de ces faits à repousser toute idée que les intestins fussent adhérents et formassent les parois de la tumeur. La sensibilité n’était pas très grande. A l’examen par le vagin, le doigt découvrit des conditions identiques à celles du cas précédent ; seulement la projection de la tumeur était moins sphérique et plus étendue. La cavité utérine était longue de trois

pouces 1/4, et cet organe reposait en avant delà tumeur et sur la droite de la ligne médiane.

Pâle, inanimée, la dame éprouvait des souffrances indéfinissables dans le ventre, et était extrêmement faible; mais aucun symptôme constitutionnel remarquable ne s’était présenté.

Le 31 janvier, je fis, avec un bistouri gardé, dans la tumeur vaginale, une incision de près d un pouce de long, de laquelle s’échappèrent quelques onces d’un sang visqueux et liquide. En introduisant le doigt dans l’ouverture artificielle, je trouvai la tumeur remplie de caillots de sang. Une sonde, introduite dans la même ouverture, atteignit facilement toutes les parties de la tumeur, et la pointe de cette sonde se reconnaissait facilement au toucher à travers les parois abdominales.

L’écoulement devint bien ôt extrêmement fétide, et a mesure que s’opérait la sortie abondante du liquide, la femme en éprouvait un soulagement, local tiès prononcé.

Une fièvre très forte survint, accompagnée de délirenocturne, qui fut attribué à l’infection putride. La plus grande propreté fut. entretenue, et des lotions chaudes de chlore furent employées en quantité. Le vagin devint très-chaud et très-sensible, et cette même susceptibilité douloureuse affectait le ventre au toucher; mais le 6 février, les symptômes alarmants commencèrent rapidement à disparaître ; l'écoulement avait considérablement diminué, et la tumeur abdominale se distinguait à peine, au toucher, au dessus du pubis Avant le 15 février, le sang et l’infection avaient disparu complètement de l’écoulement et avaient fait place à un pus sain et de bonne nature. Le 20 février la tumeur s’était effacée, seulement l’utérus était fixe et les tissus environnants s’étaient indurés. Une irritation delà vessie survint, qui céda à son tour à l’usage de remèdes appropriés. Quant à l’écoulement purulent, ce ne fut que dans le commencement d’avril qu’il cessa : c’est alors qu’on renvoya la femme complètement guérie; seulement, l’examen par le vagin démontra que l’induration des tissus persistait autour de l'utérus, qui avait repris ses dimensions naturelles.

Page 1