CHAPITRE IIT
Etiologie et Pathologie.
Syndrome clinique. indice d'une altération de l’état général, l’'héméralopie a été signalée comme une affection épidémique fréquente, survenant à époque fixe de l’année et sévissant dans les agglomérations humaines, militaires et marins surtout. Déjà Roussille-Chamseru signalait, en 1790, une épidémie d'héméralopie aux environs de La Roche- Guyon, au printemps et à l'automne, chez des gens, dit-il, à constitution faible. Depuis, les observations se sont multipliées ; c'est ainsi que, dans la littérature médicale, nous trouvons mention de nombreuses épidémies: Belfort (1813), Metz (1837 et 1839) et, plus rapprochées de nous, celles de Oustljor (188%) et de Louvain (1891). L’héméralopie était considérée comme une affection propre par certains, tandis que d’autres notaient la coïncidence du scorbut, tels Foltz à bord du Baritan en 18/6, et Queymard, à bord de l’A/ceste en 1855.
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| — 26 — Nous ne saurions souscrire à pareille interprétation, étant donné que nous considérons l’héméralopie comime un symptôme et non comme une entité morbide, et nous sommes porté, à voir dans ces prétendues manifestations épidémiques, l'indice d’une affection générale. Et, d’abord, ces épidémies sont fréquentes, dit-on, parmi les soldats et marins; pourquoi cette sélection? Il existe d’autres agglomérations humaines où le #n0oduSs wivendi laisse bien plus à désirer et où les fatigues sont au moins aussi grandes. M. Dor a pu observer l’héméralopie épidémique dans les prisons, au printemps, et attribue cette affection à un état général défectueux, l'hygiène étant moins sévère pendant la saison d'hiver et les détenus se nourrissant de pommes de terre germées, dont les qualités nutritives sont altérées. De plus, dans un tel milieu, la simulation, si difficile à dépister, peut créer de toutes pièces des épidémies, C'est une affection saisonnière, observent les auteurs, sévissant au printemps et à l’au tomne; n'est-ce pas à ce moment qne l’on constate les cas de grippe. embarras gastrique fébrile? Enfin, d’aucuns ont rappelé la coïncidence de l’héméralopie et du scorbut, maladie épidémique s’il en füt. Notre opinion, d’ailleurs, semble être corroborée par le fait suivant. En 1891, un auteur belge, Vennemann, observant une épidèmie d'héméralopie aux environs de Louvain, trouva, chez ses malades, une affection fébrile courte, avec fièvre, céphalée, frappant surtout les jeunes sujets; l'héméralopie se manifestait pendant la convales:
Os
cence, et l’ophtalmoscope révélait un œdème rétinien léger, ce qui autorisait l’auteur à admettre l’origine infectieuse de cette affection.
Aussi, quoique n’ayant pas eu l’occasion d'observer l'héméralopie épidémique, nous soutiendrons volontiers que, dans ce cas, il s'agit d'une infection générale épidémique, se manifestant par ce trouble oculaire bien spécial. Quelle est cette infection? Nous ne savons; ce peut être de l'embarras gastrique fébrile tout aussi bien que de la grippe; en tout cas, il s'agit très probablement d'une affection aiguë, fébrile, à action toxique.
« Toutes les affections générales, dit Desmarres, peuvent s'accompagner d’amaurose (amblyopie, amaurose proprement dite). » C’est également la conclusion à laquelle s’arrête Gubler. Il nous reste à envisager les affections générales qui ont donné lieu à l’'héméralopie dûment constatée.