INTRODUCTION
Je dois, tout d'abord, un mot d'explication sur la valeur du terme hémianopsie, qui tend de plus en plus, et à juste titre, à remplacer l'ancienne dénomination d'hémiopie.
La perte d'une moitié du champ visuel a été successivement appelée du nom de visus dimidiatus, hémiopsie, hémiopie; ce dernier, qui est encore aujourd'hui en faveur, auprès du plus grand nombre, paraît, au premier aspect, répondre parfaitement à ce qu'il doit désigner. Mais il suffit de lire une observation, un travail où le mot hémiopie revient souvent, pourvoir, au contraire, qu'il laisse beaucoup à désirer : tout d'un coup, on est arrêté dans la lecture, et Ton se demande s'il s'applique à la moitié absente du champ visuel, ou bien s'il vise la moitié de la rétine qui fonctionne encore.
« Ainsi, le défaut de la moitié temporale (1) du champ visuel de chaque œil a été nommé, par certains, hémiopie temporale, par d'autres, plus correctement au point de vue grammatical, hémiopie nasale; or, si l'on emploie, dans ce cas, le nom d'hémianopaie temporale, il est clair, pour tout
le inonde, à cause de l'a privatif, que c'est la portion nasale du champ visuel qui est perdue. »
Il y a donc, par l'emploi du mot hémiopie, une confusion qui doit disparaître, parce qu'elle rend la lecture pénible et qu'elle peut donner lieu à de fausses interprétations, si l'on n'y prend pas garde. Certains auteurs, en effet, au lieu de faire rapporter le mot hémiopie à la région de la rétine qui voit encore, l'ont fait correspondre à la moitié perdue du champ visuel, ce qui implique immédiatement une transposition du siège de la lésion, comme je le disais tout à l'heure.
Ferdinand Monoyer (2) a eu, le premier, l'idée de substituer le nom d'hémianopsie à celui d'hémiopie.
Dans une note qu'il ajoute au bas de la p. 247 du t. LV (9* série, t. V), 1866, des Annales d'Oculistique,''il s'exprime ainsi :
« L'usage semble prévaloir de dire que dans un œil, l'hémiopie est à gauche, par exemple, quand c'est, au contraire, dans la moitié droite du champ visuel que la vision est conservée ; c'est, à mon avis, une manière défectueuse de s'exprimer, constituant un contre-sens au point de vue étymologique, et prêtant, par cela même, à l'équivoque. Ne serait-il pas, dès lors, convenable de remplacer, dans ce cas, le terme d'hémiopie par celui d'hémianopie, qui signifie absence de vision dans une des moitiés du champ visuel; l'hémianopie n'est autre chose que Vhémiplégie visuelle.
« L'épithète d'homonyme appliquée à l'hémiopie double affectant le même côté, droit ou gauche, de chaque œil, ne me paraît pas mieux choisie, car elle conviendrait aussi bien à l'hémiopie croisée, qui occupe, dans chaque œil, le côté du même nom, externe ou interne; l'expression d'hé-
mianopie correspondante nous semble donc devoir être préférée à celle d'hémianopie homonyme. »
Hirscliberg (3) ne doit pas avoir eu connaissance de cette note, car il dit : « J'ai proposé le nom d'hémianopsie, afin d'éviter des double-sens, et cette proposition a été admise par divers auteurs, en particulier par Th. Leber (4). »
Or, d'après les renseignements que j'ai pu me procurer, la proposition d'Hirschberg ne remonte pas au delà de l'année 1877, ou au plus tard 1876 ; tandis que celle de Monoyer, alors agrégé à notre ancienne Faculté de Strasbourg, remonte à 1866 ; et depuis lors, dans diverses analyses des Annales d'Oculistique, cet auteur a continué à employer et à recommander cette expression.
Remarquons seulement qu'au lieu d'hémianopie, Hirschberg écrit hémianopsie, qui est plus correct comme étymologie.