EXPOSÉ. — DÉFINITION
Qu'elle dépende d'un trouble fonctionnel ou d'une altération matérielle, l'hémiaopsie est toujours la manifestaion d'une lésion de l'appareil nerveux intra-crânien, siégeant soit dans le centre lui-même, soit sur les expansions périphériques, qui constituent les nerfs optiques.
En raison même de cette circonstance et de la théorie de la semi-décussation," que je prendrai comme base physiologique de ce travail, l'hémianopsie doit être fatalement traduite par des modifications symétriques et congruentes, survenues dans les moitiés correspondantes du champ visuel de chaque œil. La cause quelconque, qui la détermine, devra donc, nécessairement aussi, agir sur les régions étendues des centres visuels hémisphériques au point où le nerf optique se dégage du chiasma exclusivement.
Je ne connais pas d'exemple suffisamment démonstratif, pour me faire admettre une hémianopsie unilatérale résultant d'une lésion, qui porterait sur le trajet des nerfs optiques, à partir de l'angle antérieur du chiasnla, jusqu'au bulbe oculaire.
Cette exclusion doit également s'étendre, comme je le dirai plus tard, aux cas où des rétrécissements hémiopiques ont été produits par des embolies de l'appareil artériel de la rétine.
Ainsi se trouvent tout naturellement séparées de l'hémianopsie des affections, qui peuvent donner le change et en imposer pour elle.
Telles sont certaines maladies de la cornée ou de l'iris
qui, interceptant en partie les rayons visuels, rendent quelquefois des erreurs possibles; je pourrais en citer un exemple célèbre, Madame de Pompadour, qui par suite d'un refroidissement eut, 'au dire de Demours (5), une amaurose partielle fugace ; en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'il y avait quelque chose du côté de l'iris (*).
Tels sont encore les phénomènes hémiopiques monoculaires indiqués, mais jamais observés par Knapp (6), survenant en conséquence d'une compression (par tumeur, hémorrhagie, exostose) sur le nerf optique, dans son parcours intra-orbitaire.
Tels enfin, les cas d'atrophie primitive des nerfs optiques, de névrite ou de névro-rétiriite, les décollements rétiniens, les hémorrhagies intra-oculaires ; certains glaucomes même, capables de produire des scotomes assez étendus et assez favorablement disposés pour simuler une hémianopsie.
J'ai dit, tout à l'heure, que l'hémianopsie doit être symétrique, frapper des portions correspondantes de chaque rétine ; il n'est pas besoin que toute une moitié de chaque champ visuel soit rigoureusement absente. Les efforts de Schôn (7), de Fôrster (8), ont abouti à faire accepter comme hém ianopsie des cas où des scotomes partiels correspondants se développent dans chaque œil, constituant alors ce qu'on appelle V hémianopsie partielle, par opposition à Vhémianopsie totale, constituée par la disparition de toute une moitié du champ visuel.
(*) Les anciens (Richter, Jourdan) considèrent que l'hémiopie symptomatique dépend de quelque vice de conformation ou de quelque affection de la patrie antérieure de l'œil : taies de la cornée, taches de la capsule cristalline, déplacement de la pupille par suite de la hernie de l'iris, de synéchies antérieures ou "postérieures, de décollement de J'iris, au niveau de la circonférence du ligament ciliaire.
Que la perte de sensibilité rétinienne existe au même degré, dans toute l'étendue du scotome, et pour toutes les impressions lumineuses, l'hémianopsie est dite absolue; elle est relative dans le cas où certains agents lumineux ou colorés peuvent encore faire naître des sensations plus ou moins nettes.
Enfin, si l'hémianopsie ne s'accompagne d'aucune autre affection cérébrale ou oculaire, on la qualifie de l'épithète de pi^re ; contrairement, elle est compliquée.
Quelques auteurs ont attribué beaucoup d'importance à une dernière qualification de l'hémianopsie, celle qui a trait à sa marche, à sa durée. Il y en a, en effet, qui tiennent absolument à l'appeler persistante ou stationnaire, pour la distinguer de' l'hémianopsie temporaire, que l'on connaît aussi sous la dénomination de amaurosis partialisfugax. Ce qualificatif de stationnaire n'est pas heureux, parce qu'il fixe, pour ainsi dire, la lésion sous des traits qui ne devraient plus changer. Or, il n'en est rien, du moins d'une façon absolue. Telle hémianopsie, en effet, peut n'arriver à son summum que par poussées, tandis que telle autre, après s'être présentée d'abord à son maximum, peut décroître d'une façon plus ou moins complète ; on cite même, heureusement, quelques cas de guérison.
Mieux vaut donc laisser de côté cette dernière manière d'être de l'hémianopsie, au point de vue de son évolution, ou bien, si l'on aime mieux, la qualifier simplement de l'épithète durable, qui me semble ne rien préjuger.
Après cette rapide esquisse des principaux caractères, qui doivent constituer l'hémianopsie, je crois être en mesure de donner de celle-ci une définition suffisante. Je dirai donc, que :
Symptôme d'un état morbide intra-crânien^V hémianopsie consiste en une anesthésie symétrique, totale ou partielle.
absolue ou relative, dans la moitié correspondante de chaque rétine, tantôt pure, tantôt compliquée d'autres troubles cérébraux ou oculaires. La perte plus ou moins durable de la moitié opposée du champ visuel est la traduction de cet appa^ reil symptomatique.
Cette définition exclut complètement de mon cadre l'amaurose partielle temporaire ou hémiopie passagère, simple trouble fonctionnel, qui peut revêtir différentes formes. Ce n'est pas à dire pour cela, que je veuille lui refuser le nom sous lequel on la désigne habituellement, et les caractères qui lui sont propres. J'entends dire simplement, que j'envisage seulement les cas qui relèvent d'un désordre matériel de l'encéphale.