CHAPITRE II
Diagnostic. — Pronostic.
Le syndrome que nous venons d'exposer qu’on appelle hémiplégie hystérique n'est pas si nettement caractérisé qu'on ne puisse à un moment donné, à son début, dans sa période d'état ou de déclin, le confondre avec des manifestations analogues dues à des lésions organiques des centres nerveux.
Nous avons, en effet, vu Charcot lui-même (Obs. VIT), méconnaître la nature névropathique de la paralysie. Il faut l'avouer, des erreurs semblables sont possibles aux différentes phases de l'affection.
On dit que l’apoplexie organique frappe plutôt les sujets âgés que les jeunes. L’apoplexie nerveuse, au contraire, atteint l’âge moyen de la vie. Ce sont là certainement des données de valeur, mais l’apoplexie organique qui frappe le jeune
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âge et l’âge mûr n’est pas à ce point exceptionnelle qu'on puisse en faire une rareté clinique.
D'autre part, nous avons vu l’ictus hystérique se manifester à trois reprises différentes chez une femme de 63 ans (Obs. VIT).
La malade d'Homolle est frappée d’apoplexie hystérique (Obs. IX) à l’âge de 55 ans. On pourrait citer bien d’autres exemples analogues.
Des renseignements utiles pour le diagnostic sont ceux tirés des antécédents héréditaires. Un sujet né de parents névropathes avérés sera plus enclin qu'un autre aux paralysies d’origine hystérique. Nous avons pu voir que presque tous les hémiplégiques dont nous avons rapporté l’histoire racontalent, soit du côté de leur mère, soit du côté de leur père, soit encore du côté de leurs frères ou sœurs, des manifestations nerveuses multiples. À l’occasion de l’étiologie nous reviendrons sur ce point. Mais on sait aussi que plusieurs membres d’une même famille peuvent être frappés d’hémorrhagie cérébrale.
Les antécédents personnels sont plus précieux encore au point de vue qui nous occupe. Rarement l'apoplexie et l’hémiplégie hystériques sont les premières manifestations de la névrose.
Des attaques antérieures plus ou moins fortes, avec où sans perte de connaissance ont déjà généralement fait Jeur apparition dans le passé du malade.
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À leur défaut, on trouvera peut-être dans leurs antécédents des troubles nerveux, tels que céphalaloies, douleurs précordiales, phénomènes de la boule, paralysies diverses.
Tout au moins reconnaîtra-t-on au malade depuis longtemps déjà un caractère nerveux et irascible. Ce sont des pleurs ou des rires sans motif, des bizarreries particulières, une émotivité extrême.
D'autre fois enfin, mais rarement, il n’y aura pas d’antécédents : C’est le cas du malade de Laveran. La foudre crée chez cet homme bien portant tout à la fois le tempérament nerveux et les manifestations hémiplégiques qui en sont la conséquence (Obs. XV).
L'existence dans les antécédents personnels de l'alcoolisme, du saturnisme, de la syphilis n'apporte au diagnostic qu'un appoint médiocre.
Chacune de ces tares organiques, comme nous le verrons plus loin, peut faire éclore les accidents hystériques. Mais on sait aussi leur influence non contestable sur le développement des lésions organiques telles que hémorrhagie cérébrale, trombose artérielle, ramollissemernt,.
Les conditions dans lesquelles est survenue l'apoplexie éclairent souvent aussi le diagnostic. Dans le cas où elle à succédé à une émotion vive, à une douleur morale, on pense plus volontiers à
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l'hystérie. Un ébranlement physique comme cause plaidera aussi en faveur de l'ictus nerveux.
Le début nocturne de l’attaque d'hystérie n'est pas rare ; nous l’avons constaté dans les observations VII et XI. Mais on sait que c'est là aussi la facon fréquente dont procède l’hémorrhagie cérébrale.
La rapidité avec laquelle l’ictus fait perdre le sentiment n’est pas davantage pathognomonique de la lésion organique ou du simple trouble fonctionnel. L’apoplexie hystérique est parfois foudroyante (Obs. XIV). Nous en avons cité des exemples. D’autres fois, elle est précédée de vertiges, d'éblouissements ; la perte du sentiment est alors progressive. C’est là ce que l’on observe aussi le plus fréquemment dans les cas d’hémorrhagie cérébrale, En effet, de la rapidité avec laquelle se forme l’épanchement du sang extravasé dépend la perte plus ou moins immédiate du sentiment. La substance cérébrale lui offre une résistance variable. dans les cas où celle-ci est grande, l'hémorrhagie est lente et le cerveau aura le temps de s’habituer à l’excès de compression qu'il aura à supporter. Il résulte des expériences de Naunyn sur le chien que 45 c. c. injectés lentement sont nécessaires pour amener la perte de connaissance complète, alors que 5 c. c. suffisent, s’ils sont injectés violemment.
À moins d'inondation ventriculaire, l'hémor-
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rhagie procède d'ordinaire d'une façon relativement lente. Elle devra donc atteindre un assez grand volume pour frapper de stupeur tous les éléments nerveux du cerveau; elle sera aussi, en conséquence, rarement foudroyante, mais abolira d'une façon progressive le sentiment. |
Rien dans les commémoratifs n'est donc absolument caractéristique. Est-ce que l’apoplexie hystérique elle-même présente quelque particularité qui permette de la distinguer?
Souvent elle est accompagnée de convulsions.
Cependant 1l n'en est pas toujours ainsi, et l'on à pu voir (Obs. XIV) un ictus hystérique absolument dépourvu de tout phénomène spasmodique.
D'autre part, dans l'apoplexie organique, les convulsions ne sont pas exceptionnelles.
On les voit apparaître toutes les fois que l'hémorragie se fait au voisimage de l’épendyme ou en est assez rapprochée pour le comprimer ou l'irriter.
La durée de la perte de connaissance n’a ellemême rien de fixe, soit qu'on ait affaire à l’hémorrhagie, soit qu’on se trouve en présence de la névrose.
En résumé, l’apoplexie hystérique peut souvent être méconnue au profit de l’apoplexie organique et vice-versa. Ni l’une ni l’autre n’ont des aspects assez types pour que l'on puisse dès l'abord se prononcer en faveur de l’une ou de l’autre. Les