OBSERVATION I
Malade couché au n° 43 de la salle Sainte-Elisabeth, service de M. le professeur Lépine.
Homme âgé de 23 ans.
Le malade se surmenant depuis un certain nombre de mois, travaillant 16 heures par jour et vivant plutôt d’une manière insuffisante, quand le 12 avril, au matin, il fut frappé d’hémiplégie droite sans émotion préalable.
A son entrée à l’hôpital, on constate une hémiplégie droite ayant les caractères d’une hémiplégie hystérique : flaccidité des deux membres paralysés, héminanesthésie qui paraît complète aux divers modes d’excitation, intégrité de la face, paralysie complète du membre supérieur, incomplète du membre inférieur ; champ visuel diminué du côté droit. Diplopie monoculaire.
L'urine est pâle, légèrement trouble ; la quantité dépasse deux litres par jour.
Dans la nuit du 14 au 15 avril, c’est-à-dire un ou deux jours après son entrée à l'hôpital, le malade est pris d’une crise épileptiforme qui, à ce qu’on a dit, aurait duré plus de 4 heures.
L'interne de garde appelé, ne connaissant pas les antécédents de ce malade et ayant constaté la présence d’une quantité abondante d’albumine dans l'urine, crut naturellement à l'existence d’une éclampsie urémique et
fu,
pratiqua une saignée de 500 grammes. Le 15 au matin, vers 7 heures, nouvelle crise; on a constaté que la période des convulsions à duré trois quarts d'heure. A la suite de ces deux crises, on remarque une parésie très marquée du côté gauche mais qui n'empêche pas de légers mouvements des doigts et des orteils. Le cœur est assez fort, mais on perçoit ün léger galop; le pouls est plutôt faible. Le jour suivant, l’état est le même; le malade continue à être hémiplégique à droite ; il a en même temps une faiblesse bien marquée du côté gauche. Pas de paralysie faciale appréciable.
Le 23 avril, soir, nouvelle crise convulsive ayant duré trois quarts d'heure ; la fin de la crise a été observée : Le malade a les yeux clos, les bras en croix ; secousses cloniques, surtout dans les muscles respiratoires (diaphragme compris); gonflement du cou; l’action de souffler sur les paupières provoque des mouvements réflexes du visage, mais il ne ressent pas les excitations douloureuses; à un certain moment, le corps est en arc de cercle ; puis convulsions cloniques, qui sont provoquées par le moindre attouchement. La crise se termine par une série d’inspirations profondes (1).
Que l’hémiplégie soit complète ou atténuée, qu’elle frappe un seul côté du corps ou les quatre membres, la paralysie qu'elle engendre, à presque toujours les caractères que nous lui avons assignés plus haut. C’est àsavoir d’être modifiée par diverses influences morales ou physiques.
(1) Le malade a été atteint ultérieurement de somnambulisme, L'observation complète à ce dernier point de vue sera publiée pro-
chainement par M. Lépine.