‹ De l'Hémiplégie HystériqueChapitre 7 sur 78 · VAT · texte numérisé non relu

VAT

Chez le malade de M. le professeur Lépine, dont nous venons de donner l’intéressante observation, la paralysie cessait partiellement lorsque l’on commandait au malade, et cela impérieusement, de maintenir son bras dans la position qu'on lui avait donnée. On sait que chez les hystériques, la paralysie disparaît complètement pendant le sommeil hypnotique.

Comme influences physiques, modifiant l’hémiplégie hystérique, nons citerons là métallothérapie, l’aimentation, l'électricité. Nous insistons enfin avec Duchenne de Boulogne (1) sur la persistance dans ces paralysies de la contractilité électrique et l'absence ordinaire de réaction de dégénérescence.

IT. TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ. — Ce qui frappe surtout en lisant la plupart des. observations d'hémyplégie hystérique, c'est la constance avec laquelle Phémianesthésie accompagne la paralysie motrice, frappant comme elle la moitié du corps du même côté, atteignant le plus souvent à la fois tous les modes de la sensibilité générale ; les sensations au contact ont disparu, la douleur ne révèle plus la piqûre d’épingle, le froid ne produit plus d'impression.

(1) Duchenne de Boulogne : Recherches sur l’état de La contrachlité et de la sensibilité électromusculaire dans les paralysies du

membre supérieur, étudié à l’aide de la galvanisation localisée, 1850.

L'insensibilité à également frappé les muqueuses dans les mêmes conditions que la peau. Les réflexes palpébraux et pharyngiens ont disparu comme les réflexes cutanés.

La sensibilité musculaire et articulaire fait aussi presque toujours défaut et le malade est, qu'on nous passe lexpression, hémiataxique. Les réflexes tendineux sont cependant généralement conservés parfois même augmentés, mais les yeux fermés, le sujet ne peut, sans erreur, indiquer la position que l’on donne à son bras et n'a pas conscience des mouvemennts qu'on lui imprime.

Comme la sensibilité cutanée, la sensibilité musculaire à disparu à tous les modes, la pression n'est pas perçue, 11 en est de même des piqûres profondes, de l'électricité. La contractilité électromusculaire persiste donc alors que la sensibilité électro-musculaire est abolie. Duchenne de Boulogne dans ses Notes relatives à la symptomatologie, regarde cette dissociation comme un signe de certitude.

Nous venons d'exposer les troubles de la sensibilité qui le plus souvent accompagnent l'hémiplégie hystérique. Mais si c'est là Ia règle générale les exceptions à cette règle ne sont pas rares :

Et d’abord l’anesthésie ne revêt pas toujours la forme d’une hémianesthésie. Nous citerons plus loin, à propos de l’apopiexie hystérique (Obs. XIIT), un cas rapporté par Achard (thèse de Paris, 1887),

NT

où l'anesthésie se montre par plaques isolées. Parfois même elle fait complètement défaut ; témoin le cas (Obs. XXX VI) que nous retraçons dans la suite, publié par Decoux (thèse de Paris, 1891); il s’agit d’une hémiplégie droite hystérique sans aucun taouble sénsitivo-sensoriel.

D’autrefois, ce qui est beaucoup plus rare, on à affaire à une hémiplégie motrice d'un côté, à une hémianesthésie du côté opposé; ainsi se trouve réalisé le syndrome de Brown-Séquard qui se produirait on le sait dans les cas d’hémisection de la moëlle.

Nous n’avons lu qu’un seul cas semblable; nous l’exposerons dans la suite à propos des troubles musculaires de la face (Obs. XXXIV). Cette observation a été publiée par Decoux (thèsede Paris; 189)"

Il s'agit d’une hémiplégie gauche et d’une hémianesthésie droite complète.

Ce même malade présente du côté gauche un phénomène assez fréquent dans l’hystérie, que Pitres (1) a appelé l'haphalgésie, douleur au contact, ce n’est, en somme, qu'une hyperesthésie marquée.

Pour ce qui est de la dissociation des différents modes de la sensibilité ; analgésie, perte des sensations douloureuses avec conservation des sensa-

(1) Pitres : Hystérie et Hypnotisme, 1892.

lu

tions tactiles ; thermo-anesthésie, perte isolée des sensations de froid et de chaud ; électro-anesthésie, perte isolée des sensations électriques ; nous renvoyons à l'ouvrage sur l’hystérie de M. Pitres, où cette question est traitée complètement.

D’après cet auteur la perte isolée des sensations tactiles n'appartient pas à l’hystérie. On l’observe chez les malades atteints de lésions de la moëlle ou des nerfs périphériques. Il en estde même du retard ou du redoublement des perceptions ; des erreurs dans la localisation des perceptions ; des sommations de sensation.

IIT. TROUBLES SENSORIELS. — Du côté du corps frappé de paralysie motrice et sensitive, les différents sens sont plus ou moins émoussés parfois même abolis. La sensibilité spéciale, d'ordinaire aussi atteinte, peut cependant être respectée, soit totalement (nous venons de citer (Obs. XXX VI) un cas d’hémiplégie droite sans aucun trouble sensitivo-sensoriel), soit partiellement : et alors le goût, l’ouïe, l’odorat, la vue sont plus ou moins mdemnes, plus ou moins atteints. Les troubles de ce dernier sens offrent le plus grand ‘intérêt. Ils vont nous arrêter un instant.

L’amaurose s’observe rarement dans l’hystérie, l’amblyopie, au contraire, est très fréquente; ce trouble n’est qu’un rétrécissement concentrique du champ visuel plus ou moins étendu, mais géné-

oies

ralement plus prononcé du côté de l'hémiplégie.

Nous verrons plus loin, à propos de chacune des observations que nous rapporterons dans la suite, que l'amblyopie chez les hémiplègiques hystériques est presque la règle.

L'amaurose est, nous l'avons dit, bien plus rare ; sa forme hémilatérale est plus fréquente que sa forme bilatérale. Cette dernière répond à la cécité. Nous avons eu l’occasion d’observer dans le service de M. le professeur Lépine, un hystérique, dela salle Sainte-Elisabeth, qui présente des phases passagères de cécité.

A son propos, M. le professeur Lépine nous a fait remarquer que, toute complète que paraissait être cette cécité, le malade voyait cependant à son insu: car, livré à lui-même, il évite les obstacles. Il n’a seulement pas conscience de sa vision.

Avec l'amblyopie hystérique apparaissent aussi des troubles dans la perception des couleurs. Parfois il y a achromatopsie complète : aucune couleur n'est perçue, soit d’un seul œil, soit des deux. D'autres fois 1l y à seulement achromatopsie pour une ou deux des couleurs.

Par exemple, un hystérique ne voit pas ie vert. Cette absence de perception pour cette couleur w’est cependant qu'apparente, car le malade voit blanche la toupie de Newton composée de vert et de rouge, que l’on fait tourner devant lui. IL

EAN) TRS

perçoit donc le vert, mais encore là d’une façon en quelque sorte inconsciente.

Nous taisons ici les règles que divers auteurs ont données pour l'étendue du champ visuel des couleurs. On sait que chez l’homme sain, dont on prend le champ visuel, le cercle de blanc est le plus grand. Viennent après par ordre décroissant le bleu, le rouge et le vert. Chez l'hystérique, c’est plutôt sans règle que ces couleurs empiètent les unes sur les autres : leur cercle est plus ou moins confondü avec celui du blanc et même le dépasse en certains points.

Ces troubles sont beaucoup plus accusés généralement du côté de l’hémiplégie, ainsi qu'on pourra le voir dans les différentes observations que nous allons relater.

Nous venons de décrire l'hémiplégie hystérique dans sa symptomatologie même, nous allons étudier maintenant son évolution, marche, début, et terminaison.

1° MARCHE DE L’AFFECTION: — L’hémiplégie hystérique débute, évolue et se termine d’une façon essentiellement variable : il faudrait autant de narration qu'il y à de cas. Néanmoins, si, en dépit de la variété infinie des faits, on veut à toute force classer, au point de vue de leur marche, les différents cas d’hémiplégie hystérique, on peut distingner :

RTE

(1°) Les hémiplégies hystériques éphémères, qui d’ailleurs, souvent récidivent ;

(2°) Les hémiplégies hystériques tenaces.

L'observation suivante, rapportée par Guyot, relate un cas d’hémiplégie hystérique évidemment bien passagère : à

Page 1