MÉCANISME DE L'HÉMORRAGIE
Simpson a nettement posé les termes du problème : « Lorsque le délivre est partiellement décollé de l'utérus, il y a deux surfaces mises à nu par ce décollement : une portion de la surface interne de l’utérus, et une portion de la face externe de l’organe placentaire. D'après l'explication ordinaire, l’hémorragie est supposée procéder de la première de ces surfaces, c’est-à-dire de l'utérus. Au contraire, je crois fermement que dans la plupart des exemples, elle vient principalement de l’autre surface, c’està-dire de celle du placenta ». :
Actuellement, en France du moins, la théorie de l’origine utérine de l’hémorragie, est admise sans conteste : les classiques l’acceptent comme un axiome : « L'opinion de Simpson est considérée comme erronée : c’est au niveau de la surface cruentée de l'utérus mise à nu par le décollement du P. que l’hémorragie se produit ». (Tarnier et Budin). « La majorité des accoucheurs admettent que le sang vient des sinus utérins ouverts au niveau de la séparation du P.æt de la paroi utérine ». (Bar, Brindeau, Chambrelent). Auvard est, à notre connaissance, le seul qui donne les raisons sur lesquelles repose cette opinion. « On admet exclusivement aujourd’hui la théorie d’après laquelle le sang s'échappe par la surface utérine. On se base pour cela surles faits suivants :
1°) Après la sortie du fœtus, l'’hémorragie continue quelquefois ;
2°) La mort du fœtus n’empêche pas l’hémorragie dans les cas de P. prævia.
3°) Mackensie sur une chienne pleine dont l'utérus avait été ouvert et un placenta partiellemrnt décollé, put voir le sang s'échapper, non par la surface placentaire, mais par la surface utérine ».
Quelle est la valeur de ces arguments ? Auvard lui-même reconnaît que les deux premiers n’en ont aucune : si l’hémorragie continue quelquefois après la sortie du fœtus, il est beaucoup plus fréquent qu'elle s'arrête alors. « Après la sortie du fœtus, dit Brindeau, les hémorragiés s'arrêtent le plus souvent. Dans certains cas cependant, la femme continue à perdre du sang, soit par inertie du segment inférieur, soit surtout par déchirures larges ou simples fissures de ce segment ».
Il est avéré que lorsque le fœtus est mort et macéré, l’hémorragie se produit (Pandel) : mais la mort de l’enfant n’emigêche pas que les artères utéro-placentaires n’apportent du sang dans le grand lac intervilleux et que ce sang n’en reparte par les veines efférentes. La présence d’un souffle perçu au niveau du P. quand celui-ci est antérieur, prouve que la circulation placentaire n'est pas sensiblement réduite. « Longtemps après la mort du fœtus, dit Duncan, j'ai trouvé le P. rempli de sang frais et tout à fait intact. » Il peut donc y avoir écoulement de sang par une surface autre que celle de l’utérus.
Reste la preuve tirée de l’expérience de Mackensie dont Auvard écrit : « Ce dernier argument nous paraît seul sérieux et encore faudrait-il démontrer que la disposition anatomique de l'utérus et du P. est la même chez la chienne que chez la femme ». Or chez les carnassiers, « l’épithelium superficiciel de la muqueuse utérine disparaît au niveau du placenta maternel, tandis que l’ectoderme chorial prolifère rt lance des bourgeons plasmodiques qui pénètrent dans l’épaisseur de cette muqueuse et englobent les capillaires maternels tout en étant eux-mêmes pénétrés par les villosités vasculaires du fœtus ». « Le placenta des Rongeurs présente essentiellement la même structure que chez les Carnivores, à cette différence près que les capillaires maternels englobés par l’ectoplacenta (nom sous lequel M. Duval désigne le plasmode placentaire) perdent leur paroi propre et se transforment ainsi en simples sinus sanguins creusés dans ce plasmode ».