‹ De l'hémostase: Dans la désarticulation de la hancheChapitre 17 sur 31 · III. — MÉTHODE DE LA DOUBLE ACUPRESSURE EÉLASTIQUE · texte numérisé non relu

III. — MÉTHODE DE LA DOUBLE ACUPRESSURE EÉLASTIQUE

Il ya quelques années à peine, a paru, en Angleterre d’abord, puis en France et en Allemagne, une nouvelle méthode d’hémostase, dont l'emploi ne s’est pas encore généralisé, mais qui paraît destinée à détrôner les méthodes universellement adoptées jusqu’ic1.

Cette méthode, que M. le docteur Chalot propose d’appeler méthode de la double acupressure élastique, consiste, avant d’opérer, « à diviser les parties molles périarticulaires en deux zones de constriction hémostatique, au moyen d’une ou deux longues broches d’acier, qui traversent la racine du membre au ras du col de fémur, dans le sens horizontal ou vertical, et contre lesquelles on serre les parties molles avec des tubes ou bandes élastiques. On fait l’hémostase définitive après l’ablation totale du membre.»

Décrite pour la première fois par Newman (de Glascow), cette méthode a été successivement employée avec divers perfectionnements par J. Spence, Poncet (de Lyon) et Trendelenburg. En terminant, nous consacrerons quelques lignes aux nouvelles modifications que M. le professeur Chalot propose d’y apporter. |

Procédé de Newman. — C’est à un chirurgien anglais, Newman (2),

(1) Archiv. für klinische Chir., Bd. 26, S. 858, 1881. (2) Glascow medic. Journ., octobre 1876.

avons-nous dit, que revient le mérite d’avoir, le premier, posé le prin cipe de cette méthode opératoire.

‘En 1876, ce chirurgien donna la description d’un instrument de son invention, avec lequel on serait, dit-il, parfaitement assuré contre la perte sanguine. Il consiste en un grand couteau, dans l'épaisseur duquel sont creusées deux rainures (une sur chaque face) destinées à recéler deux tiges d'acier. À chacune des extrémités de ces tiges se trouve un chas pour recevoir un crochet.

Avant de pratiquer l’amputation, le chirurgien plonge ce couteau à la racine du membre, en passant immédiatement en arrière du col fémoral; le couteau est retiré, mais on laisse à sa place une des tiges d'acier. Un fort cordon de caoutchouc, contournant la partie postérieure de la cuisse, est fixé aux deux extrémités de cette tige. Le lambeau postérieur est ainsi comprimé à sa racine.

Par une manœuvre analogue, on comprime à sa base le lambeau antérieur, et l’on achève l’opération en taiilant des lambeaux de dedans en dehors, suivant la méthode classique. On peut ensuite lier les artères sans difficulté, avant d’enlever les tiges compressives.

L'auteur n’a pas eu l’occasion d'appliquer sa méthode sur le vivant, mais il l’a essayée sur le cadavre, et l’eau qu’il injectait avec une grande force, par l’aorte, ne pouvait pas passer par la fémorale, tant que les baguettes compressives étaient maintenues en place.

Procédé de Spence.— Le procédé de Newman était resté dans l’ombre ; aucun chirurgien n’avait songé à l’appliquer sur le vivant, lorsque M. James Spence (d’Edimbourg) (1), en 1879, employa un procédé qui, tout en différent de celui de Newman, repose sur le même principe. Ayant à pratiquer la désarticulation coxo-fémorale sur un malade atteint de fistules de la hanche, il procéda de la façon suivante: les différents trajets qui siégeaient au côté externe furent réunis par une même incision, qui permit d’arriver à la tête fémorale et de la réséquer, malgré quelques difficultés dues à un commencement d’ankylose.

(1) The Lancet, 20 septembre 1879.

— Aÿi—

Alors, suivant le trajet que parcourt le couteau dans le procédé per transfixion, on enfonça une forte »roche, suffisamment longue pour : dépasser les téguments, tant au côté externe qu’au côté interne. Au moyen d’une bande élastique appliquée entre les deux extrémités de la broche, on comprima les parties molles antérieures, absolument comme lorsqu'on applique l’acupressure à un vaisseau. Une deuxième bande comprima de même les parties postérieures. La taille des lambeaux fut alors exécutée ; c’est à peine s’il y eut un léger suintement sanguin. Après avoir pratiqué la ligature des artères à la surface des lambeaux, on desserra la bande ou le tube élastique, et on retira le stylet; une légère hémorrhagie en nappe suivit l’ablation des liens constricteurs.

Le procédé de Spence, on le voit, diffère de celui de Newman par l’emploi d’une seule tige, qui lui suffit pour faire l’hémostase en avant

et en arrière.

Procédé de Poncet, de Lyon.— Quelques mois après la tentative de J. Spence, et sans avoir connaissance de lopération du chirurgien anglais, M. A. Poncet (de Lyon) (1), employa un procédé tout à fait analogue. Il s’agissait d'opérer un enfant de quatorze ans, atteint d’un sarcome du fémur, et dans un tel état d’affaiblissement, que la moindre perte de sang eût pu avoir un résultat fatal.

M. Poncet fait l’amputation à deux lambeaux, antérieur et postérieur. Pour la taille du lambeau antérieur, après avoir introduit un couteau à double tranchant de dehors en dedans (procédé de Manec), il glisse sur le couteau resté en place une longue tige d’acier, aplatie et résistante, longue de 0®,35 centimètres, large de 0,018 millimètres et de 0,003 millimètres d’épaisseur. La tige sortant par les deux ouvertures, on jette entre les deux extrémités des huit de chiffre d’un gros lien élastique, qui comprime facilement le lambeau antérieur, lequel est alors taillé sans hémorrhagie, et on pratique facilement les ligatures

(1) Lyon médical, 29 février 1880.

nécessaires. M. Poncet, dans le cas actuel, dut en appliquer ee sur le lambeau antérieur.

Cela fait, il ouvre l'articulation, et, avant de tailler le lambeau postérieur, il fixe la tige d’acier à la base et pratique l'hémostase absolument comme dans la première partie de l’opération. Il n’eut à placer que cinq ligatures dans le lambeau postérieur.

L'opération se termina sans écoulement appréciablé de sang, quoi-

qu’il y eût un développement vasculaire anormal. Le malade mourut le douzième jour, d'infection purulente.

Procédé de Trendelenburg.— Le professeur Trendelenburg (de Rostok) (1), a communiqué au dixième Congrès allemand de chirurgie, en 1881, un nouveau moyen d’hémostase qu'il avait déjà employé depuis deux ans. Il est basé sur le même principe que ceux que nous venons de décrire et diffère à peine du procédé proposé par Newman, des idées duquel le chirurgien allemand paraît s'être inspiré. Seulement, au lieu d'appliquer simultanément les deux tiges comme le chirurgien de Glascow,Trendelenburg n’emploie qu’une seule tige, qu’il place successivement en avant et en arrière du col du fémur. Voici, du reste, le manuel opératoire :

On prend une tige d'acier de 0,38 centimètres de lee de 0,006 millimètres de largeur, à faces convexes et légèrement bombées au lieu d’être aplaties, ayant 0,002 millimètres d'épaisseur au milieu, à bords mousses, et munie d’une pointe de 0,003 centimètres, en forme de lance, pointe qu’on peut enlever à volonté.

On enfonce obliquement la tige à travers les parties molles, par le même chemin que parcourt le couteau à double tranchant dans la méthode de Lisfranc, mais 2 centimètres plus haut. La tige entre donc à 4 centimètres environ au-dessous de l’épine iliaque antérieure et supérieure, passe entre l’artère fémorale et la tête du fémur, et sort dans le pli du scrotum.

(1) Archiv. für klin. Chr, 858, 1881.

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