CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES
Avant d’aborder l’étude des moyens destinés à épargner le sang des opérés, examinons rapidement les sources de cette hémorrhagie, qui compromet la vie du patient pendant la désarticulation. Nous mettrons à contribution, pour cette courte étude, l'excellent ouvrage de
M. Farabeuf (1).
L’articulation coxo-fémorale, ditcetauteur, profondémentsituée dans l'épaisseur de masses musculaires énormes, est entourée de nombreux vaisseaux, qui semblent en défendre l’approche. Seule, la région trochantérienne permet d’arriver sur la tête du fémur sans faire de ligatures.
En avant se trouve l’artère fémorale primitive, quise bifurque ordinairement à 3 ou 4 centimètres, quelquefois à quelques millimètres audessous de l’arcade crurale. Les branches des artères fémorales, superficielle et profonde, s’étendent de chaque côté, comme pour rendre l’articulation inaccessible en avant. Ce sont, en dehors, les deux musculaires et la circonflexe antérieure; en dedans, les honteuses externes et quelques rameaux de la circonflexe postérieure.
À la région interne se trouve l’obturatrice, dont les branches s’épuisent dans les adducteurs et ne descendent pas à plus de 0,10 audessous du périnée.
La partie postérieure est sillonnée par les nomhreuses branches de l’ischiatique et de la fessière.
Enfin cette dernière artère donne deux petits rameaux qui s’anastomosent, au-dessus du grand trochanter, avec la petite musculaire et les circonflexes.
(1) Farabeuf, Manuel de médecine opératoire.
Quoique la plus importante par son calibre, l’artère fémorale n’est pas la plus redoutable; sa situation superficielle permet facilement au chirurgien de s’en rendre maître. Sa ligature au-dessous de l’arcade crurale rend exsangue la partie antérieure de la cuisse; toutefois, quand on portera le couteau au-dessous de la ligature, les branches de la fémorale profonde donneront du sang, à cause des anastomoses qui les unissent aux artères de la région postérieure. Si la ligature porte au-dessous de l’origine de la fémorale profonde, celle-ci peut donner lieu à un écoulement considérable de sang : c’est ce qui arriva dans un cas de Gross (de Nancy), que nous rapportons plus loin.
Mais ce sont surtout les artères de la fesse, l’ischiatique, la fessière et l’obturatrice, dont l’hémorrhagie, bien autrement redoutable, fournit le plus grand contingent à la mortalité. La multiplicité de leurs branches, la profondeur de leur situation, rend la compression inefficace.
Enfin, il n’est pas jusqu’aux veines elles-mêmes qui ne puissent donner lieu à une hémorrhagie dangereuse; etles veines importantes, la fémorale, la saphène, comme l’a fait remarquer Rose, donnent du sang par les deux bouts, à cause de l’insuffisance des valvules. Il faudra donc les lier avec autant de soin que les artères.