‹ De l'hérédité dans les maladiesChapitre 11 sur 47 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Raisons qu'on a fait valoir contre l'existence des aptitudes ou des maladies héréditaires.

49. Nous avons déjà presque admis en principe l'influence de l'hérédité dans les maladies ; et en ceci nous avons été entraînés, et par les faits nombreux que la mémoire nous fournissait, et par la leclure de la plupart des auteurs anciens et modernes. Les écrits hippocratiques sanctionnent le principe de l'hérédité dans les maladies : curn nempè genitura ab omnibus corporis procédât, à sanis sana, à morbosis morbosa (32;, ex pituitoso pituitosus , ex bilioso biliosus, ut ex tabido tabidus, et ex lienoso lienosus, etc. (33). Fernel a consacré la même opinion dans ses écrits :

Senes, valetudinarii, imbecilles filios vitiosâ con-

stitutione gignunt , quâ tandem in morbos svniles hœrediiarios nuncupatos, incurrant , etc; (34). Van- Swiéten a dit : Morbos ex parentibus propagari inprogeniem innumeris observu tionibus confirmatur (35); il ajoute même : Silente morbo in genitore, dum ex avo derivatur in nepotem (36). Stahl partageait ces mêmes idées, ainsi que l'annonce le titre d'une des thèses soutenues par J. Burchart, sous sa présidence (37). 11 est un de ceux qui aient le plus insisté sur la transmutation des maladies héréditaires les unes dans les autres, de génération en génération , et simul deinde obserçatio

— *7 — Hceat , quomodo taies liberi non illâ eâdem specie pares ajfectus assequantur, quales parentibus familiales fuerunt (3T); et Ranchin a exprimé en peu de mots l'opinion des anciens, lorsqu'il a dit en parlant de l'hérédité : Omnes Grœci , Arabes et Latini in eo consentiunt (38).

50. Cependant Louis ne partagea point les opinions généralement admises sur l'hérédité. Il révoqua en doute la transmission des maladies des parents aux enfants. Après avoir fait sentir que c'est l'expérimentation sur laquelle il faut s'appuyer, lorsqu'on veut raisonner en médecine, il prétend que c'est seulement sur des faits vagues et mal établis , qu'on a fondé la doctrine des maladies héréditaires. 11 croit qu'il existe des affections acquises de la mère à l'enfant dans l'utérus et cite l'exemple de Descartes qui , né d'une mère phthisique, acquit d'elle, mais n'en hérita pas, une faible constitution, qui se fortifia à l'âge de vingt ans (38).

51 . Louis nie ensuite que le germe puisse être primitivement altéré ; avouant qu'on ignore le mécanisme de la génération et raisonnant dans la supposition de l'emboîtement des germes ou de la production successive des êtres, il en déduit que, dans l'un et l'autre cas, ces germes ne peuvent être malades. Dans la théorie de l'emboîtement, dit-il, évidemment le germe viendrait des premiers parents , et en conséquence il faudrait admettre, daus la doctrine de l'hérédité des maladies , que la prédisposition serait commune à tous les individus issus de la même ou des mêmes familles primitives, Ce seul fait détruirait la réalité

de toutes les différences individuelles que l'on attribue à l'hérédité. Dans la théorie de la génération successive, comme l'organisation du nouvel être serait instantanée , et qu'il n'y aurait pas de germes dans les aïeux 9 ceux-ci n'auraient pu communiquer le mal par voie d'hérédité.

52. Viennent ensuite quelques faits de peu de valeur et relatifs à la pierre, à la syphilis , à la goutte. Louis admet que les tempéraments ne sont pas héréditaires ; que si un enfant qu'il cite devint ivrogne lorsque son père était adonné au vin , c'est que cet enfant avait imité le vice paternel, et non pas parce qu'il existait une disposition héréditaire. Cet individu fut atteint de la goutte, parce qu'il suivit un régime propre à la produire , tandis que deux autres enfants qui furent sobres n'ont point été affectés de cette maladie. Louis, rappelant l'opinion de Morton, que la phthisie est héréditaire : dispositio ctiam hœreditaria sœpè scepiàs phlhisitn pulmonarem infcrt , eu m omnibus sit satis notum, natos à phlhisicis parentibus in eumdern morbwn esse pr vch'çes , admet, dans ce cas , qu'il ne s'agit pas d'une disposition originelle, puisque les parents sont supposés actuellement atteints de phthisie , et qu'ils ne pouvaient pas communiquer celle-ci, alors qu'ils n'en étaient pas atteints. D'ailleurs cette invasion de la phthisie sur les enfants peut être l'effet du hasard ou de la contagion, contagion dont il ne doute pas.

53. Enfin , ajoute-t-il, s'il y avait un vice humoral dans un germe , celui-ci devrait être détruit. S'il y avait une altération des solides 5 comment serait-elle

3.9 — si long- temps à se manifester. « J'ai vu , dit-il , un très-grand nombre d'épileptiques (dans les hôpitaux mêmes), sans en avoir pu découvrir un seul dont les parents aient été attaqués de cette maladie. »

54. Louis ajoute enfin à son mémoire un extrait d'un travail de Lyonnet (40) qui, tout en admettant l'existence des maladies héréditaires , établissait que le mauvais état de santé de Louis XIII n'était pas la conséquence d'une disposition de famille, mais bien du mauvais iait qu'il avait pris et du régime peu convenable qu'il avait suivi. Â cetie occasion, Lyonnet faisait valoir des arguments du même genre que ceux de Louis contre l'existence des maladies héréditaires.

55. Tel est en substance le mémoire du célèbre Louis; il est évident que la plupart de ses raisons ont peu de valeur.

56. D'abord, de ce qu'il existe des affections acquises , ce que tout le monde croit, il ne s'ensuit pas qu'il n'existe pas aussi de maladies héréditaires.

57. Si Ton admet ensuite la théorie de l'emboîtement des germes , on ne peut se refuser à croire qu'au moment de la fécondation, ceux-ci ne soient puissamment modifiés, puisqu'ils sont tout-à coup animés; or, le germe ne peut-il pas recevoir alors une influence morbide comme il éprouve une influence physiologique? Dès lors le germe des prédispositions maladives ne proviendrait pas des premiers ascendants, mais serait la conséquence de la disposition des parents au moment de l'acte générateur. Dans la théorie de la production actuelle du nouvel être , le même fait peut avoir lieu, et dès lors ie raisonnement de Louis tombe

de lui-même. Les aïeux peuvent avoir communiqué à leurs enfants la prédisposition que ceux-ci propagent à leur postérité,

58. Quoi qu'en ait dit Louis , l'observation la plus vulgaire prouve que le tempérament, la constitution des pères, sont fréquemment transmis aux enfants. On ne conçoit pas, ditPujol (page 247), comment cet habile homme a pu se déterminer à nier un fait si notoire et si général.

Sans doute il est des circonstances qui influent sur le développement de la phthisie ; sans doute un mauvais régime favorise la formation des calculs rénaux ou vésicaux ; mais cela n'empêche pas que ces maladies ne puissent être héréditaires.

59. Que si des parents, plus tard atteints de phthisie , ont des enfants qui périssent phthisiques , personne n'a pensé que ce fût la phthisie elle-même qui dans ce cas a été communiquée ; mais on a cru que les parents avaient eux-mêmes une prédisposition à cette maladie, et on a pensé qu'ils ont trausmis cette prédisposition à leur progéniture.

60. On ne voit pas plus pourquoi un vice humoral détruirait un germe, que Ton ne voit pourquoi les altérations des liquides feraient périr un homme. Le germe ayant reçu une fois la vie, l'organisation du produit de la fécondation peut être pathologiquement modifiée par une cause humorale , tout aussi bien que les organes de l'adulte sont susceptibles de l'être. Si la prédisposition est le résultat d'une altération des solides, il faut, d'après les faits physiologiques de l'évolution, un tems plus ou moins long pour que l'aptitude à la maladie devienne évidente (n° 46 .

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