‹ De l'hérédité dans les maladiesChapitre 17 sur 47 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Théorie de l'hérédité des maladies.

101 . Les théories, en médecine, ne doivent pas être destinées à résoudre des problèmes curieux , mais à éclaircir des questions litigieuses dont la solution importe à la pratique. Celles qui ont eu pour but l'explication de l'hérédité des maladies n'ont pas toujours été dans ce cas. N'insistons pas ici sur les diverses opinions qui ont trait au principe de la multiplication des êtres. Il n'importe pas au médecin de savoir si des générations spontanées ont lieu ; si le système des molécules organiques de Buffon est meilleur que celui de l'évolution ; si les germes préexistent dans l'univers et n'attendent que l'occasion pour se développer ; si les ovaires, dont on ne peut nier l'existence, sont le véritable rudiment de l'animal ou du végétal ; si c'est la liqueur séminale ou le pollen qui y porte le principe de vie , le rudiment du nouvel être, ou seulement la stimulation qui doit déterminer le développement du produit delà conception, etc. Ces explications plus ou moins ingénieuses et plus ou moins probables n'éclairent point les graves questions relatives à l'hérédité des maladies. Dans chacune d'elles on trouvera des raisons, bonnes ou mauvaises, pour se rendre compte de l'hérédité des aptitudes organiques et des maladies transmises des parents aux enfants ; et la science pratique ou d'application n'y gagnera rien.

Faisons donc grâce au lecteur des pages nombreuses qu'il aurait été facile d'écrire sur ce sujet.

1 02. Une question plus sérieuse est celle-ci. La cause de la transmission des dispositions et des maladies héréditaires consiste-t-elle en un virus, un vice spécial des liquides qui se transmettrait des parents aux enfants; ou bien est-elle le résultat de simples dispositions organiques, de certaines structures anatomiques léguées par les ancêtres à leur progéniture.

i 03. Ce serait une lacune grave dans ce travail que de négliger de parler de ces deux opinions qui pourraient avoir quelque influence sur la marche que l'on aurait à suivre dans les traitements prophylactique et curatif des maladies héréditaires.

104. La théorie qui consiste dans l'admission de virus spéciaux, comme cause des maladies de famille, repose sur les idées humorales qui régnaient en médecine d'une manière absolue. Elle était celle de beaucoup d'auteurs anciens, bien que plusieurs phrases de ces mêmes auteurs prouvent aussi qu'ils cherchaient à expliquer par des oirconstances d'organisation des solides les transmissions des maladies. Pujol a admis^dans un grand nombre de passages de son remarquable traité, que les virus se transmettent par voie de génération, et il ne paraît guère admettre d'autre théorie (64), Portai a cherché à spécialiser la nature de ce vice ou virus, et a cru que la syphilis dégénérée en était la cause principale (65) ; mais, à mesure que les explications solidistes exclusives ont envahi le domaine entier de la science , on a rejeté bien loin l'existence de causes virulentes ou de vices des humeurs.

M. Petit s'est élevé contre elles (66) avec énergie. Les auteurs des thèses de la Faculté que nous avons

citées ont partagé les opinions de Petit, et M. Seisiron surtout a nié avec beaucoup de force les causes humorales des maladies héréditaires (67).

1 05. Après avoir parlé des théories de Van Helmont sur le cachet idéal imprimé dans Farchée séminale et causant l'aptitude à ia maladie héréditaire; de l'explicationdeStahlsur l'influence de lame qui organise le fœtus d'après le plan du père et de la mère; ou encore de celle d'Hoffmann qui admet un certain mode d'impulsion imprimé primitivement dans les parties et qui, conservé, plus tard est la source des maladies de famille, l'auteur arrive à la manière de voir de Bonnet , qui croit que les humeurs des parents sont altérées; que par suite la liqueur séminale l'est aussi et vient modifier d'une même façon le produit de la conception. C'est alors qu'il attaque par les arguments suivants la doctrine des virus ou des vices des humeurs considérées comme causes des maladies héréditaires : 1° Il est impossible d'admettre des germes, des principes destructeurs de vie, immobiles dans les parties du corps de l'homme, parties qui se renouvellent sans c^sse; 2° on ne conçoit pas comment il se ferait qu'ils pussent rester stationnantes et qu'ils n'attendissent qu'une occasion pour se développer ; 3° la raison se refuse à admettre leur transmission d'une génération à l'autre ; 4° si cette hypothèse était vraie, tous les enfants dune même famille devraient être atteints de la même affection des parents et c'est ce qu'on n'observe pas; 5° il serait impossible de concevoir ainsi la transmission dune affection héréditaire des grands parents aux petits enfants, alors que les pères de ceux-ci resteraient dans un état de santé. M. Sersiron finit par ajoutera que la médecine; fille de l'observation , éclairée par le flambeau

d'une saine physiologie, ne peut plus conserver le monstrueux échafaudage sur lequel reposent les asser lions qui ont fait jouer des rôles si variés à des principes matériels, à des germes, à des virus pour expliquer la transmission des maladies héréditaires. »

106. Or, la médecine, fille de l'observation, peut très bien adopter un bon nombre des idées relatives aux maladies humorales transmises par génération. Les arguments de M. Sersiron ne suffisent guère pour ébranler cette théorie. 1° 11 n'est pas douteux que certains virus, tels que ceux de la variole, de la rage, etc. restent un certain temps dans l'économie d'un sujet sans manifester leur présence, et l'on ne voit pas pourquoi ce qui serait vrai d'un individu ne le serait pas de l'espèce; 2° et. 3° de ce qu'une chose est difficilement explicable, il n'en résulte pas qu'il faille la nier, autrement il faudrait nier aussi la théorie ou la transmission des maladies héréditaires par des dispositions de structure communiquées de génération en génération; car elle se prête à bien des difficultés; 4° de la même façon que tous ceux qui sont soumis à la même cause de maladie épidémique n'en sont pas frappés , il peut arriver que , parmi les enfants d'un père atteint de rachitisme, il n'y en ait qu'un petit nombre qui en soit affecté ; 5° de la même manière qu'on voit une personne prédisposée à une maladie n'en être atteinte que beaucoup plus tard, il se peut faire que le fils d'un père scrofuleux ne soit pas atteint de cette maladie, quoiqu'il en porte le germe, et que cependant ce germe, communiqué à une troisième génération , s'y développe sous l'influence de causes occasionnelles propres à favoriser le développement du vice intérieur préexistant.

107. Du reste, M. Sersiron est bientôt forcé d'avouer que la syphilis et la variole se communiquent des parents aux enfants par un virus ; aussi ne trouvet-il plus d'autres moyens de soutenir son opinion que de dire, que ces maladies ne peuvent être considérées comme héréditaires, parce que, si elles se communiquent à la seconde génération, elles ne vont pas jusqu'à la troisième. Outre que rien ne prouve cette allégation, ce serait être en dehors de la vérité que d'accepter une telle argumentation ; car, cette hypothèse fût-elle vraie , le mal n'en serait pas moins héréditaire, les parents n'en communiqueraient pas moins par génération la maladie qu'ils ont; seulement, la durée de l'héritage serait limitée. Et, pour nous servir d'un exemple pris dans le droit , on peut hériter dune rente temporaire ou emphytéotique que possédait le père; et , cependant , l'héritage doit avoir un terme. Bien plus, on conçoit qu'il serait possible au père de léguer des biens an fils avec permission de les laisser à son premier né , et en priver seulement la génération suivante. Or, le premier enfant n'en recueillerait pas moins l'héritage de son père.

108. Dans la manière de voir de M. Sersiron, il n'y aurait pas de maladie qui fût véritablement héréditaire; car, pour étendre son idée , une affection ne devrait être telle qu'autant qu'elle devrait se transmettre indéfiniment d'une génération à une autre; or, on peut admettre cette pensée consolante comme très près de la vérité : que, sous l'influence de certaines circonstances hygiéniques ou d'un traitement convenable, les dispositions héréditaires s'éteignent dans les familles.

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