chapitre; deuxième
|)e J'influence de l'hérédité considérée sous le rapport des syniptôinps et des signes ? des complications et de la durée des maladies.
299. Le plus ordinairement, les maladies héréditaires sont précédées de symptômes variés en rapport avec elles, et qui mettent en évidence l'aptitude à les contracter qui a été transmise par les parents. Ces prodromes durent quelquefois long-temps avant que l'affection elle-même se déclare. Ailleurs ils manquent de la manière la plus complète. G' est parfois encore une autremaladiequi devient leur cause occasionnelle, et qui leur sert ici de prodromes. Souvent, dans les maladies héréditaires telles que la phthisie, etc., l'invasion est obscure, latente pour ainsi dire; les symptômes sont mal dessinés. Le mal vient peu à peu , le frisson initial manque; la réaction qui se manifeste ressemble plutôt à la fièvre hectique qu'à un état aigu. Parfois même la lésion profonde a jeté de notables racines; les organes intérieurs sont gra vement altérés , et cependant le malade a éprouvé seulement quelques indispositions. Cela est vrai du cancer, des tubercules , des ossifications du cœur et des gros vaisseaux, etc. Or, dans des affections semblables, et lorsque l'on est appelé dès les premiers
temps, sur des sujets où l'on a des raisons de craindre une influence héréditaire, il est de la plus haute importance d'établir un diagnostic précis , de ne négliger aucune des sources d'investigation et de remonter jusqu'à la nature intime du mal, pour y remédier, s'il est possible.
300. D'autres fois, au contraire, les maladies héréditaires débutent avec une grande rapidité sous l'influence des causes légères dont il a été parlé plus haut, et suivent leurs périodes avec rite effroyable rapidité. C'est ce que l'on voit principalement survenir chez certains phthisiques dont les parents étaient affectés de la même façon, et qui passent en quelques semaines de la vie à la mort. Parmi les exemples que je pourrais citer, je mentionnerai celui d'une jeune fille, admirablement belle et d'un remarquable embonpoint, dont la mère avait été atteinte de phthisie, et qui succomba en moins de quarante-cinq jours à la même affection. MM. Àndral, Louis, Fournet ont cité des cas fort remarquables de cette phthisie aiguë qui m'a parfois paru avoir lieu sur des sujets le influencés par l'hérédité. Or , dans des cas pareils , le diagnostic doit être le plus minutieux possible, et ce serait un bien grand tort de ne pas rechercher quel est, dansdetellescirconstances,l'état matériel des organes.
301 . C'est surtout à 1 âge où la maladie en rapport avec une prédisposition héréditaire se déclare d'ordi«* naire, qu'il faut surveiller les personnes qui paraissent être sous l'influence de cette prédisposition. Il faut encore le faire à la même époque de la vie où cette affection s'est développée chez les parents. Ce principe est d'une haute application pratique et ne doit jamais être négligé.
302. On doit surtout redouter, chez les personnes soumises aux influences d'hérédité, certains symptômes ordinairement secondaires, ne se déclarant que furtivement , et qui se dessinent d'abord sur les sujets prédisposés par une aptitude de famille aux affections dont ces symptômes sont la conséquence. C'est ainsi que, dans les cas d'asthme ou d'emphysème du poumon, le simple essoufflement, lors d'un exercice un peu violent , doit sur de tels sujets, faire redouter l'invasion de la maladie des parents. C'est ainsi, que les névralgies variées de jeunes filles dont les mères étaient hystériques, peuvent faire craindre l'invasion de l'hystérie ; c'est encore ainsi que la diarrhée, survenant d'une manière habituelle, sur un individu dont les parents sont morts de phthisie pulmonaire,fera naître des craintes légitimes sur l'état des poumons de cet homme, alors même que les signes physiques des tubercules manqueront, et qu'il n'y aura pas de toux. On en peut dire autant des sueurs nocturnes ou de la réaction fébrile légère qui survient le soir et imite à s'y tromper une fièvre intermittente. Dans ce dernier cas, l'exploration de la rate fournit des données précieuses pour éclaire 1er diagnostic.
303. Touteslesfoisque,surunindividu actuellement traité pour une maladie autre qu'une affection héréditaire, il viendra à se déclarer quelques-uns des symptômes graves qui appartiennent aux affections maladives de famille, il sera d'une extrême importance de s'enquérir de l'état de santé des parents, et de discerner ce qui peut tenir à la maladie elle-même, de ce qui peut dépendre de la circonstance d'hérédité.
5o4- C'est surtout ici qu'il faudra tenir compte de la ligne plus ou moins directe et des degrés de parenté plus ou moins voisins, avec les personnes dont le malade est issu. Il est évident que l'hérédité est plus probable pour la ligne directe, que pour la collatérale, et qu'un enfant héritera plus facilement d'une maladie dont le père était frappé, que de celle dont son aïeul était affecté (22 et suivans). Peut être aussi l'hérédité de la mère à sa progéniture est plus probable que celle du père à son enfant.
305. Toutes les fois encore qu'une maladie aiguë se prolongera outre mesure et que les altérations organiques qu'elle présentera ne se dissiperont pas comme on était en droit de le croire, et cela malgré l'emploi des moyens de traitement les plus convenables; toutes les fois que cette affection, d'aiguë qu'elle était, deviendra chronique, sans que l'on puisse trouver de circonstances actuelles qui expliquent ce fait, il faudra , de nouveau encore, revenir sur les questions d'hérédité, et cela dans l'intention de savoir si la maladie ne vient pas de la famille, et pour se comporter suivant les résultats qu'on aura obtenus.
306. En général, la marche des maladies héréditaires présente quelques caractères spéciaux : ou bien elles prennent de jour en jour plus d'intensité, à partir de leur première invasion, et résistent à la plupart des moyens employés; c'est ce qui arrive par fois pour la méningite tuberculeuse des enfants, issus de parents eux» mêmes tuberculeux ; ou bien elles se manifestent en quelque sorte par des attaques plus ou moins éloignées qui , laissent les malades dans un état voisin de la santé pendant un temps plus ou moins considérable, et reviennent ensuite avec une non-
velle intensité. C'est ce qui a Heu pour l'asthme se manifestant par accès, pour l'épilepsie se déclarant par attaques, pour les maladies organiques du cœur dont les symptômes s'exaspèrent ou se calment à de certaines époques, et surtout pour ia tolie, ainsi qu'il a été dit précédemment (68).
307. Il faut bien prendre garde encore de ne pas s'en laisser imposer dans l'étude d'une maladie héréditaire parles symptômes accidentels qui peuvent survenir ; car, très souvent, l'affection primitive, résultat de la disposition transmise par les parents, vient à se compliquer d'un état aigu plus ou moins grave et pouvant ne pas être lié à ia cause organique native qui a présidé à la première origine du mal.
308. En général, toute maladie aiguë, quelle qu'elle soit, est singulièrement modifiée dans sa marche par l'hérédité, Soit, par hypothèse, un homme robuste dont les parents n'ont point été tuberculeux et qui vient à être atteint d'une pneumonite ou d'une pieurite simple et légitime , les symptômes se dessineront franchement lorsqu'aucune autre circonstance accidentelle ne viendra pas s'y joindre; ils marcheront avec régularité vers la guérison ou vers la mort. Qu'un autre homme, robuste même, mais dont la famille était tuberculeuse, soit affecté d'une pneumonite de la même espèce, occupant le même point de l'organe, ayant lieu dans la même étendue , et exempte aussi de toute autre complication, cette peumonite (le traitement étant supposé le même), prendra souvent une tout autre apparence , et aura une singulière tendance à passer à l'état chronique et à revêtir la forme tuberculeuse.