CHAPITRE DEUXIÈME
Des moyens thérapeutiques propres à faire dissiper l'aptitude héréditaire à la maladie et des moyens de l'empêcher de se développer.
335. La thérapeutique des aptitudes héréditaires comporte difficilement des préceptes généraux, puisque ces aptitudes sont aussi variées que les maladies dont elles offrent en quelque sorte le linéament. Comment soumettre, en effet, aux mêmes règles , les vices de conformation plus ou moins circonscrits des solides et les altérations des liquides dont les effets doivent nécessairement agir sur toutes les parties? C'est cette difficulté que Pujol (i i4) a très bien comprise quand il a divisé le traitement des aptitudes héréditaires en trois catégories, suivant qu'il se rapporte à des affections générales des solides, à des lésions de quelque organe et à des maladies provenant de certains vices humoraux. Bien que cet auteur se perde souvent dans des digressions théoriques plus ou moins inutiles, c'est encore lui qui a le mieux saisi la difficulté du sujet et qui a présenté la vue générale la plus pratique. Pujol a été en cela bien différent de Portai (121) qui, obéissant à son hypothèse favorite, s'épuise en raisonnements et en rapprochements forcés pour prouver que toutes les affections héréditaires proviennent du vice scrofuleux, qui est
lui-même modifié par la syphilis. De là, le traitement bizarre qu'il lui oppose. C'est une chose curieuse que de voir jusqu'à quel point on peut se contenter de mauvaises raisons, lorsqu'on adopte une idée exclusive, pour admettre les choses les plus éloignées de la vérité. Il va jusqu'à dire que certaines névroses, telles que l'épilepsie, peuvent être de nature scrofuleuse, soit parce que les os du crâne déformés peuvent donner lieu à ces symptômes, soit parce que de la matière stéatomateuse se trouve déposée dans le cerveau. Autant vaudrait-il dire que la congestion cérébrale était scrofuleuse sur un homme qui portait une tumeur tuberculeuse et cancéreuse au cou, laquelle, comprimant les veines, déterminait ainsi une hyperhémie de cause mécanique dans l'encéphale.
336. Les auteurs des monographies sur les maladies héréditaires qui ont suivi Pujol et Portai, tels que MM. Petit, Sauvé, Robin, Ladmirault, etc., ou bien ont adopté en partie la division de Pujol sur le traitement, ou ont embrassé le sujet d'une manière générale. C'était ce qu'avait fait Stahl long-temps avant eux.
«537. O.Du reste, le traitement des aptitudes aux maladies héréditaires, considérées en général , rentre plus ou moins dans la thérapeutique des affections dont ces prédispositions sont, pour ainsi dire, les vestiges; de sorte qu'il serait entièrement superflu de s'y étendre. INous ne ferons qu'énumérer dans l'ordre suivi dans notre seconde partie les divers moyens proposés pour remédier aux aptitudes héréditaires, et ce sera rentrer dans la division de Pujol.
338. Dans le traitement dirigé contre les aptitudes aux maladies qui portent une influence sur l'économie en général et qui ne dépendent pas d'un virus, les
moyens hygiéniques généraux paraissent être à peu près les seuls indiqués. Si l'on se débarrasse des phrases à effet des auteurs, et que l'on mentionne seulement les moyens qu'ils ont proposés, on réduit de beaucoup les données thérapeutiques qu'ils présentent. Ils ont presque tous fait des traités d'hygiène incomplets qui se résument en ceci : qu'il faut choisir en général pour les premiers temps de la vie (Pujol) une nourrice robuste et qui ait un bon lait; qu'on doit entretenir la santé de celle-ci ; qu'il est utile que cette nourrice ait une constitution opposée à celle qui peut être en rapport avec l'aptitude héréditaire de l'enfant; qu'il faut sevrer celui-ci tardivement; que les moyens hygiéniques doivent être employés dès les premiers temps de la vie (i34); que de bonne heure il faut accoutumer les hommes à supporter les alternatives de température, mais qu'il ne faut pas plonger des enfants débiles dans un bain froid; que les soins de propreté sont utiles, etc. Ils ajoutent qu'il ne faut pas faire un trop grand usage de farineux; que l'alimentalion doit être choisie dételle soi "te qu'elle ne favorise pas l'aptitude constitutionnelle; qu'îles! bon, par exemple, que le pléthorique prenne une nourriture légère et végétale, l'homme faible des aliments plus substantiels; que les frictions , la gymnastique sont utiles ainsi que l'admet Mercurialis, et comme l'ont si bien établi depuis MM. Chas , Londe, Pravaz, Guérin, etc.; que les gens disposés aux maladies héréditaires doivent vivre d ms les pays et les climats qui favorisent le moins le développement de l'affection à laquelle Us sont plus aptes que d'autres (Petit, Pujol); qu'il faut, en ce sens, tenir un compte extrême de l'influence de l'habitaiion. Ils disent encore que, dans le
traitement des scrofules, il est ulile de rechercher des lieux secs et exposés à la lumière; qu'il faut aussi ne pas négliger de penser à l'influence des professions et au genre de vie qu'on mène. Ladmiraultcite le cas remarquable d'un jeune homme né d'une mère phthisique et qui, sujet à de fréquentes hémoptysies, semblait devoir être victime de la même maladie dont une de ses sœurs avait déjà été frappée, lorsqu'il embrassa la profession de marin. Il parut guérir, et revint à terre; l'hémoptysie se manifesta de nouveau; mais bientôt ce malade s'embarqua; en reprenant la mer , il vit tous les accidents disparaître , et sa santé devint excellente.
339. Les auteurs ajoutent avec raison que l'éducation peut avoir une grande influence pour prévenir le développement des maladies héréditaires, et M. Sauvé insiste particulièrement sur cette importante partie du traitement (i54).
3/(0. Enfin, toutes les précautions hygiéniques les plus rationnelles ont été conseillées, Evidemment, leur application ne peut être exposée ici d'une manière générale, et rentre dans les cas particuliers que ne comporte pas notre Sujet. La plupart des règles hygiéniques relatives au traitement prophylactique des rnaîadi s héréditaires peuvent se résumer dans cette phrase : Eloigner les causes qui sont propres à produire ces maladies.
341. On n'a pas manqué non plus, dans les cas d'aptitudes héréditaires de la naiure de ceux qui viennent d'être signalés , de recommander certains moyens pharmaceutiques ou chirurgicaux. Tantôt ce sont des médicaments mercuriels ou amers , du vin antiscorbutique, de la rhubarbe, du quinquina (Pujol, 34),
— i6e — pour préserver contre îe développement des scrofules; ailleurs, ce sont des martiaux employés contre les cachexies qu'on redoute ; d'autres fois, ce sont des bains sulfureux contre les maladies de peau à venir : tel fait placer de» sangsues , appliquer des cautères , pratiquer des saignées; et tel autre administra des purgatifs. Souvent , dans tous ces conseils, on a plutôt obéi aux doctrines en vogue, alors qu'on écrivait, qu'à des raisons fondées sur des observations solides. En général , on peut dire qu'il ne nuit employer des moyens pharmaceutiques ou chirurgicaux actifs et dangereux, que lorsqu'il y a déjà des symptômes qui les exigent ; et dès lors , ce n'est plus d'une prédisposition qu'il s'agit , mais bien de la maladie elle-même. Gorter avait raison de dire, en parlant de ceux qui naissent avec des dispositions à quelque maladie héréditaire : Prudehlem esse adhibendam. dicetam, ut lias évitent (xÇ)1). Il est une prédisposition qui paraît héréditaire, et que la médecine se glorifie de pouvoir détruire , c'est l'aptitude à contracter la petite vérole. Pourquoi n'a-t-on pas un tel préservatif contre la phthisiel
332. Quand il s'agit d'une prédisposition héréditaire dueà un virus : ou ce virus est alors détruit, et dans ce cas, le traitement de cette aptitude rentre dans les considérations précédentes; ou il existe encore, et c'est alors d'une véritable maladie qu'il s'agit, ce qui rentre moins dans notre question que dans la pathologie spéciale. Les considérations précédentessont applicables au traitement des aptitudes héréditaires , aux maladies qui occupent un siège local et circonscrit : toutefois , il y a quelques additions à y faire pour ce qui les concerne.
343. D'abord, beaucoup de vices de conformation sont incurables, ainsi que le remarque Pujol (17); et, puisqu'ils constituent fréquemment des prédispositions à des maladies héréditaires, il est impossible aussi de détruire complètement celles-ci : tel est le grand volume du crâne avec développement considérable des artères qui s'y rendent, circonstances qui disposent à Thémorrhagie cérébrale; telles sont Tétroitesse et la mauvaise conformation de la poitrine transmises par hérédité, et qui fréquemment sont des causes de phthisie ; tel est le rétrécissement congénial, résultat d'un rachitisme de famille, qui rend les accouchements laborieux; etc. Toutefois, bien que l'aptitude à la maladie ne puisse, dans de semblables cas être détruite, il y a cependant quelques mesurés xle prudence à adopter. C'est ainsi que , pour prévenir l'affection cérébrale, il sera utile de modérer le cours du sang vers la tète par des saignées générales, d'avoir recours à des dérivatifs variés; que, pour i'étroitesse de la poitrine , il faudra empêcher que des vêtements ne la serrent, et surtout il sera bon que l'habillement favorise la respiration abdominale; on fera exécuter fréquemment des inspirations forcées, dans la vue d'augmenter la capacité du thorax, et on emploiera, si le cas le permet, des moyens mécaniques propres à donner aux os une meilleure configuration. Des données de ce genre sont applicables au bassin mal conformé, et entrer dans des détails sur le traitement des aptitudes aux autres maladies héréditaires de chaque appareil organique ce serait du domaine de la pathologie spéciale; d'ailleurs, on peut se borner ici à l'exposition du principe suivant : La
thérapeutique des aptitudes aux maladies héréditaires
locales est du même genre que celle qui convient pour les affections qui attaquent l'économie en général ; seulement, il faut la modifier ici suivant le siège, l'organisation et les fonctions des parties où la maladie est à redouter.
344. Il est encore une remarque importante à faire relativement au traitement des aptitudes aux maladies héréditaires, c'est qu'il faut principalement surveiller la santé de ceux qui les présentent à l'âge où celles-ci se développent le plus ordinairement, et à celui où les parents en ont été frappés. S'il est des moyens actifs à employer pour prévenir l'invasion de ces affections , c'est principalement à cette époque qu'il convient d'y avoir recours. Ici , il faudra tenir compte, pour agir , de l'état de la constitution du sujet examiné , du péril de la maladie que Ton redoute et des avantages ou d?s inconvénients que la médication pourrait avoir.