‹ De L'Hérédité Parasitaire De La Tuberculose HumaineChapitre 45 sur 113 · B. — CAS DE T. CONGÉNITALE SANS LÉSIONS · texte numérisé non relu

B. — CAS DE T. CONGÉNITALE SANS LÉSIONS

En 1883, MM. Laxoouzy et Martin ont publié dans la Revue de médecine un important travail sur l’H.P. de laT. : le point de départ de leurs recherches a été l’étude expérimentale de deux fœtus nés de femmes profondément tuberculisées; dans l’aspect macroscopique des organes fœtaux, rien ne décelait la T. et cependant l’inoculation aux cobayes donna des résultats positifs.

Voici ces observations :

Cas de Landouzy et Martin (38). — 1°" cas. — Fœtus de 6 mois 1/2, né d’une mère phtisique au 3° degré, qui succombait quelques jours après. Ce

fœtus a vécu 6 heures.

A l’autopsie, faite 24 heures EN la mort, les viscères sont trouvés absolu-

ment sains.

Un fragment central d’un des poumons est introduit dans le péritoine d’un cobaye, qui meurt tuberculeux # mois 1/2 plus tard; les inoculations en série qui furent pratiquées démontrèrent qu'il ne s'agissait pas de pseudo-T. par

corps étranger.

2° cas. — Fœtus de 5 mois, trouvé dans l’utérus d’une femme de 24 ans, morte de phtisie pulmonaire et laryngée. La phtisie pulmonaire était à la fois miliaire et caséeuse. Pas de T. apparente du fœtus.

On inocule à un cobaye, dans le périloine, un fragment du placenta (sain d'aspect}; à un 2° cobaye un mélange de sérosité péricardique el de sang du cœur du fœtus (20 à 25 gouttes du mélange); à un 3° cobaye, un petit cube de parenchyme pulmonaire ; à un 4° cobaye, un petit morceau de foie; enfin, à un 5° cobaye, 1 centimètre cube de pulpe cérébrale. «

Le cobaye inoculé avec le placenta meurt tuberculeux au bout de 40 jours (inoculation en série positive). Le 2° cobaye succombe le 65° jour, également tuberculeux (inoculation en série positive). Le 4e cobaye (foie), sacrifié 5 mois plus tard, a dans un poumon quelques nodules suspects (très probablement non tuberculeux). Le 3 et le 5° cobayes restent bien portants. “

Ces deux séries d'expériences ont été considérées par la plupart des auteurs comme peu démonstratives ; Firker, Srraus, Baum&arren lui-même d'ordinaire si peu sévère pour les obs. en faveur de l’H. P. de la T., élevèrent des réserves sur la validité des résultats positifs obtenus ; il sembla tout à fait surprenant que Laxpouzy et Marrix eussent réussi d'emblée des expériences qui échouèrent entre les mains de presque tous ceux qui cherchèrent à les contrôler depuis, en opérant sur une échelle beaucoup plus vaste (1); Srraus (15, p. 545) a fait observer de plus que «ces recherches remontent à une époque où Hip. Martin obtenait aussi des résultats positifs dans la moitié des cas, en inoculant dans le péritoine des cobayes 1 cc. de lait acheté au hasard chez les marchands de Paris; des réussites si constantes et si terrifiantes devaient bien faire soupconner quelque infection accidentelle méconnue des animaux en expérience ou quelque autre cause d'erreur ».

Il est incontestable que les expériences de Laxpouzx et Marrix, poursuivies à une époque où les inoculations de T. n'étaient pas encore entrées dans la pratique, ne sauraient être tenues comme irréprochables ; en particulier la coloration des bacilles n'ayant pas eu lieu (le B. venait à peine d’être découvert), il est possible qu’on ait eu affaire à une pseudo-T. Mais il n’en reste pas moins vrai que Landouzy et Martin ont eu l’honneur de faire entrer la question de l'hérédité tuberculeuse dans une phase nouvelle, en attirant l’attention sur une forme de T. congénitale particulièrement intéressante, jusqu'alors méconnue ; leur travail a provoqué l’éclosion d'une série de recherches de contrôle, qui, tout en montrant la rareté de l'infection bacillaire du nouveau-né, ont néanmoins établi sans conteste la possibilité et la réalité de la bacillose sans lésions des enfants de phtisiques ; les expériences de Landouzy et Martin ont donc marqué une date mémorable dans l’histoire de la T. congénitale; elles ont apporté dans la discussion une notion nouvelle, extraordinaire et subversive à cette époque, acceptée aujourd’hui et dont l'importance n’a pas besoin d’être signalée. | | (1) Voir plus loin, Cas négalifs.

Plusieurs méthodes ont été suivies dans la recherche de cette forme spéciale de bacillose héréditaire : l'inoculation de fragments d'organes aux animaux, la coloration du B. sur les coupes, la tuberculinisation, V'autopsie après un temps prolongé de vie extra-utérine à l'abri de toute infection: sans aucun doute, c’est ce dernier procédé qui donne le maximum de garanties, mais pratiquement il n’est guère utilisable, car il est limité à l'étude de la T. expérimentale, et même dans ce domaine restreint il rencontre d'ordinaire des difficultés d'application insurmontables (mort précoce des jeunes animaux, impossibilité de supprimer dès la naissance toute cause de contagion tuberculeuse). La tuberculinisation est une excellente méthode qui a singulièrement éclairé la question en ce qui concerne la T. des jeunes bovidés, mais elle ne peut pas s'appliquer à l'homme en dehors de quelques cas spéciaux.

La coloration des B., si elle est faite correctement, donne des résultats positifs à peu près inattaquables, tandis que les résultats négatifs ainsi obtenus n’ont qu’une valeur médiocre: tout le monde sait qu'on rencontre assez souvent des lésions tuberculeuses certaines, et même des granulies expérimentales ou cliniques, dont la nature bagillaire est démontrée par les inoculations, mais où la coloration des B. échoue constamment. A plus forte raison cette méthode est-elle défectueuse quand il s’agit de trouver dans un organisme fœtal un petit nombre de germes déposés dans des tissus en apparence sains.

L'inoculation expérimentale enfin, bien plus pénétrante que les procédés bactérioscopiques, serait la méthode de choix, s'il était possible d’injecter aux cobayes la totalité d’un fœtus ; mais cela ne peut être réalisé que pour les animaux de laboratoire ; pour les fœtus humains il n’est guère possible d'y songer, aussi une grande partie de l'embryon étudié reste inexplorée, ce qui nous explique pourquoi la coloration des bacilles peut donner dans ces cas des résultats plus décisifs.

Quand la bacillose est découverte dans le corps d’un embryon, peu importe le procédé; si les causes d'erreurs ont été éliminées, le résultat est bon; pour les cas négatifs, au contraire,

la valeur des conclusions est tout entière subordonnée à la méthode suivie; je classerai donc les travaux publiés de la manière suivante :

4° Cas certains chez l’homme ;

2° Cas certains chez les animaux de laboratoire ;

3° Cas douteux ; 4° Cas négatifs à la suite de l’inoculation au cobaye des organes

fœtaux ; 5° Tuberculinisations négatives ; 6° Autopsies négatives après une survie prolongée.

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