‹ De L'Hérédité Parasitaire De La Tuberculose HumaineChapitre 47 sur 113 · Cas certains chez les animaux de laboratoire · texte numérisé non relu

Cas certains chez les animaux de laboratoire

Cas de Landouzy et Martin (1883) (38). — Une femelle de cobaye, arrivée à la période cachectique de la T., met bas; puis, sa mort étant imminente, deux jours après elle est sacrifiée et on constate une T. viscérale et ganglionnaire généralisée, dont le pouvoir infectant est vérifié par des inoculations en série.

Le cobaye nouveau-né est sacrifié également à deux jours; ses organes sont absolument sains; un petit morceau de poumon est prélevé avec de grandes précautions antiseptiques et introduit dans le péritoine d’un cobaye; un morceau de foie est inoculé de la même manière à un autre cobaye.

Tous deux meurent de T. 4 mois 1/2 plus tard.

Cas de Cavagnis (1886) (41). — Inoculation positive avec la rate d’un cobaye mort-né d’une mère tuberculeuse : cette rate ne contenait ni tub. ni B.

Cas de Galtier (1891) (48). — GazTiER a entrepris un grand nombre d'expériences pour réaliser la T. congénitale ; 19 fois, il a opéré sur des séries d'animaux comprenant chacune 2 ou 3 lapines ou cobayes : ces femelles étaient inoculées de T., puis mises en cohabitation avec un ou plusieurs mâles ; généralement elles avortaient ; les fœtus étaient soigneusement recueillis, leurs organes triturés et broyés et on inoculait à des cobayes le produit du broyage.

Quinze fois, le résultat fut négatif, bien que l’inoculation des organes. fœtaux broyés fût très abondante. |

Quatre fois, l’inoculation des fœtus révéla de la T.

4°" cas. — Une lapine inoculée par injection intra-veineuse est mise aw mâle 4 jours après ; elle devient pleine et meurt tuberculeuse 1 mois 1/2 après l’inoculation.

La matrice contenait 12 fœtus et présentait des lésions de T.

Le suc obtenu en triturant ensemble les divers organes de chaque fœtus a été inoculé à 24 cobayes; ces 24 cobayes sacrifiés au bout d’un mois étaient tous tuberculeux.

2° cas. — Trois cobayes inoculées de T. sont rendues pleines. Deux d’entre: elles ont transmis la T. par contagion intra-utérine.

3° cas. — Une lapine inoculée et mise en cohabitation avec des mâles, meurt avec uné portée qui est Ccontaminée.

4° cas. — Une lapine inoculée et devenue pleine ultérieurement avorte

de 3 fœtus dont l’inoculation est positive.

Cas de Calabrese (1893) (127). — Mère. — Cobaye inoculé sous la peau avec des crachats de phtisique et sacrifié 30 jours plus tard, offrant à ce moment une ulcération tuberculeuse au point d’inoculation, de l’adénite inguinale caséeuse, de la T. épiploïque mésentérique, hépatique, splénique, pulmonaire.

Utérus gravide ouvert après immersion de 1/4 d'heure dans du sublimé à 2/1000; le placenta et le fœtus sont extraits en observant les règles de l’antisepsie.

Placenta. — Normal en apparence, il avait pourtant au niveau de son insertion à l’utérus une teinte jaunâtre suspecte; des frottis montrèrent immédiatement de nombreux bacilles et l'étude ultérieure qui en fut faite montra que dans son entier le placenta était altéré par la T. (tub. caséeux de la caduque placentaire, phlébite et artérite tuberculeuses des vaisseaux utéro-placentaires du placenta maternel, infiltration tuberculeuse des parois maternelles des espaces intervilleux, altérations minimes du placenta fœtal).

Fœtus, long de 6 centimètres, macroscopiquement normal. — Le foie, la rate, les ganglions lymphatiques, les poumons, le cœur, le cerveau, aseptiquement recueillis, sont broyés avec du bouillon stérile et le tout injecté sous ia peau d’un cobaye.

40 jours plus tard, le cobaye montre une T. miliaire diffuse avec B.; peu de réaction locale.

Expériences de Gaertner (Iéna) (1893) (28). — Gaertner, dans un travail très complet, a donné les résultats des nombreuses et intéressantes expériences qu’il a poursuivies pendant plus de deux ans sur l’H. P. de la T. Ces recherches, conduites avec une méthode remarquable, ont porté sur des lapins, des souris blanches et des canaris: dans tous les cas, les animaux ont été infectés avec de la T: humaine.

Lapins.— Dix lapines pleines furentinoculées dans la veine de l'oreille avec une émulsion de culture de T.; elles donnèrent 51 petits ou fœtus dans un laps de temps variant de # à 17 jours après l'infection.

Les organes de ces petits furent broyés ‘dans un mortier (1); pour les fœtus on broyait la totalité des viscères, y compris les ganglions abdominaux et thoraciques : pour les petits venus à terme, on broyait un grand morceau de chaque poumon, la totalité des ganglions trachéo-bronchiques, une grande partie du foie, toute la rate, un rein et une partie du cerveau. — Le produit du broyage était injecté dans le péritoine d’un cobaye qu'on laissait vivre aussi longtemps que possible.

Sur les 51 petits, 5 (soit 40 p. 100) se révélèrent bacillisés; jamais toute la portée d’une lapine n’a été trouvée tuberculeuse, ou 2 fœtus seulement étaient infectés.

Dans un cas, l'infection transplacentaire a été réalisée en moins dequatre jours. — Il est à remarquer du reste que les résultats positifs ont été obtenus,

(1) Pour les détails de technique, voir page suivante.

que la dose de culture injectée fût petite ou qu’elle fût considérable: dans un cas, en effet, une lapine qui avait fourni un fœtus tuberculeux resta en vie pendant 15 mois, ce qui montre que l’inoculation intra-veineuse n’avait pas été bien sévère.

Souris blanches. Première série: souris mâles et femelles inoculées dans le péritoine avant la fécondation. — Les souris blanches prennent facilement la T., mais la maladie évolue chez elles moins vite que chez les cobayes: pendant 2 ou 3 mois, la santé paraît conservée, puis les animaux se cachectisent et succombent à une T. généralisée développée surtout dans les poumons. — Sur toutes les souris inoculées, deux seulement ne devinrent pas tuberculeuses.

Les souris furent inoculées dans le péritoine avec des cultures pures de T., et mises alors dans des cages métalliques par groupes de 5 (4 femelles et 1 mâle). Une partie des femelles donnèrent au cours de leur T. deux portées successives, la durée de la gestation n’étant en moyenne que de 3 semaines; donc un certain nombre de petits furent concus par des père et mère atteints d’une T. fort avancée.

Les cages étaient inspectées quotidiennement plusieurs fois, de manière à séparer les petits aussitôt que possible après leur naissance, ce qui était indispensable, d’une part pour empêcher les fœtus d’être dévorés par les souris adultes, d'autre part pour réduire au minimum les chances d’infection extra-utérine des jeunes.

De minutieuses précautions ont présidé à la préparation des petits pour l’inoculation au cobaye; les fœtus étaient d’abord plongés dans l’eau bouillante ; on enlevait ensuite la peau, les pattes, le museau, la trachée et l’æsophage, le tube gastro-intestinal et la langue; la bouche et le pharynx étaient cautérisés au fer chaud. De la sorte, si quelques B. venus des cages avaient pénétré dans les fœtus pendant le court espace de temps où ceux-ci y avaient séjourné, ils se trouvaient à coup sûr éloignés ou détruits.

Les petites souris ainsi préparées étaient broyées en totalité dans un mortier métallique stérilisé, avec adjonction de quelques gouttes à peine d’eau bouillie, et le tout était immédiatement injecté dans le péritoine de -cobayes : on broyait ensemble les petits de chaque portée, et on inoculait à un cobaye le produit de broiement de 3 souris. — Les cobayes furent conservés fort longtemps (plus d’un an), l’expérience ayant démontré que l’inoculation de très petites quantités de B. peut amener des réactions notablement retardées.

30 femelles et 11 mâles ont servi à ces expériences ; 19 femelles seulement mirent bas, et parmi elles, 5 mirent bas deux fois; si on fait abstraction des expériences manquées par la mort prématurée des cobayes, il reste 85 petits, fournis par 18 ou 19 portées et inoculés à 27 cobayes. — Un cobaye mourut au bout de 3 semaines sans présenter de T., 3 cobayes moururent au bout de 3 mois sans T., 20 cobayes furent trouvés indemnes de T. après avoir été laissés en vie de longs mois ; 3 devinrent tuberculeux. Deux d’entre ‘eux avaient été inoculés avec la première portée d’une souris qui fournit ensuite une autre portée non tuberculeuse et mourut de T. généralisée peu considérable paraissant entrer en régression; ces deux cobayes furent trouvés tuberculeux 40 et 50 jours après l’inoculation. — Le troisième, mort 4 mois après l’injection, avait reçu le 1/5 de la deuxième portée d’une souris, dont la première portée n’avait pas infecté le cobaye.

Le pourcentage des résultats positifs est donc de 11 p. 400 pour les portées renfermant 1 ou plusieurs fœtus infectés congénitalement.

Deuxième série. Femelles inoculées dans les poumons par la voie trachéale avant da fécondation. — Dans ces expériences, Gaertner pensait se rapprocher des conditions de la phtisie pulmonaire de l’homme : mais en fait les animaux moururent de T. généralisée (1), de sorte que la contagion placentaire avait tout autant de chances de se produire que dans les expériences de la première série.

56 femelles recurent dans la trachée préalablement mise à nu une goutte d’une dilution de culture tuberculeuse; puis elles furent mises dans des cages avec des mâles, comme dans les expériences de la série 1 : 9 d’entre elles eurent des petits, la plupart 2, 3 et même 4 fois de suite, ce qui donna 18 portées et 74 petits, inoculés à 39 cobayes.

Sur ces 9 souris, 7 eurent des petits tuberculisés à la naissance, ceux-ci étant venus au monde de 56 à 250 jours avant la mort de la mère. Dans 9 portées, un ou plusieurs petits furent trouvés tuberculeux, ce qui donne un pourcentage de 50 p. 100.

L’infection bacillaire a été plusieurs fois très discrète, car dans deux cas, un cobaye resta indemne alors qu’un deuxième cobaye inoculé en même temps ne réagissait pas.

Une fois, une souris mort-née fut trouvée bacillisée, alors que deux petits vivants de la même portée étaient dépourvus de T. ; une autre fois un petit vivant donna un résultat positif, tandis que 4 petits nés de la même mère un peu plus tard se montrèrent indemnes. Les cas particuliers ont été trop dissemblables pour qu’il fût possible de formuler de règle générale à ce sujet.

Canaris. — Ces oiseaux sont faciles à infecter par le B. humain, mais ils résistent plusieurs mois avant de succomber, alors même qu’on leur a injecté dans le péritoine une dose abondante de culture : dans les deux séries d'expériences, tous les canaris inoculés moururent de T. pulmonaire, hépatique et splénique.

Are série. Femelles inoculées dans le péritoine. — 12 femelles inoculées furent réparties en deux lots; les unes furent mises dans une cage avec un mâle inoculé comme elles : les autres furent réunies à un mâle sain.

De 1 à 3 mois après l’inoculation on obtint 9 œufs, dont chacun fut ino+ culé à un cobaye (après lavage au sublimé et ouverture aseptique). Deux cobayes devinrent tuberculeux en peu de temps; l’un avait recu un œuf de la première cage pondu 1 mois 1/2 après l’inoculation, l’autre un œuf de la seconde cage pondu 2 mois 1/2 après l’inoculation. Les autres cobayes, conservés deux ans, ne devinrent pas tuberculeux.

Straus a fait observer que ces expériences sont peu démonstratives, l'infection de l’œuf se comprenant facilement par la communication large de l’oviducte des oiseaux avec la cavité péritonéale; l’œuf pendant son passage dans ce conduit a des chances assez nombreuses d’entrainer avec lui quelques B. venus du péritoine.

On pourrait ajouter que les expériences de Gaertner n’établissent pas que dans les deux cas positifs l'embryon ait été infecté : tout se bornait peutêtre à un dépôt de bacilles dans le blanc de l’œuf.

2e série. Femelles inoculées dans la trachée. — La deuxième série donna des résultats moins favorables, mais Gaertner fait remarquer que l’expérience

(1) Straus et Gamaleïa ont montré que des cobayes et des lapins inoculés dans ces condilions succombent aussi vite et de la même mauière qu'après l’inoculation äntra-veineuse d’une dose égale de culture.

n’est pas absolument correcte à cause d’une erreur commise dans l’inoculation : les 25 canaris recurent d’abord une culture de B. morts : un mois plus tard, on compléta l’inoculation en injectant de plus le produit de filtration d’un poumon de souris profondément tuberculisé.

Les 25 canaris pondirent 24 œufs dans le deuxième mois; 2 seulement tuberculisèrent le cobaye, 5 mois 1/2 et 11 mois après l’inoculation.

Si nous récapitulons toutes les expériences, nous voyons que Gaertner, inoculant des lapines pleines par la voie veineuse, a pu réaliser la contagion intra-utérine 1 fois sur 10, et qu’en tuberculisant des souris avant la fécondation, il a obtenu dans le 1/10 et dans la moitié des cas (séries À et 2) des portées contenant 1 ou plusieurs petits bacillisés. Quant aux expériences sur les œufs de canaris, elles ont un intérêt médiocre. La conclusion générale qui se dégage de ces faits, c'est que dans les condilions expérimentales où s'est placé Gaertner l'A. P. de la T. est assez fréquente.

Ces résullats ont été obtenus en recherchant par la réaction spécifique du cobaye la bacillose latente des petits, ceux-ci n'ayant présenté dans aucun cas des lésions tuberculeuses appréciables à l'œil nu ; les inoculations ont été faites par GAERTNER avec un tel luxe de précautions et une connaissance si parfaite des causes d’erreur possibles, qu’elles échappent à toute critique; d'autre part, la technique suivie présente à coup sûr le maximum de garanties pour la réussite d'expériences de ce genre. BAUMGARTEN a bien objecté que les résultats positifs eussent été plus nombreux si, au lieu de tuer les petits aussitôt après leur naissance, on les avait laissés en vie assez longtemps pour démasquer la T. dont ils pouvaient avoir hérité : mais comme le cobaye est sans conteste plus sensible que la souris à de faibles doses de B.; que dans la majorité des cas les fœtus tout entiers ont été injectés aux cobayes; que ceux-ci enfin ont été gardés fort longtemps, la critique de Baum- GARTEN n'est guère recevable : du reste, en laissant vivre les petits, il n’eût pas été possible de se mettre à l’abri d’une contagion extrautérine.

Expériences de Sciolla et Palmieri (de Gênes) (1896) (68). — Au 1° Congrès de la Société italienne de médecine interne, tenu à Rome en octobre 1890, Sciolla et Palmieri ont déclaré avoir obtenu des résultats positifs en inoculant des animaux sains avec des sucs d'organes de fœtus de cobayes tuberculeuses. “

Expériences de Ausset (1896) (73). — Trois cobayes pleines sont inoculées dans la juguluire avec une culture tuberculeuse affaiblie ; dans deux cas la transmission placentaire n’est pas réalisée; dans le troisième cas, elle a lieu,

mais d’une façon très discrète, L'animal arrivé au terme de sa gestation (1) met bas deux fœtus; il succombe le surlendemain avec une granulie généralisée. Le placenta est normal (coupes histologiques). Des cubes de foie et de rate sont inoculés à d’autres cobayes qui restent indemnes; on broie ce qui reste des fœtus et on ensemence la totalité de la pulpe broyée de chaque fœtus. L'un des fœtus donne une culture caractéristique sur semis glycériné (on y trouve le B.).

Page 1