C. Les autres cobayes restèrent bien portants
30 Étude des petits laissés vivants.
Les uns furent tués 3 mois après la naissance ; il n’y avait chez aucun d’eux trace de T., dans le foie ni dans les autres organes (ni tubercules, ni bacilles). En inoculant aux cobayes le foie de ces lapereaux, on développa une cachexie mortelle sans T.
Les autres, laissés en vie plus longtemps, furent tués à 9, 12,16 mois. Ceux-ci avaient des tub. à structure typique dans le foie et dans les poumons; les centres de ces tub. étaient caséeux. Il fut impossible d’y colorer des bacilles, ou tout au moins on ne rencontrait que des formes mal caractérisées. Les inoculations au cobaye demeurèrent négatives ou se bornèrent à produire une cachexie marasmatique.
Pour résoudre la question de savoir si ces tub. ne pouvaient pas relever d’une contagion post-partum (les petits ayant été nourris un mois par leur mère), Maffucci institua l’expérience suivante : il inocula dans la jugulaire, avec une forte dose de T. humaine, une lapine qui venait de mettre au monde six petits : cette lapine survécut trois mois et resta en contact permanent avec les petits qui moururent un peu amaigris; il n’y avait pas de tub. dans leurs organes : on peut donc éliminer aussi, dans les premiers cas, l'hypothèse d’une infection extra-utérine.
En résumé, il semble résulter de ces expériences que les B. arrivés par la voie placentaire dans le corps des embryons ont élé tués par les tissus fœtaux, conservés par eux à cel état, et que les cadavres bacillaires ont provoqué quelque temps après la naissance une réaction inflammatoire ayant pour aboutissant un tub. à structure histologique typique. Ges conclusions se déduisent des constatations suivantes déjà relatées :
1° Les fœtus de lapines tuberculisées par inoculation intra-veineuse peuvent être infectés par le B. déjà 3 ou 4 heures après l'inoculation maternelle ;
2° Les organes de fœtus de mères tuberculisées renferment dans les 48 premières heures après l’inoculation des B. en petit nombre vivants, capables de tuberculiser le cobaye (1) ;
3° Au bout de ce temps, on ne réussit plus à tuberculiser les cobayes avec les organes fœtaux, mais on les fait mourir de cachexie comme avec une injection de culture tuberculeuse stérilisée ;
4° Après la naissance, il n’apparaît pas immédiatement de tub. dans les organes des lapereaux issus des mères tuberculisées ; au bout de quelques mois, par contre, des tub. sont constitués; on n’a pas le droit d'affirmer
(1) Ces deux conclusions générales sont basées, semble-t-il, sur le résultat positif de {rois expériences seulement!! (voir plus haut).
sans restriction que ces tubercules sont privés de B.; il pourrait se faire en effet que quelques B. aient échappé aux recherches microscopiques : quant aux résultats négatifs des inoculations de ces foies au cobaye, ils peuvent tenir au petit nombre des bacilles existant dans les tubercules : néanmoins Maffucci ne croit guère à leur présence, ne les ayant jamais rencontrés.
En somme, Maffucci pense avoir démontré que dans les conditions où ül s'est placé, le placenta a livré passage aux bacilles maternels : la preuve absolue lui manque, puisque les colorations sont restées constamment négatives et que, sauf exceptions, les cobayes inoculés ne sont pas devenus tuberculeux, mais il donne pour explication qu’il a réalisé une forme très spéciale de T. héréditaire, forme que caractérisent :
1° L'imprégnation fœtale par des B. virulents à l’origine, mais rapidement tués, puis détruits dans les tissus de l’embryon (d’où la mort marasmatique des cobayes inoculés avec ces tissus) ;
2° L'apparition tardive de tubercules très probablement non bacillaires, déterminés par la réaction des tissus autour des résidus des B. morts.
Un point très important serait de connaître la destinée future de ces tub. ; si vraiment ils ne renferment pas de B. vivants, ils ne peuvent pas être l’occasion d’un réveil ultérieur de T. : Maffucci recule devant cette conclusion qui logiquement résulterait de son travail; ou plutôt il évite de se prononcer sur ce point; il admet que peut-être des B. en très petit nombre ont pu échapper à ses recherches.
Telles sont ces intéressantes expériences, qui, au point de vue de la pathologie générale de l’embryon si mal connue encore, de même qu’au point de vue des problèmes soulevés par l’hérédité tuberculeuse, présentent une importance indéniable. Il est regrettable que Maffucci se soit borné à indiquer en bloc les conclusions de ses recherches sans entrer dans le détail de celles-ci ; on ne saurait donc en faire la critique en connaissance de cause. Or les points qu'il annonce ne peuvent être acceptés que sous bénéfice d'inventaire ; ils ne tendent à rien moins qu'à démontrer l’aclion bactéricide des tissus fœtaux, contrairement aux données positives des résultats acquis par tous les expérimentateurs ou anatomo-pathologistes qui ont rencontré des T. fœtales; Maffucei répond, il est vrai, que les tub. découverts chez les rejetons de tuberculeux pourraient bien n’être que des produits réactionnels développés autour de cadavres bacillaires ; cette hypothèse paraît peu vraisemblable.
Aussi doit-on se demander si Maffucci ne s'est pas trouvé en présence de pseudo-tuberculoses survenues accidentellement chez ses animaux d'expériences. C'est l'explication la plus ralionnelle des résultats qu'il a
obtenus.
Ajoutons enfin que, en tous cas, la démonstration par Maffucci de
l’hérédité tuberculeuse ne s’appliquerait qu’à des T. maternelles suraiguës provoquées par l’inoculation intra-veineuse de fortes doses de cultures. L'auteur a pris soin de spécifier qu'il n’a pas eu en vue le moins du monde la T. chronique habituelle du lapin ; au cours de celle-ci il n’a jamais rencontré de fœtus certainement tuberculeux, exception faite pour un cas où il a trouvé un tubercule fœtal sans B.
Cas de Doléris et Bourges (1896) (401). — Une jeune femme est prise de malaise, de fièvre, et accouche prématurément au bout de 3 jours: puis son état infectieux s'aggrave et elle meurt 3 semaines après l’accouchement : à l’autopsie, T. miliaire généralisée.
L'enfant, né à 7 mois, malingre et chétif, se nourrit mal et maigrit de plus en plus ; 15 jours après la mort de sa mère, il succombe sans présenter d'autre symptôme bien marqué qu’un amaigrissement extrême.
Pas de T. macroscopique.
L'examen histologique des organes du fœtus n'a pu étre fait (1), mais on ya cherché des B., sans en trouver, du reste.
Deux cc. du sang du cœur ont été inoculés dans le péritoine d’un cobaye qui a présenté au bout de 1 mois 1/2 une T. d’inoculation certaine à B. (les détails de l'observation ne laissent aucun doute sur ce point).
Il semblerait à première vue que l’observation de MM. Docénis et BourGes soit un exemple de T. héréditaire occulte du premier âge, puisque cinq semaines après la naissance, l’inoculation a révélé des B. dans le sang, alors que l’autopsie était restée négative en tant que lésions tuberculeuses. Mais ce n’est là qu'une apparence ; l'examen histologique des viscères n’ayant pas été fait, rien ne permet d'affirmer que nulle part il n’existait de lésions tuberculeuses constituées; on sait combien facilement celles-ci passent inaperçues dans le foie, dans les ganglions, etc. Du reste, est-il bien certain que tous les viscères aient été minutieusement examinés? Dans l’état actuel de nos connaissances sur la T. infantile, il me paraît impossible d'admettre une infection sanguine durant depuis au moins cinq semaines sans détermination viscérale. D'autre part, l’origine intra-utérine de cette bacillose ne peut être considérée comme certaine ; l'enfant ayant vécu cinq semaines, on admettra bien la possibilité d’une contagion post-partum.