C. — ÉTUDE DE LA T. CONGÉNITALE PAR DES MÉTHODES INDIRECTES
On a rarement l'occasion d’autopsier des enfants ou des fœtus provenant de tuberculeuses ; beaucoup plus souvent, on observe dans les Maternités des phtisiques qui accouchent d'enfants vivants bientôt perdus de vue; l'étude de ces enfants, au point de vue de la T. héréditaire, ne devrait pas être négligée; elle permettrait de réunir rapidement un nombre considérable de documents utiles. Par quelles méthodes doit-elle être faite ?
Ces méthodes sont au nombre de quatre, et pourraient être employées concurremment :
4° Tuberculinisation du nouveau-né. — ScureiBer (324) a montré que le nouveau-né sain supporte admirablement les injections de. tuberculine; M. Hunnez a obtenu des réactions
nettes avec de faibles doses certainement inoffensives même chez les tuberculeux. On pourrait donc recourir à ce procédé, si les parents y consentaient : n'est-il pas évident qu'il y aurait pour eux un grand intérèt à acquérir la conviction que leur enfant, en dépit de ses antécédents héréditaires, est absolument indemne de T.?
2° Étude histologique et bactériologique du placenta. — Le fait que le placenta renferme des B., ou luberculise le cobaye auquel on l’inocule, ne permet nullement de conclure à la T. fœtale, car les espaces sanguimaternels peuvent contenir des B. sans que les villosités soient infectées. Mais dans certains cas, tels que ceux de Scamorz et Kockez, on découvre des lésions caséeuses du placenta avec pénétration des B. dans les villosités choriales et dans les vaisseaux du chorion : il est clair que cette constatation est une preuve presque certaine de l'infection bacillaire du fœtus.
3° Inoculations avec le sang du cordon ombilical. — Rien n’est plus facile que de recueillir aseptiquement au moment de l'accouchement quelques centimètres cubes du sang du bout placentaire du cordon, et de l’inoculer au cobaye. Un résultat positif sera la démonstration de l'existence des B. dans le cercle circulatoire de l'enfant, sans qu'on puisse décider, d’ailleurs, si l'infection sanguine vient seulement de se produire ou existe déjà depuis un certain temps. Mais un résultat négatif ne prouvera rien contre la tuberculisation du fœtus; 1° parce que le sang n’est pas l'habitat ordinaire du B. : celui-ci introduit dans les vaisseaux fœtaux ne tarde pas à se fixer dans un tissu favorable à son développement; 2° parce qu’une infection sanguine discrète peut exister sans que les B. se rencontrent dans la petite quantité de sang prélevée.
Le premier examen du sang du cordon est de BrrcH-Hirscarezn et ScHmorL (1890) (51): des B. furent trouvés sur des préparations de sang et sur des coupes histologiques. Les premières inoculations ont été faites par Cnagry (1891) (112). Viennent ensuite les recherches de Lonpe et Tarerceun (avril 1893) (57), Lonpe (juillet 1893) (58), Bar et Rénon (juin 4895) (65), Borocxesi (nov. 1895)
(147), Jexs Bucce (1896) (71) : la plupart ont été exposées précédemment; je me bornerai à les résumer rapidement:
Cas positifs (colorations et inoculations).
Un cas de Schmorl et Birch-Hirschfeld (on a trouvé en outre des B. dans le foie du fœtus, en apparence sain).
Un cas de Londe et Thiercelin (il y avait de nombreux B. dans le foie, la rate et les reins de l’enfant).
Un cas de Londe (les inoculations faites d'autre part avec le placenta et avec le foie fœtal macroscopiquement normaux ont été également positives).
Deux cas de Bar et Rénon (dans l’un des cas, l’enfant mort à 40 jours n’a pas été autopsié; dans l’autre cas, il s’agissait d’un enfant mort-né ;le foie, qui semblait indemne, de même que les divers organes,s’est révélé bacillisé à la suite de l'épreuve au cobaye ; l’inoculation du poumon fœtal au contraire est restée négative).
Un cas de Jens Bugge (enfant mort le 2° jour sans lésions apparentes :
inoculations positives avec le foie et le poumon).
Cas négatifs (inoculations).
Cas de Chabry. — Chabry, remplacant Vignal à la Maternité, recueille 4 cc. de sang écoulé des vaisseaux du cordon du placenta d’une tuberculeuse très avancée qui venait d’accoucher, ct inocule le sang dans l’abdomen de deux cobayes qui ne réagissent pas,
Un cas de Londe. — L'inoculation concomitante du placenta fut positive : l’enfant meurt au bout de six semaines; inoculation positive du sang ; mais comme l’enfant a vécu un mois avec sa mère, phtisique avancée, l’origine héréditaire de cette infection sanguine est douteuse.
Trois cas de Bar et Rénon (il s’agissait d’une phtisique avancée, d’une tuberculeuse pulmonaire peu gravement atteinte, et d’une femme ayant une tumeur blanche avec bon état général : les 3 enfants élaient vivants et bien portants).
Dix cas de Bolognesi.1"® série. — Cinq cas dans lesquels les organes fœtaux simultanément inoculés ont donné également des résultats négatifs : les cinq placentas ont aussi été injectés au cobaye : l’un d’eux s’est révélé bacillisé. — 2° série, Cinq cas dans lesquels les enfants ne sont pas morts, où par suite on n’ainoculé que lesang ombilical.Les placentas ont tous donné dans cette série des résultats négatifs.
Trois cas de Jens Bugge. Dans 2 de ces cas, les inoculations placentaires ont été également négatives. Il s’agissait : 1° d’un enfant de 2180 né d’une mère phtisique avancée ; 2° d’un enfant de 3 580 né d’une tuberculeuse fébrile au second degré ; 3° d’un enfant mort presque aussitôt, pesant 2140, reconnu non .bacillisé, né d'une tuberculeuse
‘au second degré non fébrile. Les deux -
premiers enfants restèrent en vie.
Soit 6 résultats positifs contre 18 négatifs. Tous les faits positifs, sauf un, concernent des enfants ou fœtus à} l'autopsie desquels on a pu démontrer la bacillose des organes, notamment du foie. Dans le 6e cas, l’autopsie de l'enfant n’a pas été faite. Il faut observer en outre que les mères étaient des tuberculeuses avancées atteintes de phtisie pulmonaire à la dernière période ; 5 sont mortes peu après l’accouchement (immédiatement, 4, 7, 45, 30 jours après) et deux d’entre elles avaient de la granulie.
On voit que l'examen du sang ombilical n’a guère fait jusqu'à présent qu’ajouter un élément de contrôle à l'étude plus ou moins détaillée des organes fœtaux; dans aucun cas, on n'a rencontré une infection bacillaire sanquine chez un nouveau-né qui soit resté en vie; or, ce sont des observations de ce genre qu'il faudrait apporter pour étayer sur une base solide la théorie de l'H. P. de la T. Malheureusement il n’est pas probable, pour les raisons indiquées plus haut, que la méthode de l’inoculation du sang ombilical soit jamais bien utile à ce point de vue.
De l'étude du sang ombilical on devrait rapprocher l’examen du cordon, si l’on ne savait pas que /a T. n'a aucune tendance à se localiser sur cet organe; il n’existe qu’une observation de T. congénitale du cordon, celle de WwHarTIN.
4° Inoculations avec le liquide amniotique. — L'infection du liquide amniotique n’est pas en corrélation certaine et constante avec l'infection tuberculeuse fœtale : e/le peut accompagner celle-ci; ainsi Kockez et Lunewirz ont rencontré des T. dans le liquide amniotique (2° cas); encore n'est-il pas certain que les microbes n’y soient pas tombés accidentellement ; bien évidemment le fœtus peut être tuberculisé sans que le liquide amniotique participe à l'infection. | * Inversement, on conçoit théoriquement que les B., en cas deT. utérine, arrivent directement dans l’amnios sans passer par le fœtus.
L'examen du liquide amniotique n’a donc pas grande signification dans l'étude de la T. héréditaire ; il ne fournira qu’exceptionnellement des données intéressantes. Tel le cas suivant qui a trait presque sûrement à une T. congénitale sans lésions :
Cas de Hergott (1891) (96). — Une femme de 30 ans est trouvée pendue au
cours d’une granulie, dans le sixième mois de sa grossesse. i Les organes du fœtus, le foie notamment, paraissaient sains ;on n’a pas fait.
d’inoculations, ou pour mieux dire les inoculations n’ont pas donné de résultat, les animaux étant morts le lendemain.
Du liquide amniotique fut recueilli aseptiquement et injecté à la dose de 3 centimètres cubes dans le péritoine d’un cobaye. Celui-ci, tué 2 mois 1/2 après, avait une T. généralisée avec B. Toutes les précautions avaient été prises pour éviter une contamination accidentelle.
D. — OBSERVATIONS D'HÉRÉDITÉ DE LA TUBERCULOSE AVIAIRE CHEZ LES GALLINACÉS.
La question de l'identité d'espèce du B. de la T. des mammifères et du B. de la T. aviaire n'est pas encore résolue définitivement; des savants dont la parole fait autorité diffèrent d'opinions à ce sujet; quoi qu'il en soit, tout le monde admet que les effets pathogènes de ces deux microbes ne sont pas identiques, que chez le cobaye notamment, la réaction de l’animal diffère sensiblement suivant qu'on inocule du B. humain ou de l’aviaire. D'autre part, l’évolution de la T. chez la poule est trop spéciale pour qu’on puisse en tirer des conclusions applicables à l’homme. Aussi les cas d’hérédité tuberculeuse observés chez les poules ne sauraient valablement éclairer la question de la bacillose congénitale dans l'espèce humaine ; j’indiquerai néanmoins les principaux faits connus :
Cas de Leichtenstern (1883) (119). — Dans une ferme près de Cologne survint parmi les poules de la basse-cour une épidémie de T. A l’autopsie, les poules atteintes montraient des lésions tuberculeuses avec B. dans le foie, la rate, le mésentère, quelquefois le poumon; mais la muqueuse intestinale était constamment saine ; on ne peut donc invoquer une extension de la T. par des excréments infectés.
LEICHTENSTERN a minutieusement étudié la maladie sur 4 échantillons qu’on lui à envoyés, et il a pu sur les préparations des organes malades colorer les B. d’une manière très nette : bien mieux, ila constaté que l’affection était inoculable, car il a obtenu trois résultats positifs en faisant manger de ces organes tuberculeux à une poule et en injectant sous la peau deux autres poulets. On ne peut donc avoir de doutes sur la nature de la maladie : c'était bien de la T. aviaire.
La maladie venait-elle d’une contagion? Mais les animaux malades ne pouvaient répandre autour d’eux de germes nocifs, puisque leurs foyers ne communiquaient pas avec l'extérieur, et toutes les enquêtes faites pour savoir si dans la basse-cour une infection était possible par des crachats humains ou par le jetage de bovidés atteints de pommelière sont restées négatives.
Or la maladie était apparue dans la basse-cour à partir du moment où ony avait introduit comme reproducteur un jeune coq cochinchinois, qui