II! — ARGUMENT DE LA GRANDE FRÉQUENCE DE LA T. DU PREMIER AGE
La grande fréquence de la T. des tout jeunes enfants a été longtemps méconnue. Paravoixe (1830) (175) parle seulement d’enfants tuberculeux au-dessus de 2 ans. Rrcirer et Barruez (1843) (176) ne mentionnent la T. qu'à partir de 1 an. Trousseau (1861) (481) disait bien que «la tuberculisation n’est jamais plusfréquente que pendant les premières années de la vie, et que les médecins suivant longtemps les services consacrés aux enfants à la mamelle savent que le plus grand nombre de ces petits malades succombent à desaffections tuberculeuses de la poitrine », mais cette opinion était basée sur des obs. cliniques et Trousseau
(1) L'argument de la rareté de la T. dans les établissements d'Enfants Trouvés sera examiné à ce moment (p. 231). Rapprocher également des faits actuels les importantes expériences de Nocarp et de BanG sur des troupeaux de bovidés tuberculeux (p. 156); supprimant le facteur contagion, elles laissent apprécier facilement le rôle dévolu à l’hérédité bacillaire : ce rôle a été nul.
insistait lui-même sur la difficulté extrème du diagnostic de la T. pulmonaire chez les enfants en bas âge. Aussi la T. des nourrissons était-elle à peu près ignoré equand, en 1886, M. Lanpouzy (484) vint attirer l'attention du monde médical sur le grand nombre de décès par T. observés par lui à la crèche de l'hôpital Tenon; wn tiers des enfants autopsiés, de 3 mois à 9 ans étaient tuberculeux. Dans la Revue de médecine de 18817, au Congrès de la T. de 1888, au Congrès de 1891 (1), le même observateur insistait de nouveau sur ce point, et confirmait ses premières communications. Il] annonçait une mortalité de 22 p. 100 par la T. chez les enfants au-dessous de 2 ans.
A la même époque, M. Hurnnez, de son côté, arrivait à des résultats semblables, et il déclarait au Congrès de la T. de 1894 que le tiers des enfants de 1 à ? ans autopsiés aux Enfants-Assistés présentent des désions tuberculeuses, et que de 9 à 3 ans, surtout de 3 à 4, la proportion est encore plus forte.
Dans l’année scolaire 1895-96, mon collègue H. Meunier et moi avons fait toutes les nécropsies du service de M. Hutinel; sur les 413 autopsies d'enfants âgés de 3 mois à 4 ans, j'ai relevé 31 T. certaines (soit 27,4 p. 100), encore est-il certain qu'au début de l’année quelques T. latentes ont dû m’échapper.
Les auteurs étrangers démontrent eux aussi que la T. est une affection commune chez les enfants.
Les élèves de Hezcer (pe KieL) arrivent, pour les enfants de 3 mois à 4 ans, au pourcentage de 21,5 p. 100 de T. démontrées par l’autopsie.
BozuwGer (ne Municu), chez des enfants de 0 à 5 ans, trouve à l'autopsie, T. latentes comprises, une proportion de T. de 36 p.100.
Dexnic (ne TuaNGue), dans des conditions semblables, indique le chiffre de 20 p. 100.
Kossez (ne Berzi), de 3 mois à 4 ans, arrive à 16 p. 100 pour les T. que l’autopsie révèle.
D'après les médecins anglais STuRGER, BurDON SAnDERson,
(1) En 1890, sur 69 décès, il y eut 15 T. autopsiées, 7 de 3 à 12 mois, 8 de { à ? ans
“et, en raison de circonstances spéciales, ces chiffres étaient même au-dessous de la vérité.
Water Carr, un tiers des petits enfants hospitalisés meurent de T.
Ces chiffres, si dissemblables soient-ils, ne laissent au moins subsister aucun doute sur la fréquence extréme de la T. dans le jeune âge.
Les partisans de l’hérédité du germe, en présence de cette grande mortalité par T. des jeunes enfants, concluent à l'existence dans la toute première époque de la vie d’une cause d'infection de grande intensité, qui serait l'apport congénital du B. « La T. si fréquente de la première enfance, dit M. Kerscu (297), ramène toujours la pensée sur le rôle de l'hérédité à laquelle l’ancienne étiologie assignait une importance prépondérante et que les théories nouvelles laissent trop dans l’ombre, comme si la notion de la virulence était incompatible avec celle de l’hérédité en matière d'étiologie. »
Les contagionnistes repoussent cette manière de voir. « Lorsqu’un enfant, dit Conxxei (4), a une fois vécu pendant des semaines ou des mois de la vie extra-utérine, qui donc consentirait encore à prendre sur soi de garantir que, depuis sa naissance, il ne s’est jamais trouvé exposé à une influence nocive capable d’engendrer la T. ? » Graxcner et Hurinez (7) s'expriment dans le même sens : « Certes, la fréquence de la T. chez les jeunes enfants est réelle ; nous l’avons constatée maintes fois et des statistiques déjà anciennes en font foi, mais peut-on légitimement en conclure que la T. de ces enfants soit forcément héréditaire? Le nouveau-né qui tète un lait chargé de B., qui subit les baisers d'une mère ou d’une nourrice tuberculeuse, n’a-t-il pas autant de chances qu’un adulte pour devenir tuberculeux, par voie de contage ? »
Le seul moyen de départager les défenseurs et les adversaires de l’hérédité parasitaire, c’est de raisonner, non pas sur le fait en lui-même de l'extrême fréquence de la T. infantile, mais sur les caractères qui lui donnent sa physionomie propre : il faudra passer en revue : la fréquence de la T. infantile suivant les âges ; jes formes anatomiques de cette T. ; l'existence et les modalités de la T. infantile précoce (c'est-à-dire celle qui s’observe dans :es trois premiers mois).